oct. 01, 2009
Par Cathy Munford, inf. aut., CIC

Le vaccin contre la grippe devrait-il être obligatoire?

Voilà une des questions que se posent souvent les responsables de programmes de vaccination d’établissements et ceux qui participent à la gestion de l’éclosion de grippe. Au moment où le monde voit approcher sa première pandémie de grippe en 40 ans, la question revêt une urgence nouvelle. Faudrait-il forcer les travailleurs de la santé à accepter le vaccin H1N1 lorsqu’il sera disponible? Y aura-t-il ruée vers le vaccin parce que les gens ont peur? Acceptera-t-on davantage les vaccins saisonniers et celui contre le H1N1? 

J’ai étudié les données pour et contre la vaccination. Avant d’avoir la grippe moi-même, j’affirmais que le vaccin n’était pas nécessaire. L’année suivante, la grand-mère de mon mari, femme de 75 ans, autonome, a attrapé la grippe à la garderie pour adultes; elle est décédée peu après d’une pneumonie. Depuis, je remets en question mes réflexions sur la grippe et sur le vaccin.

Avec tout le battage qui se fait au sujet de la « grippe porcine », la plupart des gens oublient que les symptômes de cette maladie sont les mêmes que ceux de la grippe saisonnière. La seule différence, c’est que des jeunes, plutôt que les personnes très âgées, en tombent malades. En effet, la population âgée ayant été exposée à une souche très semblable au cours de l’éclosion de 1957, elle garde une certaine immunité résiduelle. De 4 000 à 6 000 Canadiens meurent chaque année de complications de la grippe saisonnière. Or le 11 septembre dernier, seulement 74 Canadiens étaient décédés de la grippe H1N1.

La vaccination annuelle aidera à prévenir l’infection causée par les trois principales souches de grippe en circulation chaque année. Ce vaccin a une efficacité de 70 à 90 p. cent chez les adultes de moins de 65 ans lorsqu’il correspond de près à la souche en circulation, et de 50 à 77 p. cent lorsqu’il n’y correspond pas de près. Beaucoup de personnes âgées ne réagissent pas efficacement au vaccin, mais la vaccination réussit à 90 p. cent à éviter les hospitalisations reliées à la grippe. Or, de 40 à 50 p. cent seulement des travailleurs de la santé sont vaccinés. Ces chiffres changeront-ils cette année à cause de la peur qu’entraîne la pandémie? Qu’arrivera-t-il à ces chiffres lorsque le nouveau vaccin sera sur le marché?

Les infirmières sont en contact étroit avec les populations infectées et à risque élevé. Comment pourrons-nous satisfaire à notre obligation de fournir des soins de façon sécuritaire, compatissante, compétente et conforme à l’éthique si nous ne sommes pas nous-mêmes protégés contre le virus? On peut être contagieux jusqu’à 24 heures avant que les symptômes se manifestent. En ne nous faisant pas vacciner, nous risquons de nuire aux plus vulnérables. J’ai vu personnellement des professionnels de la santé se présenter au travail avec la grippe et qui plus est à de multiples endroits. Que feront les infirmières lorsque le H1N1 fera son apparition dans leur service? Comment se débrouilleront-elles lorsqu’il n’y aura personne pour remplacer les collègues qui doivent rester à la maison?

J’espère qu’il ne sera pas nécessaire d’imposer le vaccin contre la grippe et que tous les professionnels de la santé satisferont à leurs obligations éthiques en décidant de se protéger contre les souches saisonnières et pandémiques du virus.

Cathy Munford, inf. aut., CIC, est praticienne en matière de contrôle des infections à l’hôpital général de Victoria, en Colombie-Britannique, et présidente de l’association pour la prévention des infections à l’hôpital et dans la communauté – Canada.
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