janv. 01, 2013
Par Barb Fry, B.Sc.inf., M.A.Ed.

Disons-le franchement : nous devons mieux faire

À l’approche de la retraite, après avoir été infirmière autorisée pendant 42 ans, Barb Fry réfléchit de plus en plus à l’état de la profession, et à son avenir. Dans ce numéro et dans les suivants, elle livrera ses pensées sur les champs de pratique, le leadership et l’art des soins infirmiers, dans l’espoir de sensibiliser les gens et de les inspirer à apporter des changements positifs.

La profession infirmière est malade, et ses membres ne veulent pas le voir. Nous prétendons être en meilleure santé que nous le sommes, un peu comme ces patients qui nous disent « Je me sens bien » quand ce n’est manifestement pas le cas.

Les relations néfastes et le manque d’adhésion à nos normes de pratique et à notre code de déontologie compromettent la survie même de la profession. Comment le manque de professionnalisme dans les relations (intimidation et manque de respect entre collègues) et la confusion au sujet de notre identité professionnelle ont-ils pu se répandre de la sorte? Depuis quand est-ce acceptable de ne pas avoir de plan de soins infirmiers, de changer de patients quand nous « n’aimons pas » la tâche qui nous a été confiée, de négliger la continuité des soins et de ne pas avoir de relation thérapeutique avec nos patients (la pierre angulaire de notre pratique)? Quand avons-nous commencé à accepter la disparition du leadership?

Ces dernières années, j’ai parlé à des milliers d’infirmières et infirmiers dans tous les domaines, à des conférences, des ateliers et lors de consultations sur leur lieu de travail d’un bout à l’autre du pays. Leurs réactions face à mes inquiétudes m’ont donné le sentiment que beaucoup sont d’accord : nous sommes en difficulté et il est temps d’agir.

Depuis quand n’avez-vous pas réfléchi à ce que la profession infirmière représente pour vous? Alors que je m’apprête à quitter la profession que j’aime, je pense de plus en plus à son évolution au fil des ans, et je le fais avec un certain malaise. Angoisse de séparation? Peut-être, mais pas seulement.

Dès le premier jour, les soins infirmiers ont eu une influence déterminante dans ma vie. Mais trois événements relativement récents ont mis en perspective mon expérience des quatre dernières décennies et m’ont lancée dans une nouvelle quête professionnelle.

Le premier, c’était après avoir regardé un film sur Florence Nightingale l’été dernier. J’ai pleuré de tristesse en réalisant combien nous nous étions éloignés des idéaux de l’art des soins infirmiers.

Quelques mois plus tard, j’ai visité le musée Florence Nightingale à Londres. Le bâtiment moderne et l’intérieur joyeux ne reflètent pas l’histoire sombre et pénible de la profession infirmière au fil des siècles. Le calme du musée a soudain été dérangé par les voix excitées d’élèves du primaire qui arrivaient pour une visite, une chasse au trésor, des activités et des histoires racontées par une Florence « en chair et en os » et en costume d’époque. J’ai appris que ces visites faisaient partie du programme des écoles, ce qui a soulevé d’autres questions : comment la profession infirmière est-elle réellement perçue chez nous? Qu’est-ce que la population sait vraiment de la profession et de ce qu’elle a à offrir, et s’y intéresse-t-elle? Quelle valeur les infirmières et infirmiers attachent-ils à leur profession et à leurs collègues? Pourquoi ont-ils du mal à décrire leur champ de pratique?

Le troisième événement est survenu après que mon mari est tombé gravement malade. Heureusement, il est maintenant en pleine forme grâce aux excellents soins qu’il a reçus pendant son hospitalisation et après. Ses infirmières et infirmiers (ils changeaient tous les jours), bien que plaisants, semblaient se concentrer principalement sur les tâches associées à ses besoins physiques. La continuité des soins et les aspects psychosociaux et spirituels de ces soins étaient réduits au minimum. Aucun d’eux n’avait le temps de nous parler de l’impact dévastateur de cette maladie. Il y a un problème dans ces systèmes et ces modes de gestion qui font pression sur le personnel infirmier pour qu’il s’occupe exclusivement des tâches, les forçant à délaisser des aspects de leur champ de pratique.

Beaucoup d’entre nous ont tendance à mettre cette situation sur le compte de nos gouvernements et des mesures de compression, mais le manque de professionnalisme dans nos relations de travail en est tout aussi responsable. Nous avons cessé d’être solidaires et de nous soutenir mutuellement. Nous ne nous traitons plus de façon professionnelle. Du coup, les conditions sont réunies pour un effondrement professionnel qui pourrait être fatal. Ne vous y trompez pas : le jour où les infirmières et infirmières autorisés ne pourront pas, ou ne voudront pas, faire tout ce que leur permet leur champ de pratique, ils seront remplacés.

Je vous ai asséné plein de mauvaises nouvelles, mais il y en a aussi de bonnes! Nous sommes capables, individuellement et collectivement, d’éliminer ces menaces. Qui plus est, j’ai vu les grands espoirs, le désir fervent de changement et la détermination manifeste d’infirmières et infirmiers qui veulent créer un meilleur avenir pour leur pratique professionnelle. Nous avons déjà les connaissances et les outils nécessaires pour réparer ce qui est cassé et devenir la force irrépressible que nous sommes censés être dans notre système de santé.

Suis-je en train de tirer la sonnette d’alarme pour notre profession? Oui, si vous voulez. Quelques-uns d’entre vous seront sans doute prêts à passer tout de suite à l’action. D’autres diront poliment qu’ils m’ont entendue, et d’autres se rendormiront aussi sec. Le reste d’entre vous hurlera « Il est temps qu’elle prenne sa retraite! » À vous de décider si j’ai raison et, si oui, de réfléchir à ce que vous êtes prêts à faire pour améliorer la situation.

Dans notre culture infirmière, nous avons tendance à procéder comme nous l’avons toujours fait. Mais je m’inscris en faux. Je me sens moralement responsable de faire ce que je peux pour apporter des changements positifs. Voici ce que je compte faire :

  • Je continuerai à dire et à écrire ce que je pense et à promouvoir le professionnalisme dans la pratique infirmière.
  • Je lancerai un appel à l’action pour consacrer les normes de pratique et le code de déontologie dans tout ce que nous faisons.
  • Je prônerai le retour de la relation thérapeutique.
  • Je rappellerai aux infirmières et infirmiers que ceux qui se concentrent exclusivement sur les tâches se condamnent à n’être que des techniciens des soins.
  • J’encouragerai le personnel infirmier à croire en lui-même et à s’imposer pour prendre la place qui est la sienne dans le système de santé.
Barb Fry, B.Sc.inf., M.A.Ed., est conférencière professionnelle, chef d’entreprise et l'auteur de Fast Facts for the Clinical Nurse Manager: Managing a Changing Workplace in a Nutshell
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