Renforcement des relations : passons à l’action

novembre - decembre 2017   Commentaires

Les idées préalables déterminent la manière dont les systèmes définissent un problème.

Duncan Campbell Scott, surintendant général adjoint aux Affaires indiennes de 1913 à 1932, a supervisé l’assimilation forcée des enfants autochtones au sein du système des pensionnats autochtones. Le but du ministère, avait-il dit, était de se débarrasser du problème des Indiens. Les convictions de ce genre ont des racines profondes et se sont perpétuées au fil des ans dans la manière dont le gouvernement fédéral du moment bâtissait sa relation avec les peuples autochtones. Le système des pensionnats autochtones a mené au génocide culturel des peuples autochtones du Canada.

Un autre exemple d’idées préexistantes est le corpus de recherches qui s’est avéré efficace pour promouvoir des attitudes et comportements racistes et discriminatoires à l’égard des peuples autochtones. Et ce corpus de recherches continue de grandir. Le racisme et la discrimination ont des conséquences néfastes bien réelles pour les peuples autochtones en ce qui a trait à la conception et à la prestation des services, quels qu’ils soient.

Comment, alors, refondre les systèmes pour parvenir à une égalité des services et des résultats tout en progressant dans la voie de l’autodétermination et l’autogouvernance?

Le gouvernement fédéral est en train de remplacer Affaires autochtones et du Nord Canada par deux nouveaux ministères : le ministère des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, et le ministère des Services aux Autochtones. Par ce geste, le gouvernement fait de deux choses l’une : un pas vers la reprise et la revitalisation de la relation de nation à nation entre les peuples autochtones et la Couronne, ou alors la mise en place d’une nouvelle structure coloniale – peut-être même double. Le premier ministre Trudeau affirme que l’intention est de s’engager sur la voie vers un changement systémique qui inclura de réels partenariats avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis afin de resserrer l’écart socioéconomique qui sépare les Autochtones des non Autochtones. Il y a vingt ans, la Commission royale sur les peuples autochtones a reconnu que de nouvelles relations ne pouvaient être créées dans le cadre des structures existantes.

Pendant qu’il crée les deux ministères, le gouvernement fédéral doit continuer à établir de nouvelles relations avec les peuples autochtones au moyen d’une meilleure collaboration avec des membres et des leaders de la communauté. L’accent doit être mis sur la collaboration et l’inclusion des connaissances culturelles dans toute planification et dans toutes les mesures. Si le but du gouvernement est de vraiment respecter et honorer la réconciliation, le renforcement constant des relations est essentiel. Les 94 appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation et les principes énoncés dans la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones montrent divers types de relations et de ressources qui fonctionnent et qui peuvent servir de point de départ.

La création de ces nouveaux ministères et l’engagement à consulter les communautés et les leaders autochtones pour orienter le travail des ministères peuvent servir de base pour la mise en application des recommandations de la CVR et des principes de la Déclaration. Un gouvernement et des leaders autochtones – de tous les niveaux – qui font un meilleur usage de leur énergie et de leur savoir collectifs pourraient immensément améliorer la qualité de l’éducation et des soins de santé, prévenir de plus amples pertes linguistiques et culturelles, instaurer l’égalité d’accès à la justice et contribuer au bien-être de tous les enfants et familles autochtones au Canada. Mais ces améliorations ne seront possibles que s’il y a consultation et partenariats véritables et respectueux. Une fois que les gouvernements et les leaders et les membres des communautés s’écouteront les uns les autres et travailleront ensemble pour mettre en œuvre des stratégies conduisant à un avenir meilleur, il devront aussi reconnaître la nécessité que leurs interventions soient créatives, pratiques et viables. Trop de communautés attendent encore d’accéder à une eau courante propre, à des logements et à l’égalité en matière de soins de santé et d’éducation.

Les gouvernements et les leaders autochtones qui représentent les Autochtones doivent garder à l’esprit que ce n’est pas parce qu’on réussit à rendre un système plus efficace qu’on obtient forcément de meilleurs résultats.

Je veux croire que ces nouveaux ministères fédéraux mettront l’accent sur le renforcement des relations qui s’impose. Certes, nous partageons tous la responsabilité d’honorer les appels à l’action de la CVR, mais je veux voir le gouvernement réussir à faire progresser le pays vers la réconciliation. J’espère que les mesures qu’il a récemment prises ne seront pas une nouvelle source de déception pour les peuples autochtones.

Sherri Di Lallo, inf. aut., M. Sc. inf.

Sherri Di Lallo, inf. aut., M. Sc. inf., est infirmière coordinatrice, santé des enfants autochtones, pour l’Awasisak Indigenous Health Program, à l’hôpital pour enfants Stollery à Edmonton.

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