oct. 02, 2019
Par Barb Shellian

Avant et maintenant : réflexions sur 45 années de métier

L’année 2019 est un cap important pour moi : 45 années comme infirmière autorisée. Autant dire une vie. Je participerai aux traditionnelles réunions des anciens en octobre, dans un endroit plein de charme cette année : la ville d’où je viens. Vive les économies, pas de frais d’hôtel ou d’avion.

Blague à part, être infirmière pendant tant d’années fait réfléchir et repenser à comment cela se passait autrefois (le bon vieux temps et la mémoire sélective) et à comment ça se passe maintenant. J’aimerais vous faire part de quelques-unes de ces réflexions. À la lecture de cet article, certains se demanderont si je plaisante. Pour d’autres, ce sera un voyage dans les souvenirs.

Il y a une quarantaine d’années, dans beaucoup de milieux de travail, on s’attendait à ce que, à l’arrivée d’un médecin dans le poste de soins infirmiers (où il était permis de fumer), le personnel infirmier se lève et cède son siège. Ça ne s’invente pas! Quand on annonçait la fin des heures de visite dans l’unité, les infirmières rassemblaient les derniers visiteurs – vus, en gros, comme des étrangers et des obstacles au travail – et les mettaient dehors avec joie. Les infirmières chefs étaient de redoutables héroïnes qu’il ne fallait pas contrarier et qui savaient tout sur chacun des patients d’une unité de 40 lits.

Les soins infirmiers dans la communauté étaient un territoire étranger où seuls de rares spécimens osaient s’aventurer. Les compétences infirmières étaient la clé de la réussite; si vous maniiez mieux l’analyse et la synthèse que la sonde, vous n’aviez pas d’avenir.

Les recherches portaient surtout sur les infirmières, pas sur la pratique. Être actif en politique voulait dire voter sans faire de bruit. J’ai reçu ma première – et seule – lettre de discipline dans mon dossier personnel, en 1975, parce que j’avais autorisé un père à entrer dans la salle d’accouchement pour assister à la naissance de son enfant; c’était un manquement flagrant aux politiques de l’Hôpital de Canmore.

Les progrès dans notre profession

Au fil des ans, j’ai eu la chance merveilleuse d’acquérir des connaissances et de l’expérience et d’assister au développement de ma profession en réponse à l’évolution de notre monde et de notre système de soins de santé. Les progrès dont j’ai été témoin incluent l’émergence d’équipes interprofessionnelles où tous travaillent ensemble sur un pied d’égalité dans l’intérêt des patients et de leur famille.

Je vois des étudiantes et des étudiants en sciences infirmières qui participent activement dans leur apprentissage : des personnes intelligentes et compétentes qui me donnent confiance dans l’avenir.

Des soins centrés sur les patients et leur famille, les incluant à titre de participants actifs dans la quête de leur santé.

Des infirmières et infirmiers qui sont des travailleurs du savoir et qui ont une incidence positive dans les hôpitaux, les écoles, les communautés, les foyers, les milieux de travail : partout où il y a des gens.

Des infirmières et infirmiers praticiens qui assurent des soins primaires à des milliers de Canadiennes et de Canadiens.

La recherche traitée comme une partie intégrante des soins infirmiers, y compris une pratique fondée sur des données probantes et la quête du savoir grâce à la recherche.

Une action politique fondée sur l’intervention pratique et le plaidoyer, qui encourage de saines politiques publiques en parlant haut et fort.

Une profession qui, avant toute autre, inspire le plus confiance aux gens et qui contribue aux décisions prises aux niveaux local et national.

Est-ce que j’ai des regrets? Certains des changements sont arrivés trop lentement à mon goût, et notre hésitation à changer trop vite nous a peut-être fait manquer des occasions. La dilution de la voix de la profession infirmière dans de grands systèmes de santé continue de me décevoir, et il m’arrive souvent de souhaiter voir réapparaître la redoutable infirmière chef d’autrefois. Les progrès dont j’ai été témoin, toutefois, atténuent mes regrets.

Conseils à la jeune infirmière que j’ai été

En repensant à ma carrière, je vois quatre choses que je dirais à la jeune infirmière que j’ai été, des choses que j’ai apprises en chemin :

  • Sois préparée. Continue d’apprendre et d’avoir un esprit curieux. Sois prête à explorer de nouvelles voies dans ta carrière, à relever de nouveaux défis. Les soins infirmiers offrent de nombreux débouchés. N’ignore jamais une porte ouverte sous prétexte que tu ne sais pas ce qu’il y a de l’autre côté.  
  • Sois résiliente. Tu ne réussiras peut-être pas dans tout ce que tu choisis de faire, mais il est toujours possible d’apprendre, même de l’échec. Relève-toi et continue d’avancer sans te décourager.
  • Sois persistante. Ne renonce jamais quand tu es convaincue de ce qu’il faut faire. La plupart du temps, le changement est progressif, pas monumental. Dans ma vie, j’ai eu pour devise que ce qui comptait, c’est l’incrémentalisme persistent. Qu’il s’agisse d’améliorer les soins aux patients, de faire progresser la profession ou de contribuer à la santé de la nation, ne lâche pas.
  • Sois toi-même. Donne ton maximum. Tes patients et tes collègues te soutiendront dans ton authenticité, dans les faiblesses et les forces qu’elle comporte.

On m’a demandé de prononcer un discours au dîner de réunion des anciens; il y aura des rires et des larmes. Mais en regardant les gens dans la salle, je repenserai à toutes les vies que nous avons changées au fil du temps. C’est la raison première pour laquelle nous avons choisi la profession infirmière et une illustration de ce pour quoi vivent les infirmières et infirmiers : pour servir autrui.

Ces 45 dernières années, j’ai mené une carrière et une vie passionnantes, bien remplies et stimulantes. Et ce n’est pas fini.

Rédactrice en chef, Barb Shellian est infirmière autorisée, et la pratique infirmière, la réforme des soins de santé et les gens lui tiennent à cœur. Présidente sortante de l’Association des infirmières et des infirmiers du Canada, elle est aussi directrice de la Santé rurale pour Alberta Health Services, région de Calgary. Elle vit et travaille à Canmore, en Alberta.
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