janv. 13, 2020
Par Tracy Stoneson

Le mentorat : la solution pour retenir les infirmières et infirmiers en soins intensifs?

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Messages à retenir

  • Les programmes de mentorat personnalisés pour le personnel infirmier novice en soins intensifs apportent les connaissances fondamentales nécessaires pour durer dans la profession.
  • Les étudiantes et étudiants de premier cycle en sciences infirmières devraient recevoir un soutien pour faire leur préceptorat dans des équipes de pratique avancée.
  • En investissement du temps, de l’énergie et des ressources dans les programmes de mentorat, on finira par réduire le manque de personnel infirmier dans les services de soins intensifs.

Les programmes de mentorat personnalisés et efficaces pour les infirmières et infirmiers en soins intensifs en début de carrière sont gages de réussite et de longévité dans la profession. Je peux personnellement attester de la véracité de cette affirmation.

Il y a des années, j’étais étudiante en sciences infirmières, pleine d’enthousiasme et impatiente d’obtenir mon diplôme. J’avais de grandes ambitions : je voulais devenir infirmière en soins intensifs et j’avais été acceptée pour faire mon dernier préceptorat dans une grande unité de soins intensifs (USI).

Pendant trois mois, j’ai travaillé aux côtés d’une infirmière qui m’a enseigné beaucoup des connaissances sur lesquelles je m’appuie encore aujourd’hui. J’ai consolidé mes compétences en matière d’évaluation et de pensée critique et nourri ma passion pour les soins intensifs.

Juste avant que je reçoive mon diplôme, l’équipe de direction m’a offert un poste permanent à temps complet avec un parrainage pour suivre le programme de soins infirmiers intensifs. On voulait aussi que je sois la première participante au projet pilote de nouveaux diplômés travaillant à l’USI.

Pendant les quatre mois suivants, j’ai donc reçu un mentorat particulier avec une infirmière experte qui m’a enseigné tout ce que je sais aujourd’hui. J’ai appris comment faire des évaluations exhaustives et repérer les signes de détérioration chez les patients. J’ai acquis des compétences avancées, appris à communiquer efficacement avec les patients et leur famille et compris l’importance des équipes interdisciplinaires.

Cette expérience a été la plus précieuse de toute ma pratique infirmière. Les ressources financières et psychologiques qui m’ont été consacrées pour assurer ma réussite étaient considérables mais d’une valeur inestimable.

Peu de temps après, quelques autres infirmières et infirmiers ont reçu le même mentorat que moi. Leur expérience est semblable à la mienne, et nous sommes tous restés en soins intensifs jusqu’à ce jour, en grande partie grâce au soutien que nous avons reçu.

Les risques comparés aux résultats?

Sautons quelques années : 13 ans plus tard, je suis aujourd’hui coordinatrice des soins aux patients dans une USI communautaire. J’ai passé la totalité de ma carrière infirmière jusqu’à maintenant en soins intensifs.

Au fil des ans, j’ai vu apparaître des symptômes d’épuisement professionnel chez beaucoup de mes collègues, dont beaucoup ont quitté le milieu des soins intensifs, voire la profession. Le fort roulement professionnel et les manques de personnel infirmier en soins intensifs sont bien documentés dans la recherche. Il est pratiquement impossible d’embaucher du personnel assez vite pour compenser les départs.

Je ne peux que me demander si la formation et le mentorat particuliers dont j’ai bénéficié expliquent ma réussite en soins infirmiers intensifs. Pour une raison qui m’échappe, beaucoup d’écoles de sciences infirmières n’autorisent pas les étudiants à faire leur stage final en soins intensifs. S’inquiète-t-on du risque d’associer infirmières et infirmiers novices et patients dans un état critique? Cherche-t-on à favoriser chez les étudiants de l’assurance et des compétences simplement en leur demandant de gérer un fort volume de patients dans un état moins grave?

On ne réglera pas le manque de personnel infirmier en soins intensifs de sitôt. Si nous voulons recruter et retenir des infirmières et infirmiers dans ce domaine, nous devons investir du temps, de l’énergie et des ressources pour les aider à réussir. Nous devons outiller et soutenir nos nouveaux professionnels des soins infirmiers et leur donner accès au plus d’expérience et de mentorat possible.

Débuter sa carrière en soins intensifs est dur. Mais avec une orientation personnalisée et un programme de mentorat sur mesure, l’expérience peut être à la fois un défi et une source de satisfaction.

Ressources additionnelles

Brooking, L., Theron, M. et S. Crowe. Transforming critical care orientation for novice nurses within the contemporary nursing workforce, Canadian Journal of Critical Care Nursing, 29(2), 2018, p. 21.

Innes, T. et P. Calleja. Transition support for new graduate and novice nurses in critical care settings: An integrative review of the literature, Nurse Education in Practice, 30, 2018, p. 62-72.

Pottinger, L. Critical Care Transition Program for Newly Graduated Nurses, Canadian Journal of Cardiovascular Nursing, 26(3), 2016, p. 5.

Vanderspank-Wright, B., Lalonde, M., Smith, A., Wong, S. et J. A. Bentz. Exploring new graduate nurse transition into the intensive care unit (ICU), Canadian Journal of Critical Care Nursing, 29(2), 2018, p. 35.

Tracy Stoneson, inf. aut., B. Sc. inf., est coordinatrice des soins aux patients à l’Unité de soins intensifs du Fraser Health Authority (C.-B.).

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