nov. 16, 2020
Par Winnie Lui

Réponse de l’université à la COVID-19 : Sonya Grypma accepte cette « formidable responsabilité »

Gracieuseté de Trinity Western University« Collectivement, les enseignants en sciences infirmières au Canada ont pour mission de veiller à la sécurité de milliers d’étudiants et de centaines d’enseignants et d’employés pendant la pandémie. C’est une formidable responsabilité », souligne Sonya Grypma.

Au tout début de la COVID-19, les infirmières et infirmiers des établissements d’enseignement postsecondaires du Canada ont vite compris qu’attendre que d’autres trouvent pour eux comment lutter contre la pandémie ne serait pas une option.

Ils ont plutôt conjugué leurs efforts et se sont appuyés sur les principes et les données émergentes et ont mis en commun leurs idées et leurs ressources pour guider leurs programmes d’études respectifs vers des décisions à la fois sûres et solides.

« Depuis que la COVID-19 est apparue sur le radar de l’Université Trinity Western (UTW) en janvier 2020, le personnel infirmier a été au centre de la réponse de l’établissement, explique Sonya Grypma, inf. aut., Ph.D. C’est nous qui nous avons fait des présentations au personnel et aux étudiants pour les renseigner sur la COVID et les tenir au courant, nous qui avons méticuleusement évalué les risques et répondu aux inquiétudes des uns et des autres en coulisse, nous qui avons occupé les postes importants dans les équipes d’intervention et nous qui avons créé des groupes de travail. »

Peu après la confirmation de la pandémie par l’Organisation mondiale de la Santé, Mme Grypma a assumé un nouveau rôle de conseillère principale en santé et, à ce titre, elle a supervisé la lutte contre la COVID-19 à l’université et assuré la liaison entre l’équipe de haute direction d’UTW (dont elle fait partie) et son équipe de première ligne.

Le personnel infirmier au premier plan

« En ce moment, par un heureux hasard, des infirmières et infirmiers sont à la tête des équipes administratives d’un certain nombre d’universités canadiennes, note Mme Grypma, et vous pouvez être certain qu’ils sont au premier plan de la lutte contre la pandémie dans leur établissement. »

« Les infirmières et infirmiers étaient présents, tard le soir, les weekends, pour répondre aux appels urgents et trouver ensemble des solutions », se souvient Mme Grypma. Le personnel infirmier a l’habitude de travailler en équipe, explique-t-elle, et les infirmières et infirmiers-chefs de toute l’université – ceux de la clinique du centre de bien-être et de l’École de sciences infirmières, mais aussi d’anciens élèves – se sont mis au travail avec ténacité et ont formé le noyau de l’équipe d’intervention COVID-19 d’UTW, du groupe de travail santé et sécurité COVID-19 et de l’équipe de santé publique COVID-19.

Leadership, profession infirmière et campus universitaires

« Collectivement, les enseignants en sciences infirmières au Canada ont pour mission de veiller à la sécurité de milliers d’étudiants et de centaines d’enseignants et d’employés pendant la pandémie. C’est une formidable responsabilité », souligne Mme Grypma.

« Heureusement, le personnel infirmier s’y connaît en matière de capacité de réponse, ajoute-t-elle. Cela fait maintenant des siècles que nous perfectionnons notre capacité d’intervention. »

« En ce moment, par un heureux hasard, des infirmières et infirmiers sont à la tête des équipes administratives d’un certain nombre d’universités canadiennes, et vous pouvez être certain qu’ils sont au premier plan de la lutte contre la pandémie dans leur établissement ».

Mme Grypma se souvient de la perspicacité de Joy Johnson, nouvelle présidente de l’Université Simon Fraser, lorsqu’elle expliquait qu’être infirmière avait contribué à faire d’elle quelqu’un qui trouve des solutions humaines aux problèmes.

« Ça me semble logique, estime Mme Grypma. Pendant une pandémie, on a besoin de gens qui trouvent des solutions humaines aux problèmes, et les infirmières et infirmiers démontrent depuis longtemps que c’est précisément ce qu’ils font. »

C’est dans la culture du personnel infirmier de prendre très à cœur le bien-être de ceux dont il prend soin. « J’ai été impressionnée par la rapidité avec laquelle les dirigeants des programmes d’études infirmières se sont retroussé les manches pour trouver des solutions aux problèmes changeants et complexes causés par la COVID-19 dans leurs organisations », confie-t-elle.

Débuts dans une communauté autochtone

L’une des expériences qui ont le plus influencé Mme Grypma a été son travail comme infirmière en région éloignée dans une communauté autochtone accessible seulement en avion, au début de sa carrière.

Dans ce poste de soins infirmiers où elle était la seule infirmière, les responsabilités de Mme Grypma allaient du diagnostic et du traitement de maux courants et de petites blessures jusqu’aux premiers soins, au triage et à l’évacuation des blessés en situations d’urgence, en passant par les cours prénatals, les visites à domicile et la santé scolaire.

Ce fut une première leçon sur l’importance de la réputation de la profession infirmière comme étant digne de confiance. « J’ai compris très tôt le grand privilège dont je jouissais en étant invitée dans la sphère privée de familles autres que la mienne, j’ai compris que la confiance que me faisaient les gens était sacrée et que ce n’était pas nécessairement moi qui l’avais gagnée, se rappelle Mme Grypma. On avait confiance en moi, parce qu’on avait confiance en ma profession. »

Parcours jusqu’à la direction d’organisations

Aujourd’hui, Mme Grypma est présidente de l’Association canadienne des écoles de sciences infirmières (ACESI) et vice-rectrice, Leadership et Études postsecondaires, à l’UTW. À ses quelque 35 ans d’expérience comme infirmière s’ajoutent autant d’années de travail en enseignement supérieur.

Mme Grypma, dont le travail clinique et l’enseignement étaient au départ centrés sur la santé publique, a toujours vu un lien naturel entre les soins infirmiers de santé publique et la formation en soins infirmiers. Les deux nécessitent une réflexion globale et stratégique d’une part et, d’autre part, des soins et une attention personnalisés (aux personnes, aux familles et aux étudiants).

Mme Grypma voit des similarités entre ses premières expériences d’infirmière en région isolée et son rôle de direction à l’UTW. « J’ai le même genre de responsabilités qu’il y a 30 ans. Elles sont juste plus vastes. »

Leçons de leadership d’un Aîné autochtone

« Quand je demande à mon père et à d’autres membres de notre communauté d’immigrants hollandais pourquoi ils ont risqué leur vie pour cacher des gens (comme l’ont fait beaucoup d’entre eux), la réponse est toujours “parce que c’était ce qu’il convenait de faire” ».

Alors qu’elle débutait sa carrière d’infirmière en régions éloignées, un Aîné a transmis à Mme Grypma sa vision du leadership : on ne devrait chercher à devenir leader dans un autre village qu’une fois qu’on s’est prouvé capable de prendre de bonnes décisions pour son village, sa famille et soi-même.

Cette idée faisait écho à la façon dont Mme Grypma avait été élevée : dans l’idée qu’il est important d’être « fidèle dans les petites choses, car c’est ainsi qu’on pourra être fidèle dans les grandes ». Ses parents, qui comptaient parmi les immigrants hollandais arrivés au Canada après la guerre, ont grandi dans des familles où l’on mettait l’accent sur la générosité et le service à autrui.

En fait, un hommage est rendu aux grands-parents de Mme Grypma au Yad Vashem (Musée de l’Holocauste) à Jérusalem, en tant que Justes parmi les Nations pour leurs actes de résistance pendant la guerre, entre autres celui d’avoir caché une femme juive chez eux pendant plusieurs années.

« Quand je demande à mon père et à d’autres membres de notre communauté d’immigrants hollandais pourquoi ils ont risqué leur vie pour cacher des gens (comme l’ont fait beaucoup d’entre eux), la réponse est toujours “parce que c’était ce qu’il convenait de faire” », illustre-t-elle.

Rôles de direction : un choix inspiré par la culture familiale

Mme Grypma voit un lien entre l’héritage familial et son parcours vers la direction. « Diriger des organisations, vu ainsi, est juste une extension de cette idée que nous devons mettre nos talents au service des autres », estime-t-elle.

Son goût d’apprendre l’a aidée à avancer. « J’ai toujours été avide de connaissances; j’ai toujours eu envie de comprendre comment fonctionnent les communautés et les organisations et toujours voulu trouver des façons d’améliorer les choses autour de moi. Mes conversations avec des personnes remarquables sur mon chemin ont été source d’inspiration. »

Cran et compassion inspirés des infirmières de guerre

Historienne des soins infirmiers, Mme Grypma est fascinée par le décalage entre l’image publique qu’avait la profession au départ et la pratique infirmière telle qu’elle s’est révélée.

« Les femmes qui exerçaient le métier d’infirmière en Chine, dont j’étudie la vie et sur qui j’écris des articles depuis une vingtaine d’années, n’étaient pas de faibles femmes, fait valoir Mme Grypma. En faisant des recherches pour mon dernier livre, The Rockefeller Effect, j’ai en fait découvert des infirmières-chefs qui étaient aussi combatives qu’elles étaient modestes. »

« Quand il s’agissait de protéger des patients ou des élèves infirmières, elles pouvaient regarder l’ennemi droit dans les yeux, et elles l’ont fait, littéralement », raconte-t-elle, en donnant pour exemple une situation où, en 1941, Vera Nieh (Nieh Yuchan), doyenne des études infirmières au Peking Union Medical College fondé par Rockefeller à Beijing, a convaincu les soldats japonais qui pillaient le campus d’attendre dans le couloir, sans faire de bruit, pendant que ses élèves finissaient leurs examens nationaux de qualification professionnelle.

« C’était la guerre, explique Mme Grypma, et Mme Nieh savait que ses élèves ne pourraient pas s’inscrire comme infirmières si elles n’avaient pas passé tous leurs examens. Les infirmières diplômées étaient essentielles à l’effort de guerre en cours. »

Mme Nieh exemplifie à sa façon le leadership infirmier en temps de crise. « Les bons dirigeants des programmes d’études, en sciences infirmières ou autres, s’investissent pleinement à la fois dans le bien-être de leurs étudiants et dans celui de leurs collègues, affirme Mme Grypma. Ils s’emploient à établir des liens et des rapports de confiance au sein d’un réseau de contacts en expansion, et ils savent que lorsqu’ils rencontrent un problème complexe, ils peuvent rapidement puiser dans ce réseau l’aide nécessaire pour le résoudre. »

« C’est là l’une des forces du milieu infirmier. Je l’ai constaté à maintes reprises. », ajoute-t-elle.

Références

Grypma, S. Nursing Shifts in Sichuan: Canadian Missions and Wartime China, 1937-1951, Vancouver, UBC Press, 2021.

Winnie Lui est directrice des relations publiques à l’Université Trinity Western, établissement qui offre des programmes de baccalauréat ès sciences et de maîtrise ès sciences en sciences infirmières. Fondée en 1962 Trinity Western est la principale université chrétienne d’arts libéraux dont la mission est d’outiller les étudiants pour qu’ils puissent connecter de façon significative leur carrière, leur vie et les besoins du monde.

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