mars 29, 2021
Par Emily Durant , Donna Berta

Transfuser avec soin afin de promouvoir une pratique transfusionnelle appropriée de globules rouges

istockphoto.com/SDI ProductionsLes directives de Transfuser avec soin ont pour fondement la capacité de chaque patient à atteindre et maintenir l’homéostasie. S’ils sont relativement en santé, les patients asymptomatiques peuvent s’adapter à l’anémie grâce à une augmentation du débit cardiaque, à une réduction de l’activité physique ou à une combinaison des deux, sans nécessiter de transfusion.

Messages à retenir

  • Transfuser avec soin est une campagne nationale visant à améliorer la pratique transfusionnelle de culots globulaires chez les patients adultes hospitalisés qui ne présentent pas de saignement.
  • Les directives Transfuser avec soin se fondent sur le principe que la valeur de l’hémoglobine n’est pas à elle seule un indicateur adéquat dans la prise d’une décision quant à la nécessité d’une transfusion.
  • Les infirmières et infirmiers jouent un rôle essentiel dans la réduction des interventions inappropriées de transfusion de culots globulaires, car ce sont surtout eux qui observent les patients, qui interagissent avec eux et qui sont susceptibles de mettre en œuvre une intervention prescrite.

Dans le domaine des soins de santé, les professionnels ainsi que les patients doivent trouver un équilibre entre leur besoin perçu d’interventions et les impératifs de prudence pour éviter des interventions injustifiées. Un rapport de l’Institut canadien d’information sur la santé (2017) et de Choisir avec soin indique que jusqu’à 30 % des tests et traitements sont potentiellement inutiles. Cette statistique touche tout particulièrement les transfusions sanguines, qui comptent parmi les interventions les plus couramment administrées dans le monde.

Menée sous la bannière de Choisir avec soin et en partenariat avec la Société canadienne du sang, la campagne Transfuser avec soin vise à améliorer les pratiques transfusionnelles (prescription et administration). Cette démarche soutient l’utilisation appropriée d’une ressource limitée, vise à garantir que les avantages de la transfusion l’emportent sur les risques, évite de façon proactive les risques liés à la transfusion et favorise des résultats optimaux en matière de santé des patients.

Dans le présent article, nous discuterons de cette initiative, en misant sur la façon dont ses outils d’intervention (y compris l’ouvrage récemment publié Transfuser avec soin : Les directives) peuvent être utiles aux membres du personnel infirmier lorsque des transfusions sont envisagées pour des patients adultes qui ne présentent pas de saignement.

Contenu

Transfuser avec soin : caractéristiques principales

La campagne Transfuser avec soin vise à réduire les transfusions inutiles de culots globulaires par la sensibilisation des intervenants sur l’innocuité de la pratique transfusionnelle restrictive (définie par des seuils d’hémoglobines factuels au moyen d’une évaluation clinique simultanée et de la transfusion d’unités simples, suivies d’une réévaluation). La campagne se concentre sur la transfusion de culots globulaires chez des patients adultes hospitalisés qui ne présentent pas de saignement. Comme de multiples essais cliniques et analyses systématiques appuient la pratique transfusionnelle restrictive de culots globulaires, les données scientifiques dans ce domaine sont solides. Bien que des délibérations semblables avantageraient les populations de patients adultes en consultation externe et celles des services de pédiatrie et d’urgence, les directives nationales sur la transfusion pour ces groupes sont inexistantes à l’heure actuelle, puisque les données sont limitées. La campagne Transfuser avec soin encourage les hôpitaux de tout le Canada à réduire le nombre de transfusions inappropriées et a mis en place des interventions fondées sur les pratiques optimales et des outils de collecte de données (audit) pour en mesurer les répercussions. Ces pratiques et outils comportent notamment l’adoption de directives factuelles sur la transfusion, des ensembles d’ordonnances, la vérification des ordonnances de transfusion et un effort concerté pour en évaluer la pertinence par rapport aux critères de référence nationaux. Un comité de direction national et divers groupes de travail techniques ont orienté l’élaboration de ces critères de référence et d’un complément d’interventions factuelles.

De multiples essais cliniques et analyses systématiques appuient la pratique transfusionnelle restrictive de culots globulaires.

Thakkar, Podlasek, Rotello, Ness et Frank (2017) mettent en lumière le fondement historique de la prescription fréquente de transfusions de culots globulaires à deux unités. Ils notent qu’avant les années 1990, on enseignait aux cliniciens à exiger deux unités, dose considérée comme optimale pour la transfusion de globules rouges chez un patient adulte. En fait, on décourageait fortement les transfusions à une seule unité, et les spécialistes en la matière reconnaissaient que les transfusions à unité simple étaient inutiles. Ce principe consistant à « en faire plus pour un meilleur résultat » a été délaissé avec l’arrivée de données démontrant que la morbidité et la mortalité liées aux transfusions étaient proportionnelles à la dose administrée (Callum et coll., 2016; Choisir avec soin, s.d.; Réseau régional ontarien de coordination du sang, s.d.). Les recherches indiquent que comme tout autre agent thérapeutique, une transfusion devrait être pratiquée à la plus faible dose ou au plus faible nombre d’unités efficace (Callum et coll., 2016; Choisir avec soin, s.d.; Réseau régional ontarien de coordination du sang, s.d.). Bien que la Société canadienne du sang et Héma‑Québec, les fournisseurs de sang au Canada, soient vigilants en matière de dépistage, d’analyse et de maintien des protocoles de sécurité sanguine, une transfusion de globules rouges s’apparente à une transplantation d’organe liquide, et les risques doivent être reconnus comme tels.

Piliers de la campagne Transférer avec soin : directives sur les transfusions

L’approche de Transfuser avec soin commence par des directives transfusionnelles factuelles. Nous reconnaissons qu’il existe un fossé entre les données et la pratique transfusionnelle. Les données confirment que les directives transfusionnelles restrictives constituent la pratique optimale pour la sécurité des patients et leurs résultats cliniques (ces directives enjoignent de ne pas procéder à une transfusion de globules rouges chez des patients asymptomatiques qui ne présentent pas de saignement et dont l’hémoglobine est supérieure à 70 g/L et de ne pas procéder à la transfusion de plus d’une unité de globules rouges à la fois chez des patients qui ne présentent pas de saignement). En effet, non seulement il s’agit là d’un volume supplémentaire de 300 ml dans un laps de temps relativement court, mais en plus, chaque unité a un effet additif sur la viscosité du sang du receveur. En ce qui concerne les seuils restrictifs en lien avec une surcharge circulatoire liée à la transfusion, Gosmann et coll. (2018) abordent les déclenchements dee transfusions en présence de taux d’hémoglobine élevés comme étant des facteurs de risque. Un des essais qu’ils ont examinés a révélé une incidence considérablement plus élevée d’œdème pulmonaire chez les patients en phase critique qui ont reçu une transfusion à un seuil de déclenchement assez large de 90 g/L par rapport à des patients semblables ayant reçu une transfusion à un seuil restrictif de 69 g/L, tandis qu’un autre essai clinique randomisé a révélé que l’incidence de la surcharge circulatoire liée à la transfusion chez les patients présentant des saignements gastro‑intestinaux supérieurs aigus était huit fois plus élevée dans le groupe de transfusion à un seuil élargi (Gosmann et coll., 2018).

Le tableau Transfuser avec soin : Les directives (ci-dessus) fait partie d’une trousse d’information que renferme la trousse d’intervention de la campagne.

Le comité transfusionnel de chaque hôpital peut faciliter l’atteinte d’un consensus parmi les intervenants sur les indications en matière de transfusion de culots globulaires et leur approbation par le comité consultatif médical ou interprofessionnel de l’hôpital. Chaque province et régie sanitaire peut rédiger ses directives à l’intention des cliniciens actifs et encourager leur mise en pratique par l’entremise de politiques organisationnelles. Les directives de Transfuser avec soin en matière de pratiques optimales, qui s’appuient sur des données probantes, peuvent servir de point de départ à la formulation de recommandations cliniques.

Sur quoi s’appuient généralement les directives en matière de transfusion?

Les directives de Transfuser avec soin ont pour fondement la capacité de chaque patient à atteindre et maintenir l’homéostasie. La physiologie humaine dicte que l’approvisionnement en oxygène est fonction d’un débit cardiaque adéquat et de la teneur en oxygène du sang artériel. La teneur en oxygène repose sur la respiration par l’intermédiaire des poumons et du pouvoir oxyphorique de l’hémoglobine dans les globules rouges individuels. S’ils sont relativement en santé, les patients asymptomatiques peuvent s’adapter à l’anémie grâce à une augmentation du débit cardiaque, à une réduction de l’activité physique ou à une combinaison des deux, sans nécessiter de transfusion. Une alimentation adéquate, du repos et du temps peuvent suffire à la guérison, sans que le patient soit exposé au risque d’une transfusion. Les patients dont les systèmes cardiaque, pulmonaire ou hématologique sont atteints, toutefois, ont une capacité réduite de maintenir l’homéostasie de façon indépendante. Par exemple, un patient en insuffisance cardiaque ne peut pas augmenter son débit cardiaque et peut présenter des signes et des symptômes de diminution de l’oxygène même avec un taux d’hémoglobine semblable à celui d’une personne asymptomatique sans déficit.

Dans ce contexte physiologique, le taux d’hémoglobine n’est pas à lui seul un indicateur adéquat dans la prise de décisions quant à la nécessité d’une transfusion; les signes et symptômes cliniques du patient, ainsi que toute comorbidité, doivent également être évalués, en plus des circonstances de l’hospitalisation.

Interventions et outils supplémentaires de Transfuser avec soin

La sensibilisation est fondamentale pour que la raison d’être et les avantages du changement soient compris et appuyés (par les patients et le système de santé). La campagne Transfuser avec soin présente des modules pédagogiques conçus pour les intervenants essentiels (médecins, prescripteurs, personnel infirmier et technologues de laboratoire médical). Sans soutien, toutefois, la sensibilisation n’assurera fort probablement pas une diminution soutenue du nombre de transfusions inappropriées de culots globulaires.

Pour faciliter cette transmission des connaissances, Transfuser avec soin approuve les modèles d’ordonnance conviviaux afin d’inciter les cliniciens à se conformer systématiquement aux directives dans leur prestation de soins aux patients. Les mesures favorisant la conformité à l’utilisation d’ensembles d’ordonnances sont utiles. Procéder à une vérification prospective des ensembles d’ordonnances transfusionnelles de culots globulaires afin que les technologues de laboratoire de médecine transfusionnelle se conforment aux directives est une stratégie plus solide qui peut être concluante. Pour mettre en œuvre cette stratégie, les technologues doivent être à l’aise avec cet aspect de leur rôle en tant que professionnels de la santé réglementés et bien le maîtriser, en plus d’être appuyés en temps réel par un médecin spécialisé en transfusion. Le site Web de Transfuser avec soin propose des outils d’intervention qui permettront de mettre en pratique cette approche. Une version modifiée de l’approche comportant une vérification rétrospective des ensembles d’ordonnances transfusionnelles de culots globulaires aux fins de conformité aux directives peut être envisagée. Afin d’assurer la sécurité des patients, il est à noter que le recours à un modèle d’ensemble d’ordonnances et aux pratiques de vérification des ordonnances est seulement approprié pour les patients qui ne présentent pas de saignement et en situation non urgente.

La collecte de sang, la production de produits sanguins et la distribution sont des interventions dispendieuses et exigeantes en ressources.

Le sang, une ressource précieuse

Les gestionnaires et les prestataires de soins de santé ont souvent la perception que la transfusion sanguine est « gratuite ». Les composants et les produits sanguins ne figurent pas aux calculs budgétaires des hôpitaux comme le font les produits pharmaceutiques et autres fournitures sanitaires destinées aux patients. Au Canada, des bénévoles font don de leur sang, et la collecte est financée par des fonds fédéraux et provinciaux ou territoriaux (venant des impôts), qui sont transférés aux fournisseurs de sang afin d’approvisionner les hôpitaux en sang. La collecte de sang, la production de produits sanguins et la distribution sont des interventions dispendieuses et exigeantes en ressources. Au moyen d’un modèle financier en huit étapes, Lagerquist et coll. (2017) ont comptabilisé les coûts connexes engagés par les fournisseurs de sang jusqu’au moment de la transfusion à un patient et révélé qu’une unité de culots globulaires coûte environ 666,10 $CA. L’administration de sang et la prise en charge des effets indésirables s’ajoutent aux questions de ressources financières et humaines. La pandémie actuelle de COVID‑19 ne fait qu’accroître les pressions externes sous forme de réduction du personnel de laboratoire et de première ligne, en plus de restreindre la disponibilité des donneurs et les occasions de collecte.

Préjudices potentiels des transfusions

La thérapie transfusionnelle est considérée comme étant sûre. Toutefois, des effets et des réactions indésirables (légers à mortels) découlant d’une transfusion se manifestent, et ce, malgré toutes les mesures de sécurité en place. Certains effets ou réactions découlant d’une transfusion peuvent être caractérisés comme étant courants, mais sans danger; d’autres, graves et potentiellement mortels, nécessitent des mesures ou traitements préventifs; et certains, rares, peuvent altérer la qualité de vie. Vous trouverez dans le tableau ci-dessous un sommaire (pour obtenir des détails sur les risques liés à une transfusion, nous vous suggérons de consulter la publication Sang difficulté du Réseau régional ontarien de coordination du sang ou la circulaire d’information particulière à la transfusion de culots globulaires fournie par la Société canadienne du sang et Héma-Québec).

(Nous vous recommandons de visionner les tableaux sur un ordinateur de bureau.)

Effets indésirables et risques associés à une transfusion Incidence/unité Commentaires
Courant, mais sans danger
Allergie mineure (urticaire) 1 cas sur 100 Se résorbe généralement avec des antihistaminiques
Réaction fébrile, non hémolytique 1 cas sur 300 Se résorbe généralement avec des antipyrétiques
Graves et potentiellement mortels, nécessitant des mesures ou traitements préventifs
Alloanticorps érythrocytaires 1 cas sur 13 Toutes les transfusions futures de globules rouges nécessiteront du sang dépourvu de l’antigène
Risque de maladie hémolytique chez le fœtus ou le nouveau-né, pour les femmes fécondes
Surcharge circulatoire liée à la transfusion 1 cas sur 100 Avant la transfusion : évaluer le risque
Prévention : diurétique avant la transfusion, faible taux d’infusion, transfusion à une seule unité
Syndrome respiratoire aigu post-transfusionnel (TRALI) 1 cas sur 10 000 Soins de confort (oxygène, soutien respiratoire, vasopresseurs)
Hémolyse aiguë 1 cas sur 40 000 Étapes d’identification formelle du patient essentielle au moment de la collecte et de l’administration d’échantillons
Anaphylaxie 1 cas sur 40 000 Surveillance étroite pendant la transfusion, identification précoce, traitement médical rapide
Septicémie bactérienne 1 cas sur 250 000 Surveillance étroite pendant la transfusion, identification précoce, traitement médical rapide
Rares et altérant la qualité de vie
Transmission de l’hépatite B 1 cas sur 7,5 millions Traitement médical
Transmission de l’hépatite C 1 cas sur 13 millions Traitement médical
Transmission du VIH 1 cas sur 21 millions Traitement médical

Tiré de Callum et coll. (2016)

La surcharge circulatoire liée à la transfusion, qui est sous-évaluée et sous-déclarée, justifie une discussion plus poussée puisqu’il s’agit de la cause principale de décès lié à une transfusion (Callum et coll. 2016). Une surcharge circulatoire se caractérise par une détresse respiratoire aiguë ou qui s’aggrave, une diminution de la saturation en oxygène, une tachycardie, une augmentation de la pression artérielle et un œdème pulmonaire aigu se produisant dans les 12 heures suivant la transfusion (International Society of Blood Transfusion Working Party on Haemovigilance, 2019; Wiersum-Osselton et coll., 2019). Deux catégories de facteurs de risque sont présentes :

  • Les facteurs de risque de surcharge circulatoire sont l’âge avancé, la fragilisation ou un déconditionnement, des antécédents d’insuffisance cardiaque ou d’infarctus du myocarde, un dysfonctionnement ventriculaire gauche, une insuffisance rénale et un équilibre des fluides positif (Alam et coll., 2013).
  • Les facteurs de risque associés à la transfusion même comprennent l’absence d’évaluation du volume avant la transfusion, la transfusion de plus d’une unité à la fois chez un patient stable et un processus de transfusion trop rapide (Alam et coll., 2013).

La collaboration interdisciplinaire, thème récurrent de l’ensemble des interventions et outils de Transfuser avec soin, est essentielle pour réduire le nombre de transfusions inappropriées.

Lorsqu’une transfusion de culots globulaires est nécessaire sur le plan clinique, on devrait évaluer de façon approfondie les facteurs de risque de surcharge circulatoire chez le patient. Si elles sont indiquées, des stratégies de prévention d’une surcharge circulaire doivent être mises en pratique (p. ex. l’administration d’un diurétique avant la transfusion, l’étalement du débit de perfusion sur une période de trois ou quatre heures par unité, la transfusion d’une seule unité), en plus d’une surveillance étroite pendant l’administration (Callum et coll., 2016).

Rôle du personnel infirmier

La collaboration interdisciplinaire, thème récurrent de l’ensemble des interventions et outils de Transfuser avec soin (directives, éducation, ensemble d’ordonnances, vérification des ordonnances), est essentielle pour réduire le nombre de transfusions inappropriées. Le personnel infirmier est celui qui observe le plus les patients et qui interagit le plus avec eux au cours de leur hospitalisation, sur le plan de la santé. C’est aussi surtout lui qui met en pratique les interventions prescrites. La responsabilité professionnelle veut que le personnel infirmier agisse afin de prévenir les incidents pouvant entraver la sécurité des patients ou afin d’en réduire la portée (Association des infirmières et infirmiers du Canada, s.d.). Le personnel infirmier agit dans l’intérêt des patients afin d’atteindre le niveau de santé et le bien‑être le plus élevé possible tout en les soustrayant à tout risque de préjudices évitables (Association des infirmières et infirmiers du Canada, s.d.).

En ce qui concerne la transfusion, le rôle du personnel infirmier comprend les mesures suivantes :

  • Se tenir à jour sur les directives factuelles en matière de transfusion. Si une transfusion de culots globulaires est prescrite, comprendre les indications pour ce patient en particulier.
  • Collaborer avec les technologues de laboratoire de médecine transfusionnelle de votre hôpital, car leur savoir-faire est une ressource inestimable.
  • Inciter les prescripteurs à consulter les directives en matière de transfusion qui conviennent à la situation particulière du patient. Remettre en question les ordonnances non conformes aux directives. S’assurer d’aborder les risques liés à la transfusion (p. ex. la surcharge circulatoire liée à la transfusion).
  • Lorsqu’une transfusion de culots globulaires est prescrite :
    • examiner l’ordonnance afin de prendre les mesures appropriées et de respecter la posologie et le débit de perfusion.
    • b) procéder à l’évaluation des valeurs de base du patient et les surveiller attentivement selon le contexte clinique.
  • À la suite d’une transfusion :
    Évaluer le patient et son taux d’hémoglobine avant de poursuivre la transfusion. Dans le cas de patients stables qui ne présentent pas de saignement, le taux d’hémoglobine peut être vérifié le lendemain. Dans le cas d’une transfusion d’une seule unité de culots globulaires chez un patient qui ne présente pas de saignement, le taux d’hémoglobine devrait augmenter d’environ 10 g/L (Callum et coll., 2016).

Études de cas

Prescription inappropriée d’une transfusion de culots globulaires
Mme X, 35 ans, a été opérée il y a trois jours pour une dysplasie congénitale de la hanche. Elle est en bonne santé à tous les plans. Son physiothérapeute déclare qu’elle accroît sa mobilité à l’aide d’un déambulateur et qu’elle peut rentrer chez elle en toute sécurité. Ses signes vitaux sont stables et dans les limites de la normale. Son incision à la hanche est bien rapprochée, sans écoulement, mais elle présente des ecchymoses importantes. Au premier jour postopératoire, son taux d’hémoglobine était de 78 g/L et en date d’aujourd’hui, soit au 3e jour postopératoire, il est de 72 g/L. Son médecin a prescrit une transfusion d’une unité de culots globulaires en deux heures. En examinant le bilan préopératoire de Mme X, son infirmière note qu’une anémie ferriprive attribuable à une ménorragie a été diagnostiquée et a été traitée par administration de fer par voie intraveineuse (IV). Le protocole infirmier comprend une discussion avec le médecin de Mme X pour souligner que son taux d’hémoglobine se situe dans les limites externes des directives, qu’elle est asymptomatique et que l’indication d’une transfusion n’est pas claire. Dans ce cas, on peut envisager un autre traitement pour l’anémie ferriprive, c’est-à‑dire une supplémentation en fer.

Transfusion entraînant une surcharge circulatoire
Mme Smith est une patiente de 80 ans en oncologie admise en raison d’une anémie. Ses antécédents médicaux comprennent un lymphome, une hyperlipidémie et une hypertension limite. Ses signes vitaux de base sont le reflet de ses tendances normales (température de 36,5 oC, pouls de 72, pression artérielle de 130/86, respiration de 18, saturation en oxygène de 96 %) et sont demeurés dans les limites normales après les 15 premières minutes d’administration des culots globulaires. Trente minutes plus tard, après une transfusion de 200 ml, l’infirmière répond à la sonnette d’appel et trouve Mme Smith en tachypnée et souffrant d’un serrement de poitrine. Les signes vitaux sont maintenant les suivants : température de 37,4 oC, pouls de 110, pression artérielle de 180/99, respiration de 26 et saturation en oxygène de 89 %. On craint que la patiente soit en surcharge volumique, comme en témoigne l’augmentation de la pression artérielle. Le protocole infirmier comprendrait maintenant l’interruption de la transfusion, l’administration d’oxygène supplémentaire, l’élévation de la tête du lit et la communication avec le prescripteur autorisé pour lui signaler les symptômes et recevoir une ordonnance d’examens (p. ex. radiographie thoracique) et un diurétique par voie intraveineuse. D’autres mesures pourraient être prises en fonction de la réaction de la patiente au diurétique.

Réduction du nombre de transfusions inutiles ou inappropriées : une réussite

En 2016, l’Ontario a lancé un plan d’amélioration de la qualité transfusionnelle (Ontario Transfusion Quality Improvement Plan, ou OTQIP) pour orienter les hôpitaux qui mettraient en œuvre un plan d’amélioration de la qualité accompagné de stratégies de réduction du nombre de transfusions inutiles de culots globulaires. Les outils et les modèles du plan sont axés sur l’éducation, sur des directives factuelles, sur des ensembles d’ordonnances transfusionnelles, sur le tri prospectif des demandes de transfusions par les technologues de laboratoire médical et sur les données afin d’évaluer les résultats. La mise en pratique de ces stratégies dans un hôpital de grande envergure en Ontario a permis une réduction soutenue de 31 % du recours aux transfusions de culots globulaires (Lin et coll., 2016). La campagne Transfuser avec soin vise à obtenir des résultats semblables partout au Canada.

Sommaire et prochaines étapes

Dans le présent article, nous avons traité des éléments fondamentaux de Transfuser avec soin qui s’appliquent à la transfusion de culots globulaires, ainsi que de l’importance de cette initiative et des directives factuelles sur la transfusion sanguine. Nous avons exploré le rôle du personnel infirmier dans cette campagne et avons passé en revue les risques de réactions aux transfusions.

Les hôpitaux qui parviennent à respecter les critères de référence de Transfuser avec soin obtiennent la désignation « Transfuser avec soin » en milieu Hospitalier. Le programme Qmentum d’Agrément Canada reconnaît en cette initiative une entreprise d’amélioration de la qualité en milieu hospitalier. Pour obtenir la désignation, un hôpital doit entre autres formuler des directives officielles en matière de pratiques optimales, établir des partenariats avec des intervenants et mener des audits ponctuels pour consigner les progrès.

Déclaration de conflits d’intérêts

Les auteurs ne déclarent aucun conflit d’intérêts.

Remerciements

Le Réseau régional ontarien de coordination du sang (RRoCS) est grandement reconnaissant au ministère de la Santé de l’Ontario pour son soutien financier. Les opinions exprimées dans la présente publication sont celles des auteures et ne sont pas nécessairement conformes au point de vue du ministère de la Santé de l’Ontario ou du gouvernement de l’Ontario.

Références

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Callum, J. L., Pinkerton, P. H., Lima, A., Lin, Y., Karkouti, K., Lieberman, L., … K. E. Webert. Sang difficulté 4 : Transfusions sanguines, alternatives et réactions transfusionnelles : guide de médecine transfusionnelle (4e édition), 2016. Toronto : Réseau régional ontarien de coordination du sang. Consulté sur https://transfusionontario.org/fr/sang-difficulte-4-transfusions-sanguines-alternatives-et-reactions-transfusionnelles-guide-de-medecine-transfusionnelle-4e-edition/

Choisir avec soin. Transfuser avec soin : Les directives, s.d. Consulté sur
https://transfuseravecsoin.ca/wp-content/uploads/2020/08/Guidelines-UBWFR_v2.pdf

Gosmann, F., Nørgaard, A., Rasmussen, M.-B., Rahbek, C., Seeberg, J. et T. Møller. « Transfusion-associated circulatory overload in adult, medical emergency patients with perspectives on early warning practice: A single-centre, clinical study », Blood Transfusion, 16(2), 2018, p. 137-144. doi:10.2450/2017.0228-16 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28151385/

Institut canadien d’information sur la santé. Les soins non nécessaires au Canada. Consulté sur https://www.cihi.ca/sites/default/files/document/choosing-wisely-baseline-report-fr-web.pdf

International Society of Blood Transfusion, groupe de travail sur l’hémovigilance, en collaboration avec l’International Haemovigilance Network et l’AABB (anciennement l’American Association of Blood Banks). Transfusion-associated circulatory overload (TACO): Definition 2018, 2019.Consulté sur https://www.aabb.org/docs/default-source/default-document-library/resources/taco-2018-definition.pdf?sfvrsn=e1bcfce4_0

Lagerquist, O., Poseluzny, D., Werstiuk, G., Slomp, J., Maier, M., Nahirniak, S. et G. Clarke. « The cost of transfusing a unit of red blood cells: A costing model for Canadian hospital use », ISBT Science Series, 12(3), 2017, p. 375-380. doi:10.1111.voxs.12355 https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/voxs.12355

Lin, Y., Cserti‐Gazdewich, C., Lieberman, L., Pendergrast, J., Rammler, W., Skinner, I. et J. Callum. « Improving transfusion practice with guidelines and prospective auditing by medical laboratory technologists », Transfusion, 56(11), 2016, p. 2903-2905. doi:10.1111/trf.13848 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28211959/

Réseau régional ontarien de coordination du sang. Plan d’amélioration de la qualité, s.d. Consulté sur https://transfusionontario.org/en/category/toolkits/quality-improvement-plan/

Thakkar, R. N., Podlasek, S. J., Rotello, L. C., Ness, P. M. et S. M. Frank. « Things we do for no reason: Two-unit red cell transfusions in stable anemic patients », Journal of Hospital Medicine, 12(9), 2017, p. 747-749. doi:10.12788/jhm.2806 https://www.journalofhospitalmedicine.com/jhospmed/article/145147/hospital-medicine/things-we-do-no-reason-two-unit-red-cell-transfusions

Wiersum-Osselton, J. C., Whitaker, B., Grey, S., Land, K., Perez, G., Rajbhandary, S., … M. Schipperus. « Revised international surveillance case definition of transfusion-associated circulatory overload: A classification agreement validation study », The Lancet Haematology, 6(7),2019, p. E350-E358. doi:10.1016/S2352-3026(19)30080-8 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31080132/

Emily Durant, inf. aut., B. Sc. inf., est coordonnatrice en pratique transfusionnelle au sein de la Régie de la santé de la Nouvelle‑Écosse. Lorsqu’elle ne s’affaire pas à élaborer des ressources pédagogiques pour les professionnels de la santé sur les composants et les produits sanguins, elle est bénévole auprès de l’Institute of Personalized Therapeutic Nutrition, qui a pour but de promouvoir une culture « Alimentation d’abord » au Canada pour le traitement des maladies chroniques.

Donna Berta, inf. aut., B. Sc. inf., est coordonnatrice de projets cliniques au sein du Réseau régional de l’Ontario de coordination du sang. La médecine transfusionnelle est sa passion sur le plan professionnel et elle fait la promotion de pratiques exemplaires pour assurer la sécurité des patients à cet égard.

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