mai 21, 2019
Par Alison Drake

La toxicomanie est une question de santé publique : c’est ainsi que nous devons la voir

Enseignements tirés

  • La toxicomanie est une maladie au centre de laquelle il y a une personne.
  • Le changement est à la portée de tout le monde, même une infirmière ou un infirmier qui traite une personne avec dignité.
  • Nous avons tous un rôle à jouer pour modifier la manière dont notre système traite les personnes aux prises avec la toxicomanie.

La toxicomanie n’est pas un domaine sexy de la médecine. Les joueurs de football ne portent pas des crampons de couleur pour sensibiliser le public à son sujet. On ne m’a jamais demandé un don d’un dollar à la caisse du supermarché pour aider la lutte contre la toxicomanie. Je n’ai jamais entendu parler de loteries organisées pour financer de traitement parce que la toxicomanie n’est pas un domaine sexy de la médecine. Et pourtant, c’est une maladie qui dépossède totalement les gens de leur vie, avant d’y mettre un terme.

Que signifie pour moi la crise des opioïdes? Elle signifie que nous faisons face à une crise de santé publique. Chaque année, des millions de gens obtiennent des opioïdes sur ordonnance et viennent grossir les rangs du groupe, de plus en plus grand, des personnes dépendantes aux opioïdes. Des gens meurent – des fils, des filles, des parents, des amis, des compagnons. Ce n’est peut-être pas sexy, mais c’est bien réel.

J’ai récemment eu la chance d’interviewer un patient conseillé, Cody, qui lutte contre cette maladie depuis plus de 20 ans. Pendant près de trois heures, nous avons discuté des nombreuses façons dont le système de soins de santé l’a laissé tomber (c’est moi qui le dis : il était bien trop généreux pour définir ainsi son expérience). Il m’a raconté combien il avait été terrorisé à l’idée de se faire soigner en milieu hospitalier; qu’il avait évité à tout prix de se faire soigner, même dans les moments où il en avait le plus besoin; que l’étiquette de « toxicomane » a changé la façon dont le corps médical s’occupait de lui. Il m’a dit que pendant des années et lors de multiples rencontres avec du personnel soignant, on lui a rarement demandé quelles incidences sa toxicomanie avait sur sa vie ou s’il était au courant des différents traitements offerts. Il m’a aussi raconté l’une des rares expériences positives qu’il avait eues dans le système : une infirmière s’était assez intéressée à lui pour écouter ses paroles, obtenir pour lui une gestion adéquate de ses symptômes et oser le traiter comme une personne.

En réfléchissant à cette expérience, j’ai pensé aux nombreuses fois où je n’avais pas été comme cette infirmière. La fois au triage où j’ai décidé que quelqu’un d’autre méritait davantage le premier lit, ou que pour une raison quelconque j’ai décidé qu’une cheville cassée n’avait pas besoin d’autant d’analgésique, ou que j’ai estimé qu’il ne valait pas la peine de se battre contre l’administration d’opioïdes à une personne qui avait une dépendance. Certaines de ces attitudes trahissent un manque d’expérience, de compréhension et de connaissances. Certaines faisaient partie de la culture du département. D’autres étaient signe de stigmatisation et d’ignorance. Quoi qu’il en soit, je n’avais pas choisi la profession d’infirmière pour faire si peur aux gens qu’ils n’osent pas demander de l’aide ou pour leur donner le sentiment qu’ils sont un fardeau. J’ai choisi ce métier pour être comme cette infirmière. Pour écouter les patients, pour plaider pour une bonne gestion et pour traiter les gens comme des êtres humains, surtout quand ils sont en train de mourir de leur maladie.

Je ne sais pas comment résoudre un problème aussi complexe et multidimensionnel que celui-ci, mais voici les engagements que j’ai pris, pour moi et pour ma pratique :

  • Avoir sur moi une trousse de naloxone. Reconnaître les signes de surdose. Dans beaucoup d’endroits, il est maintenant possible de se procurer librement des trousses de naloxone. La naloxone sauve des vies et j’ai déjà eu à m’en servir.
  • M’informer. On a récemment publié des lignes directrices nationales pour les meilleures pratiques en ce qui concerne le recours aux opioïdes pour traiter les douleurs chroniques non cancéreuses et les troubles liés à la consommation d’opioïdes. Les données probantes ont changé et je veux pouvoir recommander des plans de soins fondés sur des données probantes.
  • Changer mon vocabulaire. Je n’emploierai plus le terme « toxicomane » pour décrire une personne qui a une dépendance.
  • Profiter des conversations. Je ferai poliment valoir que la toxicomanie n’est pas une faiblesse personnelle; c’est une maladie.
  • Militer publiquement. J’écrirai à mon député, au ministre provincial de la Santé et aux fournisseurs locaux de soins de santé au sujet des obstacles qui compliquent l’accès aux soins et des lacunes dans les services offerts. L’allocation de ressources sera toujours un problème, mais nous avons la responsabilité, en tant que citoyens, de signaler aux décideurs les lacunes que nous avons identifiées en première ligne en ce qui a trait aux services.

Que la toxicomanie soit sexy ou pas, je veux faire partie de la solution à cette crise de santé publique. Et vous, qu’allez-vous faire?

Ressources complémentaires

Alberta Health Services Drug Safe

British Columbia Centre on Substance Use

Canadian Medical Association Journal Management of Opioid Use Disorders: A National Clinical Practice Guideline

Guideline for Opioid Therapy and Chronic Noncancer Pain

Alison Drake a obtenu son baccalauréat de sciences infirmières à l’Université Western Ontario et sa maîtrise de santé publique à l’Université de l’Alberta. Après de nombreuses années aux urgences, elle travaille actuellement comme chef de service de médecine générale à l’Hôpital Rockyview à Calgary, en Alberta. Elle croit passionnément que nous pouvons être le changement que nous souhaitons voir dans le monde.
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