Le guichet unique de Della Magnusson

Septembre 2015   Commentaires

Dans une clinique du centre-ville de Saskatoon, cette infirmière praticienne appuie les femmes enceintes séropositives et les aide à atteindre leurs objectifs

Teckles Photography Inc.

Ces 8 dernières années, Della Magnusson a travaillé avec quelque 80 femmes enceintes séropositives. Aucune n’a eu de bébé séropositif, ce qui atteste de la rigueur des soins qu’elles ont reçus à la Clinique Westside, une division de la Clinique communautaire de Saskatoon.

« Nous assemblons tous les éléments nécessaires pour que ces femmes aient des bébés en bonne santé, explique Mme Magnusson, infirmière praticienne de la clinique et spécialiste de la santé des femmes et des soins prénataux. C’est un peu comme diriger un orchestre. »

La clinique sert principalement une population autochtone, et beaucoup des gens qui viennent se faire soigner vivent dans la pauvreté. L’équipe, qui offre un éventail de services sociaux et de santé, est composée de médecins, de personnel infirmier, d’intervenants en extension des services aux Autochtones, de conseillers autochtones et d’une nutritionniste.

« À la clinique Westside, le climat est détendu et informel, très peu hiérarchisé, souligne Mme Magnusson. Mes patientes m’appellent par mon prénom. La plupart du temps, je suis en jean et chemisier : pas de sarrau ici. Beaucoup de nos employés et la majorité de nos patients sont autochtones. Notre travail est diversifié et toujours stimulant. On a vraiment l’impression d’être dans le Nord. »

Mme Magnusson, qui a obtenu son diplôme de sciences infirmières en 1985, a décidé de devenir IP après avoir travaillé plusieurs années dans des postes en pratique avancée au Nunavut et dans le nord de l’Alberta et de la Saskatchewan. Quand elle s’est installée dans le Sud, elle voulait conserver le vaste champ de pratique qu’elle avait dans les communautés isolées. Elle a repris les études en Saskatchewan, sa province d’origine, pour obtenir un certificat d’infirmière de soins primaires en pratique avancée et un baccalauréat en sciences infirmières. « On pourrait dire que j’ai fait mes études à l’envers », confie-t-elle en riant.

La Saskatchewan affiche les taux de séropositivité les plus élevés du pays; ceux de la population autochtone font d’ailleurs les manchettes de la presse nationale. « Ici, en Saskatchewan, l’usage par injection de cocaïne, de morphine et de méthamphétamine en cristaux est à l’origine de l’épidémie de VIH. » Certaines de ses patientes séropositives en soins prénataux ont connu la toxicomanie et l’itinérance.

Si une femme séropositive est traitée pendant sa grossesse avec un antirétroviral, les probabilités que son bébé soit séropositif sont inférieures à 1 %. Voilà pourquoi Mme Magnusson essaye de voir ces femmes le plus tôt possible. Le bouche-à-oreille et le fait que la clinique est bien établie dans la communauté font que les gens y viennent facilement.

« Je me suis organisée pour être un guichet unique, fait-elle remarquer. Lorsque je rencontre une patiente pour la première fois, je lui demande quels sont ses objectifs pendant sa grossesse. Si elle veut un traitement pour arrêter la drogue, notre médecin peut lui prescrire de la méthadone, au besoin. Plus tard, nous commençons un traitement avec un antirétroviral. » Mme Magnusson est soutenue efficacement par un obstétricien itinérant, des médecins spécialisés dans les maladies infectieuses et des intervenants en extension qui l’aident à gérer ces cas complexes.

« La grossesse motive grandement ces femmes à apporter des changements bénéfiques à leur vie, ajoute-t-elle. Nous sautons sur l’occasion et les aidons à réussir en faisant tout ce que nous pouvons dès le début, en mobilisant l’ensemble de nos ressources. »

Mme Magnusson fait une visite médicale post-partum six semaines après la naissance et elle donne à la mère des conseils en matière de contraception. À celles dont la vie est trop désorganisée pour une contraception quotidienne, elle propose un stérilet. « Les frais médicaux pour un enfant né séropositif peuvent dépasser le million de dollars. Mais surtout, imaginez les difficultés rencontrées par un enfant attient du VIH toute sa vie. »

Mme Magnusson estime qu’environ un tiers des mères qu’elle a soignées ont gardé leur bébé et s’en sont bien occupé. « Il est très important que la maman puisse prendre cette décision et qu’elle soit soutenue. Si elle le souhaite, nous pouvons faire le nécessaire pour que le bébé soit pris en charge par des membres de la famille ou qu’il soit adopté. Si elle veut l’élever, nous pouvons là aussi trouver des solutions, y compris un soutien 24 heures sur 24. Autrefois, les gens des services sociaux étaient vus comme ceux qui vous prenaient votre bébé. Maintenant, ils font partie de l’équipe prénatale, ils sont solidaires et aident les femmes à atteindre leurs objectifs. »

Dans le bureau de Mme Magnusson, des photos de tous les bébés ainsi que des notices nécrologiques d’anciennes patientes couvrent le tableau d’affichage. Il y a aussi des photos de ses deux filles. « Je pense que ces photos personnelles aident mes patientes à me voir comme une maman, moi aussi. »

Le cœur de Mme Magnusson est dans le Nord, où elle compte retourner quand ses filles auront grandi. Mais pour l’instant, elle adore son travail. « Je peux consacrer le temps nécessaire à chaque rendez-vous et m’occuper des évaluations et de tous les soins : de la pesée de la mère à l’interprétation des résultats d’analyses, en passant par le contrôle de la tension artérielle. Le temps que je passe avec les patientes, les conversations avec elles, tout ça aide vraiment à renforcer leur confiance en moi. Au bout du compte, c’est avantageux. »


10 questions à Della Magnusson

Quel mot vous décrit le mieux?
Déterminée

Si vous pouviez changer une seule chose vous concernant, qu’est-ce que ce serait?
Je saurais dire non sans me sentir coupable.

De tout ce que vous avez accompli, de quoi êtes-vous la plus fière?
D’avoir élevé deux belles adolescentes qui sont fortes et de plus en plus indépendantes, et qui n’ont pas peur d’être elles-mêmes

Quelle est la chose que les gens seraient le plus surpris d’apprendre à votre sujet?
J’ai un permis me donnant le droit d’exercer en Nouvelle-Zélande.

« Si j’avais plus de temps à ma disposition, ... »
J’apprendrais à faire de la méditation et j’essayerais d’en faire.

Quel est l’endroit du monde que vous aimeriez le plus visiter?
L’Islande, d’où vient la famille de mon père

Quel est votre plus grand regret?
De ne pas avoir appris une deuxième langue

Quel est le dernier livre captivant que vous avez lu?
Wild : marcher pour se retrouver de Cheryl Strayed

Quel est le meilleur conseil de carrière qu’on vous ait donné?
À la fin de la journée de travail, remercie toujours ton personnel et tes collègues. (Je le fais toujours!)

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le métier d’infirmière?
Le monde nous appartient! On peut travailler presque partout.

Leah Geller

Leah Geller est rédactrice indépendante (santé et sciences) à Ottawa.

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