févr. 16, 2021
Par Leanne Paquette

Pourquoi la voix infirmière doit être amplifiée dans les écoles et les lieux de travail

istockphoto.com/damircudicLes infirmières et infirmiers étudiants et en exercice doivent composer avec un niveau inédit de prestation de soins pendant la pandémie de COVID-19. Leurs expériences sont précieuses. Il est capital de leur donner l’occasion de les faire connaître aux autres, car ce type d’échange développe leur voix infirmière ainsi que la solidarité professionnelle.

Accéder à la profession infirmière est à la fois merveilleux et fastidieux. Le volume de choses à apprendre est parfois écrasant pour les étudiants. Les cours magistraux et l’apprentissage par l’expérience sont d’excellentes façons d’enseigner aux étudiants ce qu’ils doivent apprendre, mais ils ne leur offrent pas d’occasions de transmettre leur savoir-faire aux autres en faisant entendre leur voix infirmière. Je précise que pour moi, la « voix infirmière » est l’acte, pour les infirmières et les infirmiers, de parler en leur nom et en celui de leur profession et de leurs patients. C’est la voix de professionnels informés et cordiaux, empreints de compassion et d’empathie et soucieux de défendre les droits et de renforcer l’autonomisation.

Gracieuseté de Leanne Paquette« Les infirmières et les infirmiers doivent donner plus de force à leur voix pour mener la réforme des soins de santé et plaider pour des solutions fondées sur les besoins, pour les patients, pour les communautés et aussi pour eux en tant que professionnels », souligne Leanne Paquette (ci-dessus).

La question suivante m’inspire, récemment : en quoi la voix infirmière actuelle se distingue-t-elle, dans la pratique et au cours des études? Un premier élément de réponse, je crois, est qu’actuellement, la voix infirmière nait souvent de la frustration causée par l’épuisement lié à la charge de travail et l’oppression professionnelle, une frustration qui mène souvent au plaidoyer politique. La voix infirmière est très présente sur les réseaux sociaux et autres plateformes numériques, mais elle reste encore discrète dans les médias traditionnels. C’est pourquoi je pense que l’on doit en faire plus dans la culture des études infirmières et, également, dans la culture des soins infirmiers pour que la voix infirmière soit mieux entendue et plus utile.

Je traiterai dans ce commentaire du concept de la voix infirmière et des raisons pour lesquelles il est important que le personnel infirmier et les étudiants en sciences infirmières soient équipés pour parler avec l’assurance de professionnels.

Complices d’encourager au silence?

Comme les cours magistraux se donnent devant des groupes de 80 à 200 étudiants, ce n’est souvent que dans leurs travaux écrits que les étudiants peuvent développer leur voix infirmière, même dans un programme de B. Sc. inf. sur quatre ans. Comment veut-on qu’ils progressent au-delà des compétences que nous leur enseignons pour pouvoir, avec aisance, faire entendre leur voix lorsque nécessaire? J’estime par conséquent que les responsables des études infirmières sont complices d’encourager les étudiants au silence.

Des établissements d’enseignement et des employeurs qui appuient la profession et des associations professionnelles proactives pourraient atténuer les vulnérabilités créées par la technologie et le manque de reconnaissance.

De la même façon, dans le contexte de la pratique, la lourdeur des cas et des charges de travail peut réduire la voix infirmière aux discussions associées aux soins réactifs. La voix infirmière est nécessaire dans la pratique pour poser les questions difficiles sur l’histoire, la politique et le contexte social qui aident à mettre à jour les disparités en matière de santé. Les infirmières et les infirmiers doivent donner plus de force à leur voix pour mener la réforme des soins de santé et plaider pour des solutions fondées sur les besoins, pour les patients, pour les communautés et aussi pour eux en tant que professionnels.

Pression technologique et besoin urgent de reconnaissance professionnelle

Avec la technologie, il devient urgent de promouvoir l’usage de notre voix infirmière. Les outils numériques donnent aux infirmières et infirmiers étudiants et en exercice l’information dont ils ont besoin pour effectuer des évaluations et des interventions importantes, mais ces outils ne remplacent pas la voix de l’infirmière ou de l’infirmier.

Dans le même esprit, Kear (2019) décrit la reconnaissance professionnelle comme un enjeu auquel il est urgent de porter attention, car il est lié à la voix infirmière. Selon elle, le travail des infirmières et des infirmiers est rarement reconnu, et elle les encourage à reconnaître la valeur de leur voix.

On pourrait atténuer les vulnérabilités créées par la technologie et le manque de reconnaissance grâce à des établissements d’enseignement et des employeurs qui appuient la profession et à des associations professionnelles proactives. On pourrait ainsi garantir la mobilisation et favoriser l’émergence d’approches novatrices qui mettent en valeur la voix infirmière et empêchent qu’elle ne régresse et ne tombe dans une routine confortable de non-reconnaissance de l’expertise du personnel infirmier.

Voix infirmière et pandémie

À l’automne 2020, la culture des études infirmières a évolué dans le sens de l’offre de cours en ligne. Cette approche nécessite de la part des instructeurs un engagement véritable à être présents et à innover. Mes étudiants auront véritablement l’occasion de prendre la parole et de développer leur confiance en eux. Je les encouragerai à exprimer leurs préoccupations au début de chaque séance, en particulier en ce qui concerne la diversité culturelle, pour améliorer leur voix infirmière tout en faisant la promotion de l’inclusion culturelle.

Qui plus est, les infirmières et infirmiers étudiants et en exercice doivent composer avec un niveau inédit de prestation de soins pendant la pandémie de COVID-19. Leurs expériences sont précieuses. Il est capital de leur donner l’occasion de les faire connaître aux autres, car ce type d’échange développe leur voix infirmière ainsi que la solidarité professionnelle.

Les organisateurs du Nightingale Challenge en ont appelé aux organisations pour qu’elles soutiennent l’innovation, le plaidoyer et le leadership des infirmières et des infirmiers. Que ce soit dans les établissements d’enseignement ou au chevet des patients, les organisations infirmières ont une occasion exceptionnelle de favoriser cette croissance en créant des lieux sûrs pour la discussion et l’apprentissage.

Leaders de l’éducation et de la pratique, voici une occasion pour vous d’aider la voix infirmière à se faire entendre.

Références

Kear, Tamara M. « It is time to tell the world what nurses do », Nephrology Nursing Journal, 46(3), 2019, p. 275-328. https://search-proquest-com.ledproxy2.uwindsor.ca/docview/2242763951?accountid=14789

Leanne Paquette est chargée de cours à plein temps et étudiante en deuxième année de doctorat à la Faculté de sciences infirmières de l’Université de Windsor en Ontario. Ses recherches sont centrées sur l’incivilité en soins infirmiers dans l’ensemble de la profession. Leanne a occupé divers postes en soins infirmiers, auprès des patients et en leadership. À ses débuts, elle a été infirmière auxiliaire autorisée pendant une trentaine d’années, et c’est de là que vient sa passion pour l’utilisation de la voix infirmière.

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