Le NCLEX-RN et l’avenir des services de soins de santé en français

septembre - octobre 2017   Commentaires

Un comité permanent fédéral prend connaissance des préoccupations actuelles concernant l’examen d’admission à la pratique infirmière et l’absence de ressources d’étude en français

Les préoccupations au sujet de l’examen d’admission à la pratique infirmière NCLEX-RN ont pris une telle envergure que le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes en a eu vent.

Des représentants de l’Association canadienne des écoles de sciences infirmières (ACESI), des départements d’études en sciences infirmières des universités de Moncton et d’Ottawa ainsi que de l’Université Laurentienne, de l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario (OIIO) et de l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick (AIINB) ont témoigné lors de la réunion du comité du 9 mai dernier, à Ottawa. Ils ont discuté du problème actuel, de ce qu’ils considèrent être à son origine, de leurs préoccupations pour l’avenir et de solutions éventuelles.

Paul Lefebvre, membre du comité et député libéral, a fait part du problème à ses collègues du Comité permanent. Bien que la santé et l’éducation relèvent des gouvernements provinciaux et territoriaux, le gouvernement fédéral doit se pencher sur la question puisqu’il subventionne certains des programmes de formation en soins de santé de langue française au pays, a-t-il soutenu.

« Le Comité permanent des langues officielles est déjà très préoccupé par [cette question]. [...] Nous venons de terminer l’étude du nouveau plan d’action, et la santé en français est un des éléments dans lesquels il faut investir, a déclaré François Choquette, membre du comité et député néo-démocrate. Lorsque des problèmes viennent faire obstacle à l’offre de services en français, il faut absolument que le fédéral soit interpellé, parce qu’il joue un rôle dans ce plan d’action, et ce, même si la santé relève des provinces. »

Cynthia Baker, directrice administrative de l’ACESI, a appuyé ces propos, ajoutant que l’ACESI voit là un problème national en vertu des dispositions de la Charte canadienne des droits et libertés.

Le problème au point de vue statistique
« Nous sommes ici aujourd’hui pour discuter de la menace qui pèse sur la formation en sciences infirmières en français hors Québec et, par conséquent, sur l’offre de soins et de services infirmiers en français dans les communautés en milieu minoritaire », a affirmé Mme Baker.

Elle a mis l’accent sur certaines statistiques parues dans une étude du Conseil canadien des organismes de réglementation de la profession infirmière (CCORPI) intitulée Le NCLEX-RN 2016 : les résultats canadiens et diffusées deux jours après la réunion du comité.

Dans l’ensemble, 69,7 pour cent des 9 048 candidats à l’examen en 2015 ont réussi dès leur première tentative. Une fois que 2 511 des candidats ont subi l’examen à plusieurs reprises, le taux de réussite est passé à 84,1 pour cent au terme de 2015, et à 92,9 pour cent à la fin de 2016. Chaque tentative représente une dépense de 450 $ pour les candidats.

En ce qui concerne la cohorte de 2016, une proportion de 88,9 pour cent a réussi à l’examen avant la fin de l’année. Ce nombre pourrait augmenter au fil des tentatives supplémentaires, qui se prolongeront au cours de 2017.

« Les taux de réussite des anglophones ont monté depuis que la majorité des écoles achètent des ressources préparatoires commerciales, a déclaré Mme Baker devant le comité. Malheureusement, les candidats francophones n’ont pas accès à ces ressources [dans leur langue]. »


Taux de réussite au NCLEX-RN par cohorte (en fin d’année)*

Cohorte de 2015 Candidats Taux de réussite
Subi l’examen en 2015 9 048 84,1 %
Subi l’examen en 2016 1 072 74,6 %
En fin d’année 2016 9 048 92,9 %
     Première tentative 9 048 69,7 %
          En français seulement 138 26,8 %
     Deuxième tentative 2 511 65,7 %
     Troisième tentative 603 65,3 %
     Tentatives supplémentaires 109 50,5 %
Cohorte de 2016 Candidats Taux de réussite
En fin d’année 2016 9 306 88,9 %
     Première tentative 9 306 79,9 %
          En français seulement 88 36,4 %
     Deuxième tentative 1 168 66,2 %
     Troisième tentative 107 57,0 %
     Tentatives supplémentaires 6 50,0 %

* Données tirées des tableaux 3, 4, 5 et 9. Conseil canadien des organismes de réglementation de la profession infirmière (2017). Le NCLEX-RN 2016 : les résultats canadiens (p. 12, 13 et 17). Beaverton (Ont.) : CCORPI.

L’étude de 30 pages du CCORPI ne relève que le taux de réussite à la première tentative pour les candidats à l’examen en français; le reste documente les statistiques à l’échelle du Canada (les résultats obtenus dans les deux langues combinées) ainsi que des provinces et territoires. Le taux de réussite pour les candidats francophones a connu une hausse, mais il n’est passé qu’à 36,4 pour cent pour la cohorte de 2016; il était de 26,8 pour cent en 2015. Les candidats anglophones, eux, ont atteint un taux de réussite de 80,3 pour cent à la première tentative en 2016.

« La dernière fois que l’examen canadien a été administré, le taux de réussite a été d’environ 93 pour cent [à l’Université de Moncton]; dans les années antérieures, le taux était similaire, de souligner Pierre Godbout, directeur de l’École des sciences infirmières de l’Université de Moncton. En 2015, lorsqu’on a commencé à utiliser le nouveau format d’examen, la cohorte a obtenu un taux de réussite de 32 pour cent. C’était une insulte pour nous, puisque les étudiants avaient travaillé très fort tout au long de leur baccalauréat. En 2016, la situation était semblable : le taux de réussite était de 39 pour cent. » Il a fallu attendre deux ans pour que la cohorte de 2015 atteigne un taux de réussite de 88 pour cent.

« Au Nouveau-Brunswick, les programmes doivent être approuvés par l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick; on s’assure ainsi qu’ils respectent les normes. Ils doivent également obtenir l’agrément de [l’ACESI]. Ainsi, nos programmes respectent les exigences de formation tant de l’organisme provincial que de l’organisme national. Cet examen a donc été une grosse insulte », a conclu M. Godbout.

Suzie Durocher-Hendriks, professeure adjointe à l’École des sciences infirmières au campus d’Edmundston de l’Université de Moncton, a confirmé que ses étudiants avaient obtenu des résultats similaires. « En 2014, 100 pour cent des étudiants de notre campus ont réussi l’examen d’entrée à la pratique. En 2015, le taux de réussite a été de 30 pour cent. Pourtant, les étudiants avaient suivi exactement le même programme et la même formation. »

Plusieurs causes possibles
Pour Mme Baker, l’adoption de l’examen américain d’admission à la pratique, sa traduction et l’absence de matériel préparatoire connexe en français sont à la source du problème.

Selon Sylvie Larocque, directrice de l’École des sciences infirmières de l’Université Laurentienne, la majorité des étudiants du programme bilingue de l’Université Laurentienne ont subi l’examen en anglais en 2015, et la totalité en 2016. « Parmi les raisons données, il y a le fait que les ressources préparatoires à l’examen NCLEX-RN ne sont disponibles qu’en anglais. Également, on perçoit que l’examen n’est pas bien traduit. »

La directrice générale de l’AIINB, Laurie Janes, estime que les difficultés se sont manifestées dès le début du processus pour sélectionner un nouvel examen en ligne d’admission à la pratique. « L’AIINB, qui représente la seule province bilingue, a réclamé le soutien des ressources francophone dans le cadre du processus de demande de propositions relatif au nouvel examen. Pourtant, quand le fournisseur de l’examen a été nommé [le National Council of State Boards of Nursing (NCSBN)], le contrat proposé ne prévoyait aucune ressource francophone. »

En 2015, un étudiant a signalé à l’AIINB que le NCSBN n’offrait des ressources d’étude qu’en anglais.

« Quand les plans de l’examen sont sortis, le problème du manque de ressources en français est tout de suite apparu. Nous l’avons soulevé, affirme Mme Durocher-Hendriks. Nous avons demandé où étaient les traductions. Nous les avons obtenues six mois plus tard. À ce moment, nous avons commencé à comprendre qu’il y avait un problème. »

Brent Knowles, directeur en analytique et recherche auprès de l’OIIO, a déclaré devant le comité que le processus du NCSBN avait subi un examen exhaustif, y compris un examen indépendant du texte en français, dont la conclusion confirmait la justesse de la traduction. Par contre, il a ajouté que « l’organisme de réglementation n’a pas pour rôle de fournir du matériel préparatoire aux étudiants qui se préparent à passer les examens réglementaires. »

Selon Mme Janes, l’AIINB ne considère pas l’absence de ressources ou la traduction comme la source du problème entourant l’examen, employé depuis 20 ans aux États-Unis. « Des recherches nous ont permis de trouver un grand nombre d’articles et de documents de recherches indiquant que dans ce pays, où l’espagnol est une langue couramment parlée, les étudiants hispanophones sont confrontés au même problème que nos étudiants francophones. » Elle ajoute avoir entendu dire que les étudiants autochtones éprouvent des difficultés semblables.

Selon Mme Janes, le problème serait en partie dû au fait que les étudiants francophones doivent apprendre la langue en même temps que les sciences infirmières. « Ainsi, certains diplômés n’obtiennent pas les notes nécessaires pour réussir l’examen NCLEX. C’est notamment le cas des étudiants non anglophones et membres des groupes minoritaires aux États-Unis. »

M. Knowles a rappelé que le NCLEX constitue un type d’examen adaptatif informatisé, qui s’articule différemment d’autres examens. Au fur et à mesure que les candidats répondent aux questions, le système évalue leur rendement avant de produire la question suivante. Chaque examen est donc unique : le système prépare de 75 à 265 questions par candidat avant de déterminer s’il détient la compétence minimale requise pour exercer la profession infirmière de manière sécuritaire et efficace au niveau débutant.

« Des recherches indiquent que quand le format et les méthodes d’exécution d’un examen changent, on peut s’attendre à une diminution temporaire des résultats des candidats », explique M. Knowles.

Selon un document qu’il a remis au comité, en Ontario, ce phénomène s’est manifesté, pour les candidats anglophones, par une chute du taux de réussite de 85,2 pour cent en 2014 à 69,9 pour cent en 2015; en 2016, le taux de réussite était remonté à 80,5 pour cent. Pour les candidats francophones, par contre, le taux de réussite est tombé de 65,6 pour cent en 2014 à 34,8 pour cent en 2015, mais n’est remonté qu’à 37,5 pour cent en 2016.

« Je pense que nous devons aller au-delà de ce facteur et ne pas attribuer le taux de réussite uniquement à un problème avec l’examen. Il faudrait voir si d’autres facteurs entrent en jeu avant d’affirmer que l’examen lui-même constitue le seul problème et de l’abandonner, a avancé M. Knowles. Voilà pourquoi nous voulons prendre le temps d’étudier le rendement que les étudiants obtiennent, de parler aux étudiants et de discuter avec nos partenaires du secteur de l’éducation pour déceler les problèmes qui ont une incidence à cet égard. »

Préoccupations pour l’avenir
Quelle que soit la cause des problèmes, Mme Larocque affirme que la situation pourrait avoir « des répercussions importantes sur le nombre de diplômés francophones et sur les services de santé en français offerts aux populations francophones minoritaires. »

Les francophones constituent environ le tiers des 750 000 habitants du Nouveau-Brunswick. Une région desservie par les Régies régionales de la santé offre principalement des services en anglais, l’autre surtout en français. « La région sanitaire francophone est le seul système de soins de santé qui offre tous les services uniquement en français à l’extérieur du Québec. Un grand nombre des personnes que sert cette région ne s’expriment qu’en français, explique Mme Janes. Notre région sanitaire francophone s’inquiète de la future force infirmière francophone. »

« Les francophones du Nord-Ouest du Nouveau-Brunswick sont majoritairement unilingues francophones et très peu sont fonctionnellement bilingues. Étudier en français lors de sa formation pour ensuite se préparer à un examen avec des ressources entièrement en anglais va à l’encontre de tout ce qu’on connaît en pédagogie, ajoute Mme Durocher-Hendriks. Nos étudiants disent qu’ils passent autant de temps à comprendre l’anglais que le contenu des questions pratiques. Conséquemment, […] les services de santé en français à nos patients, à leur famille et à notre communauté sont menacés. »

« Depuis l’introduction de l’examen NCLEX-RN en 2015, on a constaté une diminution du nombre de diplômés francophones de l’Université d’Ottawa qui ont subi l’examen en français », soutient Michelle Lalonde, professeure adjointe à l’École de sciences infirmières de cette université. « Par ailleurs, le taux de réussite a été de moins de 40 pour cent. En 2016, seulement 15,8 pour cent de nos étudiants ont subi l’examen en français, et le taux de passage a été de 39 pour cent. »

L’Université Laurentienne a sondé les diplômés de cette année du programme francophone pour savoir si, en supposant qu’ils puissent remonter dans le temps, ils choisiraient toujours le programme de langue française. La réponse était positive pour 44 pour cent des diplômés, négative pour 28 pour cent, et incertaine pour les 28 pour cent restants.

Mme Baker qualifie la situation de cercle vicieux. « La piètre traduction de l’examen et le manque de ressources préparatoires à l’examen en français mènent à un faible taux de réussite. Par conséquent, moins d’infirmiers et infirmières francophones entrent sur le marché du travail francophone. À son tour, la diminution du nombre de nouveaux infirmiers et infirmières francophones offrant des soins de santé en français influe inévitablement sur les services de soins de santé en français pour les francophones. »

M. Knowles a affirmé qu’avant 2015, la majorité des diplômés de programmes francophones de l’Ontario avaient subi l’examen d’admission à la pratique en français, mais que leurs successeurs lui avaient préféré l’examen en anglais. « Il est donc difficile d’avoir une idée claire des taux de réussite de ces diplômés à l’examen », a-t-il souligné. Pourtant, selon lui, « [n]ous avons également comparé les taux d’admission des diplômés des programmes offerts en français avec ceux des diplômés des programmes offerts en anglais, et nous n’avons observé aucune différence entre ces groupes. Voilà qui montre qu’à court terme, la situation n’a eu aucune influence sur la disponibilité d’infirmières francophones dans le système de soins de santé de l’Ontario depuis l’instauration de l’examen NCLEX. »


Taux de réussite au NCLEX-RN à la première tentative et en fin d’année (FA) par province ou territoire du programme et par cohorte*

Cohorte de 2015
Province ou territoire Total des candidats Première tentative Taux de réussite FA 2015 Taux de réussite FA 2016
Alberta 1 637 69,1 % 83,9 % 93,7 %
Colombie-Britannique 1 305 79,8 % 87,3 % 96,6 %
Île-du-Prince-Édouard 62 66,1 % 87,1 % 91,9 %
Manitoba 490 74,1 % 83,1 % 92,2 %
Nouveau-Brunswick 322 50,3 % 71,4 % 88,8 %
Nouvelle-Écosse 393 75,8 % 89,1 % 97,2 %
Ontario 4 021 67,7 % 83,7 % 90,9 %
Saskatchewan 549 60,5 % 79,4 % 93,6 %
Terre-Neuve-et-Labrador 250 79,2 % 92,8 % 97,6 %
Territoires du Nord-Ouest et Nunavut 19 84,2 % 94,7 % 94,7 %
National 9 048 69,7 % 84,1 % 92,9 %

Cohorte de 2016
Province ou territoire Total des candidats Première tentative Taux de réussite FA 2016
Alberta 1 573 78,0 % 88,4 %
Colombie-Britannique 1 497 86,8 % 92,8 %
Île-du-Prince-Édouard 66 87,9 % 90,9 %
Manitoba 466 85,8 % 91,6 %
Nouveau-Brunswick 321 60,4 % 75,4 %
Nouvelle-Écosse 382 77,5 % 89,0 %
Ontario 4 216 80,1 % 88,5 %
Saskatchewan 546 69,2 % 84,4 %
Terre-Neuve-et-Labrador 223 87,9 % 98,2 %
Territoires du Nord-Ouest et Nunavut 16 68,8 % 87,5 %
National 9 306 79,9 % 88,9 %

* Données tirées des tableaux 7 et 8. Conseil canadien des organismes de réglementation de la profession infirmière (2017). Le NCLEX-RN 2016 : les résultats canadiens (p. 15 et 16). Beaverton (Ont.) : CCORPI.

Solutions possibles
« Ce que vous venez de nous raconter [...] est un scandale, c’est une bombe pour les francophones hors Québec qui veulent étudier en sciences infirmières », a déclaré René Arseneault, membre du comité et député libéral.

« Ce que j’entends aujourd’hui me dépasse vraiment. Je n’en reviens pas », s’est indigné Bernard Généreux, membre du comité et député conservateur. « C’est à se demander si tout cela n’est pas fait exprès, pour éviter de devoir donner des services aux francophones dans leur langue partout Canada, surtout en santé. »

« Abstraction faite des infirmières et infirmiers francophones du Québec, seulement quatre pour cent des infirmières et infirmiers ailleurs au Canada sont francophones, a répondu M. Godbout. On ne considère pas que nous sommes assez nombreux pour justifier la création de matériel commercial. Il n’y a pas un assez grand marché. »

M. Généreux a demandé si l’examen québécois et le matériel préparatoire connexe pourraient servir dans le reste du Canada.

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec est membre du CCORPI, mais a décidé de ne pas adopter le NCLEX; par ailleurs, il n’employait pas non plus l’ancien examen d’admission à la pratique canadien.

« On a déjà étudié la possibilité d’utiliser le même examen que celui utilisé au Québec, mais comme les deux systèmes de santé sont très différents, il faudrait adapter en grande partie le contenu, a expliqué M. Godbout. Cela dit, si le Québec faisait partie de l’équation, le marché justifierait le besoin, étant donné la quantité importante d’infirmières et infirmiers francophones. »

« Nous avons étudié intensément la possibilité que le Québec nous permette de nous associer à lui. L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec est cependant en train d’effectuer une transition au sujet de son examen. Il compte adopter un examen informatisé et examine actuellement un modèle différent d’examen, a précisé Mme Janes. Il nous a semblé que cette solution pourrait nous convenir, puisque l’examen et les ressources sont offerts en anglais et en français. Il existe toutefois des obstacles législatifs, et comme l’Ordre est en transition, il ne peut pas nous aider pour l’instant. Peut-être l’occasion de collaborer se présentera-t-elle dans l’avenir, mais pas pour les trois prochaines années. »

« Je suis sans mots. Je suis profondément choquée d’apprendre que tous les ordres professionnels des provinces autres que le Québec se soient entendus pour adopter un examen américain qui a été conçu en anglais », a déclaré Sylvie Boucher, membre du comité et députée conservatrice.

M. Knowles a tenu à assurer le comité que le NCLEX-RN n’est pas un examen américain, mais bien un examen administré en vertu de la réglementation des soins infirmiers. « Nous avons notamment exigé [dans le cadre de la demande de propositions pour le nouvel examen] que l’examen évalue les compétences nécessaires pour être admis dans la profession d’infirmière, sans égard aux différences culturelles, puisque nous savions pertinemment que même aux États-Unis, il existe des différences culturelles entre la Floride, la Californie, l’État de New York et le Michigan. » Il a aussi ajouté que des infirmières francophones et anglophones du Canada participent au processus d’élaboration des questions d’examen.

« Quand on parle du besoin de recourir à un fournisseur canadien, je pense qu’il faut comprendre l’objet de l’examen. Ce dernier ne porte pas sur le système de soins de santé canadien, mais bien sur les compétences en soins infirmiers, et ce, sans le moindre égard aux différences culturelles. C’est vraiment ce qui est au cœur de l’examen. Si nous changions d’examen, c’est toujours ce que nous évaluerions. »

Le comité s’est plutôt intéressé aux droits des francophones hors Québec qu’à savoir si l’examen était canadien ou américain.

Darrell Samson, membre du comité et député libéral, a demandé comment le gouvernement fédéral pouvait aider à résoudre le problème. Mme Durocher-Hendriks a proposé que le comité s’entretienne avec les gouvernements du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario et des autres provinces où l’examen est offert en français.

« En fait, le Nouveau-Brunswick travaille depuis maintenant un an et demi avec un éventail d’intervenants, notamment avec le gouvernement provincial, a expliqué Mme Janes. Nous avons indiqué au [CCORPI] qu’en raison de la situation, nous étudiions des solutions de rechange à l’examen NCLEX. »

M. Godbout a suggéré que le comité applique les dispositions de la Loi sur les langues officielles.

« Les membres de l’ACESI demandent l’élaboration d’un examen d’accès à la pratique qui soit canadien et bilingue », a affirmé Mme Baker, en ajoutant que le cas échéant, son association collaborerait avec les ordres professionnels et fournirait son expertise dans l’élaboration de cet examen.

Mme Janes a présenté trois requêtes au comité : qu’il recommande et appuie la distribution immédiate de ressources d’études en français auprès du NCSBN, qu’il établisse un groupe canadien de personnel infirmier chargé d’effectuer un examen exhaustif des répercussions du NCLEX pour les diplômés non anglophones et autres groupes minoritaires, et qu’il recommande que les résultats de cet examen servent à déterminer si le CCORPI continuera à offrir le NCLEX.

Les membres du comité se sont interrogés à plusieurs reprises sur la possibilité de revenir à l’ancien examen national bilingue, et se sont demandé si le Canada disposait des technologies et du savoir-faire nécessaire pour produire un examen adaptatif informatisé.

« Permettez-moi de paraphraser le premier ministre : nous sommes quand même en 2017, a rappelé M. Généreux. Vous dites qu’on a voulu passer d’un examen tenu par écrit à un examen en ligne. Si c’est effectivement la raison pour laquelle on a adopté cet examen […], je ne peux pas croire que ce soit aussi compliqué en 2017. »

Il n’y avait pas consensus parmi les témoins quant à la possibilité de résoudre les difficultés concernant le NCLEX ou de réinstaurer l’ancien examen en ligne, ou quant à la nécessité de créer un nouvel examen. Quoi qu’il en soit, le contrat du CCORPI avec NCSBN vient à échéance en décembre 2019.

Virginia St-Denis

Virginia St-Denis est éditrice en chef d’infirmière canadienne.

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