Un avenir pour la recherche en sciences infirmières?

Avril 2011   Commentaires

En tant que membres élus de l’Académie canadienne des sciences de la santé, nous sommes inquiets. Quand nous réfléchissons à ce qu’il nous a fallu faire pour établir notre carrière, nous nous rendons compte que beaucoup d’entre nous ont bénéficié d’occasions de mentorat et de formation à la recherche sans précédent. Dans les années 1990 et au début des années 2000, le Canada a consacré encore plus d’argent à la recherche en santé. En 2001-02, le financement fédéral pour la recherche était d’environ 950 millions de dollars et, avec les fonds de contrepartie apportés par les partenaires provinciaux et privés, on arrivait à un total de 1,19 milliard de dollars. Des organismes et programmes de recherche importants ont vu le jour pendant cette période, dont les Instituts de recherche en santé du Canada (2000), la Fondation canadienne pour l’innovation (1999), les Chaires de recherche du Canada (2000) et le Programme des coûts indirects (2003). Ensemble, ces initiatives ont financé des investissements dans l’infrastructure, le capital humain et la recherche stratégique, ainsi que dans des recherches guidées par la curiosité.

Nous avons ainsi pu accéder à d’excellents programmes de formation en recherche qui montraient bien la valeur de la recherche en sciences infirmières et l’importance d’entreprendre une carrière de chercheur. Nous sommes nombreux à avoir reçu une formation et un financement qui nous ont permis de mettre du temps de côté pour la recherche. Les programmes qui appuyaient spécifiquement la recherche en sciences infirmières étaient rigoureux sans être démoralisants. Les taux de réussite aux concours étaient raisonnables, et les exigences et les attentes du milieu académique moins extrêmes qu’aujourd’hui.

Diverses forces sont en train de modifier le paysage de la recherche en sciences infirmières. Les prix qui appuient les chercheurs dans leur carrière et leur permettent de consacrer du temps à leurs travaux deviennent rares. Le capital humain a augmenté, entraînant une baisse du taux de réussite aux concours pour obtenir un financement. Qui plus est, des organismes comme le Conseil de recherches en sciences humaines ont cessé de financer la recherche en santé, et la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé ne cible plus directement les recherches en sciences infirmières. Si nous voulons assurer la réussite de la prochaine génération de chercheurs en sciences infirmières, nous devons réfléchir à ce qu’il faut faire pour la soutenir et faire en sorte que ces chercheurs mènent une carrière productive. Beaucoup des progrès faits dans ce domaine pourraient être perdus si des stratégies pointues ne sont pas mises en place.

La formation de troisième cycle est particulièrement préoccupante. Nous devons veiller à ce que ces programmes attirent les meilleurs étudiants, à ce qu’ils soient de la meilleure qualité possible et à ce que les ressources des étudiants leur permettent de se concentrer exclusivement sur leurs études. Compte tenu du nombre croissant de programmes de doctorats en sciences infirmières au Canada et du manque d’enseignants dans ce domaine dans le monde entier, les meilleurs étudiants auront accès à de nombreuses possibilités de carrière. Il faut cependant que nous leur offrions un soutien adapté sous forme de bourses pour les attirer vers les doctorats et les aider à réussir dans leurs études. Nos programmes de recherche, en particulier de troisième cycle, doivent inclure une formation intensive en recherche et des contacts avec des chercheurs du meilleur calibre. Nos doctorants ont besoin d’un mentorat actif dans leur carrière de chercheur, et dans un contexte de plus en plus compétitif, nous devons bien les préparer à chercher du financement pour leur formation et leurs recherches. Qui dit formation de qualité dit exposition à diverses disciplines et à tout un éventail de méthodes de recherche, et donc de moyens : équipement, bureaux, laboratoires, consultants et collaborateurs. Or ces ressources font parfois défaut dans les établissements qui offrent des programmes de doctorat. Nous devons commencer à discuter de stratégies pour préserver l’excellence de la formation de troisième cycle et des débouchés.

La profession offrant de plus en plus de programmes sans pour autant augmenter les ressources pour soutenir cette expansion, et la compétition allant en s’intensifiant entre les chercheurs en sciences infirmières pour obtenir des fonds de plus en plus restreints, les futurs spécialistes et chercheurs dans ce domaine auront des difficultés à faire carrière et à générer des connaissances dans leur discipline.

Pour assurer le développement futur de la recherche et du savoir dans ce domaine et dans la profession, nous avons besoin d’une stratégie nationale qui permettra une meilleure formation et davantage de débouchés professionnels. Pour vérifier que le personnel infirmier fournit bien des soins de la meilleure qualité qui soit, notre profession a besoin de données probantes. Si nous ne revitalisons pas continuellement la base de ces données probantes, notre profession sera en danger. Le moment est venu de créer des partenariats pour étayer la stratégie assurant l’avenir de la recherche en sciences infirmières.

Nous enjoignons aux organisations nationales d’infirmières et d’infirmiers de créer un secrétariat qui élaborera un plan stratégique pour veiller à ce que la recherche en sciences infirmières soit correctement soutenue. Nous encourageons l’ensemble du personnel infirmier à entamer un dialogue sur cette question et à promouvoir la recherche en sciences infirmières dans leurs échanges avec les organismes de financement, les établissements de soins de santé et les établissements de formation.

Diane Doran, inf. aut., MACSS, Ph.D.

Diane Doran, inf. aut., Ph.D., FCAHS, est professeure émérite, faculté de sciences infirmiéres Lawrence S. Bloomberg, Université de Toronto.

Sally Thorne, inf., Ph.D., FCAHS

Sally Thorne, inf., Ph.D., FCAHS, est directrice de l’école des sciences infirmières de l’Université de la Colombie-Britannique, Vancouver (C-B.).

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