nov. 27, 2019
Par Shabnam Sadeghi

Foi bahá’íe et profession infirmière : Mettre mes convictions en pratique

Messages à retenir :

  • Nos expériences passées sont la fondation de nos points de vue actuels.
  • Les persécutions religieuses et les violations des droits dont a été témoin l’auteure en Iran, son pays natal, ont façonné sa conception de l’excellence : la foi dans l’unité de l’humanité et le service désintéressé à autrui.
  • Dans sa poursuite de ces idéaux, l’auteure a trouvé que la profession infirmière lui donnait les moyens de mettre ses convictions en pratique en défendant le droit des gens au bien-être physique et psychologique.

J’ai eu l’occasion de poser une question au premier ministre Justin Trudeau à une assemblée publique à Nanaimo (Université de l’Île de Vancouver) en février 2018 au sujet de l’aide aux Bahá’ís en Iran, un groupe dont les droits sont gravement limités dans leur propre pays. Mon plaidoyer pour la protection des droits et du bien-être d’autrui, quelle que soit leur race, leur ethnie ou leur religion, découle de ma croyance que « la terre n’est qu’un seul pays, et tous les hommes en sont les citoyens. » Je suis profondément convaincue que dans ma carrière en soins infirmiers, je pourrai mettre cette conviction en pratique. Voici, rapidement, les expériences qui me l’ont fait comprendre.

« Vous êtes les fruits d’un seul arbre, les feuilles d’une seule branche. » Telles sont les paroles de Bahá’u’lláh, le prophète fondateur de la foi bahá’ie. J’appartiens à la communauté bahá’ie, et on m’a appris que l’univers est comme le corps humain : tous les membres sont connectés et reliés les uns aux autres, et la souffrance de l’un d’eux se répercute sur tout le corps. Par conséquent, le bien-être collectif de l’humanité dépend de la santé de toutes les sociétés, même loin les unes des autres, et même s’il existe des différences culturelles entre elles. On m’a appris que servir les autres de façon désintéressée est l’acte le plus méritoire de tous et qu’être capable de s’identifier à autrui dans sa douleur et ses souffrances et faire tout son possible pour les soulager est la définition même de l’excellence.

Bien que j’aie été élevée avec ces principes, c’est la persécution religieuse que ma famille et moi avons subie en Iran, mon pays natal, qui m’a révélé leur sens véritable. Cette expérience a été d’autant plus marquante que j’ai été témoin de la persécution d’autres gens, de la violation extrême de leurs droits les plus élémentaires et de l’effet néfaste de ces mauvais traitements sur leur bien-être physique et psychologique. L’absence de toute procédure régulière et de tout système judiciaire indépendant auprès duquel demander justice était la norme en Iran, et l’est toujours, malheureusement. Je me souviendrai toujours de la rapidité avec laquelle s’est détérioré l’état de santé d’une compagne de cellule emprisonnée pour s’être défendue contre un intrus, après que son recours ait été rejeté. Ce sont des expériences bouleversantes comme celle-ci qui m’ont appris, très directement, les liens étroits qui existent entre la santé et des enjeux sociaux comme l’équité et la justice.

C’est ce qui m’a motivée dans mon choix d’une carrière en soins infirmiers, une carrière qui vise à soulager la douleur et les souffrances d’autrui, sans égard à leur origine ethnique, leur genre ou leur religion. Avoir les moyens de défendre au quotidien le bien-être des gens est réellement gratifiant. De plus, j’ai retiré de mon expérience passée la conviction que la défense des droits ne s’arrête pas – et ne doit pas s’arrêter – à la porte d’un hôpital ou même aux frontières d’un pays. Pour moi, les soins infirmiers sont un geste de compassion qui ne devrait connaître aucune frontière et qui peut exiger que l’on étende la défense du bien-être d’autrui au-delà de toute limite artificielle. Cette mentalité fera plus que me donner la possibilité de pratiquer cette profession en utilisant une plus grande part de mes compétences : elle permettra aussi aux soins infirmiers de prendre la place qui leur revient dans tous les domaines de la société.

Élève infirmière, j’estime qu’au-delà de l’acquisition de connaissances et de compétences, le fait de participer activement à des débats sociaux sur le bien-être d’autrui me donne une expérience et des perspectives précieuses que je pourrai utiliser à l’avenir pour fournir des soins avec plus d’efficacité. Je m’efforce d’élargir à toute l’humanité ma défense du droit à la santé parce que nous sommes tous « les fruits d’un seul arbre, les feuilles d’une seule branche ».

Remerciements

L’auteure tient à remercier la professeure Linda Shea et le Dr Arash Naziripour pour leur soutien lors de la préparation du présent article.

Ressources additionnelles

Commentaire du premier ministre Justin Trudeau sur les Bahá’ís en Iran, assemblée publique à Nanaimo (C.-B.), 2018.

Gleanings From the Writings of Bahá’u’llá, US Bahá’í Publishing Trust, édition de poche de 1990.

Shabnam Sadeghi est née en 1980 en Iran. À cause de sa foi Bahá’í, elle s’est vu refuser l’accès à des études postsecondaires. Elle est venue au Canada comme réfugiée en 2015 et est maintenant dans le programme de B. Sc. inf. à l’Université de l’Île de Vancouver. Son objectif est de travailler avec l’UNICEF et Médecins Sans Frontières pour défendre les droits de la personne.
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