avr. 14, 2020
Par Filomena Tavares

COVID-19 : une nouvelle réalité axée sur la responsabilité sociale

iStock.com/Kerkez

Messages à retenir :

  • Une nouvelle réalité a pris forme dans les hôpitaux, les cliniques et les établissements de soins de longue durée à la suite de l’éclosion du SRAS en 2003. La pandémie de COVID-19 entraînera l’apparition de nouvelles normes en ce qui concerne les mesures que la société est prête à prendre pour empêcher la propagation des maladies.
  • Une responsabilité sociale accrue pourrait être la solution pour réduire le risque de pandémies à l’avenir, comme une éclosion mondiale de microbes résistants aux antibiotiques.
  • La pandémie de COVID-19 devrait amener les responsables des politiques et les principaux décideurs à repenser les protocoles de prévention et de lutte contre les infections en milieu de travail et dans les écoles.

Le présent article est issu de ma réaction à l’éclosion de la COVID-19 et à l’émergence de nouvelles normes sociales.

À l’heure actuelle, les efforts pour ralentir la propagation de la COVID-19 perturbent notre mode de vie. Restez chez vous, travaillez depuis chez vous, évitez les rassemblements et maintenez une distance d’au moins deux mètres avec les autres personnes en dehors de chez vous, voilà autant de méthodes de distanciation sociale qui sont devenues les principaux outils pour réduire la transmission. Combien de temps durera cette situation? Personne ne le sait avec certitude. Des semaines? Des mois?

Ce comportement peut-il durer? La réponse est non, c’est évident. Nous sommes sociables de nature, nous avons besoin de travailler, et nos enfants ont besoin d’aller à l’école. Et nous aurons à nouveau une vie sociale, nous travaillerons hors de chez nous, et nous enverrons nos enfants à l’école. Mais quelque chose aura changé, c’est certain.

Le pouvoir de la responsabilité sociale

Nous ne pouvons pas sous-estimer le pouvoir de la responsabilité sociale pour radicalement réduire la propagation de la COVID-19, et pour que cela marche, il faut que tout le monde participe. La mentalité de beaucoup d’entre nous évolue à mesure que nous prenons conscience du rôle que nous jouons par nos actions pour aider à contenir la COVID-19.

Une nouvelle réalité s’est installée dans les hôpitaux et les cliniques après l’éclosion du SRAS : de grands panneaux ARRÊT, un dépistage pour vérifier si les gens toussent, ont de la fièvre ou ont voyagé et une réserve de masques pour prévenir la projection de gouttelettes de salive. Du désinfectant pour les mains est facilement accessible dans tous les cabinets de médecin et à l’hôpital. L’Ebola a encore renforcé ces pratiques, et le dépistage a été élargi pour inclure les voyages en Afrique ou dans d’autres régions touchées.

Ce qui est déconcertant, c’est que les protocoles de prévention et de lutte contre les infections n’ont subi aucun changement dans les écoles. Pas un seul. Les écoles n’ont mis en place aucun protocole additionnel de lutte contre les infections après le SRAS. Pourquoi?

Nous ne pouvons pas sous-estimer le pouvoir de la responsabilité sociale pour radicalement réduire la propagation de la COVID-19 et, pour que cela marche, il faut que tout le monde participe.

J’avais écrit au médecin hygiéniste de ma circonscription scolaire pour lui faire part de mes inquiétudes de parent, en réponse aux nombreuses infections, parfois graves, que mes enfants avaient attrapées à l’école. Sa réponse à ma préoccupation légitime avait été que cela ne relevait pas de sa compétence, que c’était aux conseils scolaires de mettre en application des protocoles de lutte contre les infections dans les écoles.

Soins de santé préventifs?

La santé publique s’occupe principalement du programme de vaccination et de la surveillance des maladies à déclaration obligatoire, comme la rougeole. Les mesures de santé publique incluent l’information en matière de promotion de la santé : la bonne façon de se laver les mains, l’alimentation saine et l’information générale sur les sites Web des organismes au sujet de l’importance de ne pas envoyer les enfants à l’école quand ils sont contagieux. Il n’y a vraiment aucune intervention directe des ministères de la Santé, juste de l’information ou de la sensibilisation sur la santé.

Nous savons que ces stratégies sont inefficaces. C’est d’ailleurs pourquoi il a fallu mettre en place des règlements interdisant de fumer dans les lieux publics. Il n’y pas de protocole proactif de lutte contre les infections dans les écoles, hormis les vaccins obligatoires. La COVID-19 a prouvé que la gestion des soins de santé préventifs pour nos enfants va au-delà de la vaccination, même si je crois, moi aussi, que la vaccination est essentielle.

Avec la COVID-19, nous faisons l’expérience douloureuse des débuts d’un changement social. Ce que cela signifie, c’est que nous n’enverrons plus nos enfants à l’école quand ils sont malades, même s’ils ont « juste » le nez qui coule. (Fait : c’est à ce stade qu’ils sont le plus contagieux.)

Nos employeurs auront des politiques en place pour nous soutenir quand nous restons chez nous parce que nous sommes malades ou nous occupons d’enfants malades qui ne sont pas allés à l’école. Le rythme ralentira quelque peu. Nous aurons un meilleur équilibre travail-vie personnelle et on fera de la promotion de la santé dans les écoles, au travail et dans les contextes sociaux pour nous aider à rester en santé.

Je suis certaine que notre gouvernement et les autorités de santé publique travailleront en plus étroite collaboration pour s’assurer que des politiques propices à la santé soutiennent la santé et le bien-être des gens et que les milieux de travail et les écoles soient propices à la promotion de la santé.

À terme, l’accent sera davantage mis sur la prévention de la maladie. Sur le plan individuel, nous serons plus conscients de nos comportements en matière d’hygiène des mains, d’étiquette respiratoire et de maintien de la distance sociale quand un membre de notre maisonnée est malade.

Résistance aux antibiotiques

Ces mesures profiteront à tout le monde, en particulier les personnes les plus vulnérables. Elles seront également bénéfiques pour le réseau de la santé, car elles réduiront le nombre de personnes traitées pour des infections virales ou bactériennes. Le recours aux antibiotiques s’en trouvera réduit.

De cette pandémie de COVID-19 émergera une nouvelle réalité où l’on insistera beaucoup sur la responsabilité sociale.

L’Organisation mondiale de la Santé, lors de sa conférence mondiale sur les bactéries résistantes aux antibiotiques, en 2015, a prévenu que la résistance aux antibiotiques sera la plus grande menace pour l’humanité dans un avenir proche : « Si nous ne prenons pas des mesures d’urgence, nous entrerons bientôt dans une ère postantibiotique dans laquelle des infections courantes et de petites blessures seront à nouveau mortelles. » (OMS, 2018). La propagation rapide de la COVID-19 témoigne de l’augmentation des voyages à travers le monde, de plus en plus faciles. « Compte tenu de la facilité et de la fréquence des déplacements dans le monde actuel, la résistance aux antibiotiques est un problème mondial, qui exigera des efforts de la part de tous les États et de nombreux secteurs. » (OMS, 2018).

La « nouvelle réalité »

De cette pandémie de COVID-19 émergera une nouvelle réalité, où l’on insistera beaucoup sur la responsabilité sociale. Les stratégies actuelles pour réduire la transmission consistent à rester chez soi, à travailler depuis chez soi, à éviter les rassemblements et à rester à 2 mètres les uns des autres quand on est à l’extérieur. Ces mesures auront des effets à long terme sur la façon dont nous interagissons au quotidien.

Je pense que la pandémie actuelle de COVID-19 nous prépare à ce qui nous attend en ce qui concerne les souches bactériennes résistantes aux antibiotiques et à réduire la probabilité d’une autre pandémie mondiale. Peut-être sera-t-elle bénéfique pour l’humanité à long terme. Faire preuve de responsabilité sociale signifie faire chacun notre part, car chacun d’entre nous peut avoir un impact.

La COVID-19 a, selon moi, fait ressortir le pouvoir de la responsabilité sociale, tant celle des individus que celle des leaders communautaires. Dans un avenir proche, les responsables des politiques mettront en place dans les milieux de travail et les écoles des politiques de prévention et de lutte contre les infections pour s’assurer que les gens restent chez eux quand ils sont malades et reçoivent le soutien financier nécessaire pour ce faire.

Cette pandémie nous rappelle que notre santé passe avant tout le reste, et nos nouvelles normes sociales iront dans ce sens. Pour ce qui est du grave danger que pose la résistance aux antibiotiques, la Dr Margaret Chan, qui assure la direction générale de l’Organisation mondiale de la Santé, a fait remarquer dans un discours aux nations du G7 à la session de l’OMS sur la résistance aux antimicrobiens, en 2015, que « Les associations de consommateurs et la société civile ont un rôle important à jouer dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Ce sont des forces vives et des acteurs de première ligne, en particulier à l’ère des médias sociaux. »

Je suis convaincue que nous émergerons de la crise actuelle avec plus d’appréciation et d’empathie pour notre prochain. J’ai bon espoir que notre nouvelle réalité sera un monde meilleur pour tout le monde. Je vois un avenir profondément ancré dans la responsabilité sociale et la réalisation de l’importance de la santé et du bien-être pour tous.

Références

Organisation mondiale de la Santé (OMS). Résistance aux antimicrobiens : le Directeur général de l’OMS s’adresse au G7, 2015.

Organisation mondiale de la Santé (OMS). Principaux repères : Résistance aux antibiotiques, 2018.

Filomena Tavares, inf. aut., B. Sc. inf., maman de deux enfants formidables, a reçu son diplôme de la Faculté de sciences infirmières de l’Université de Toronto en 1998 et exerce actuellement en soins infirmiers de fin de vie.

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