Mettons fin aux stages non rémunérés

septembre - octobre 2017   Commentaires

Dans sa pétition, Colton Gray demande des stages rémunérés pour favoriser la réussite de plus d’étudiants

Il faut selon moi que l’on commence à payer les infirmières et infirmiers stagiaires pour leur travail. Ce n’est que justice.

Les étudiants qui se dirigent vers un métier sont rémunérés (parfois 20 $ l’heure) pour leurs stages d’apprentissage en cours d’études. Or pendant leurs quatre années en sciences infirmières, les étudiantes et les étudiants ne reçoivent pas un sou pour leurs stages cliniques.

Les étudiants ont des stages une fois par semaine pendant un trimestre de la première année, et des stages pendant les deux trimestres de la deuxième année. Plus ils avancent dans leurs études, plus ils passent de temps dans les services plutôt qu’en salle de cours. Pourtant, les frais de scolarité ne changent pas, même quand ils n’ont que deux jours de cours par semaine et sont en stage le reste du temps.

En Ontario, les étudiantes et étudiants en sciences infirmières payent environ 4 000 $ de frais de scolarité et au moins 1 000 $ en livres et équipement chaque semestre. Leurs études leur coûtent dans les 10 000 $ par an, sans compter les frais de transport ou de stationnement pour aller en cours ou en stage, car ils ont parfois plus d’une heure de trajet.

Nous sommes censés payer ces frais, travailler quasiment à temps complet sans être payés, aller en cours, faire nos devoirs et étudier, et en même temps avoir un autre emploi pour payer nos études et tous nos autres frais. On m’a annoncé dès la première journée de mon orientation qu’il faudrait probablement que j’arrête de travailler si je voulais arriver à suivre.

La situation est la même partout au Canada, et beaucoup d’étudiants abandonnent parce qu’ils n’ont pas les moyens, financièrement, de se concentrer sur leurs cours et leurs stages au lieu de travailler. Faire 40 heures de travail par semaine en plus des cours et des stages est irréaliste.

Certains étudiants sont aussi des parents ou ont d’autres responsabilités familiales. Être un as de la gestion du temps ne suffit pas pour jongler avec toutes ces responsabilités.  

Pendant ce temps, les hôpitaux et autres établissements manquent de personnel infirmier pour leurs quarts de travail. La principale stratégie utilisée pour essayer de boucher les trous consiste à augmenter la charge de travail des infirmières et infirmiers qui sont déjà dans le système, plutôt que d’augmenter l’offre de personnel infirmier. Le personnel a du mal à prendre correctement soin des patients, les infirmières et infirmiers en milieu de carrière quittent la profession, épuisés, et ceux qui pourraient prendre la relève sont découragés par ce qu’ils voient et entendent pendant leur stage sur ces conditions de travail stressantes. En rémunérant les étudiants, on permettrait à plus d’entre eux d’obtenir leur diplôme, ce qui soulagerait le personnel infirmier en exercice, qui verrait sa charge de travail diminuer et, du même coup, les soins aux patients s’améliorer.

Il est plus nécessaire que jamais d’embaucher de nouvelles infirmières et de nouveaux infirmiers et de maintenir en poste ceux que nous avons. À cette fin, je propose deux solutions :

  • réduire les frais de scolarité, pour qu’ils reflètent le temps passé en cours, afin qu’ils soient plus accessibles pour l’étudiant moyen;
  • rémunérer les stagiaires au salaire minimum (11,40 $ l’heure en Ontario, par exemple). Ils gagneraient ainsi un peu plus de 100 $ par jour. Cet argent paraît minimal, mais il aiderait énormément.

Avec les pressions accrues sur les systèmes de santé qu’entraîne le vieillissement de la génération du baby-boom, il sera nécessaire de renforcer les effectifs infirmiers. Rémunérer les stagiaires est un moyen sûr d’augmenter le nombre d’entre eux qui arrivent à finir leurs études.

En avril, j’ai lancé une pétition sur le site change.org pour sensibiliser les gens à ce problème et faire connaître ma proposition. Je vous encourage à la lire et à la signer. Je compte remettre la pétition à la ministre fédérale de la Santé Jane Philpott dès que j’aurai obtenu 5 000 signatures. Il faudrait que la rémunération des stagiaires respecte les lois sur les normes d’emploi des provinces et des territoires concernés, mais les options que je propose augmenteraient le nombre d’étudiantes et d’étudiants en sciences infirmières et auraient des retombées positives pour l’ensemble du système de santé.

Colton Gray

Colton Gray est en deuxième année de baccalauréat en sciences infirmières dans le programme conjoint du Collège Georgian et de l’Université York à Toronto.

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