janv. 01, 2011
Par Renée Guimond-Plourde, inf. aut., Ph.D.

Soins pour le stress : faire un triomphe d’un échec

Même si en tant que chercheure j’ai consacré plusieurs années à approfondir la question du stress, la notion de traitement du stress (stress care) ne m’était jamais venue à l’esprit avant de rencontrer Jade (pseudonyme). Je doute que quelqu’un d’autre y ait pensé, parce que Jade et moi avons inventé cette notion d’engagement partagé débouchant sur le rétablissement d’un bien-être.

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Hemera/Thinkstock

En septembre 2008, une infirmière-enseignante m’a appelée pour me demander de venir en aide à l’une de ses étudiantes, Jade, un cas exceptionnel. « C’est, m’a-t-elle dit, une infirmière auxiliaire intelligente, travaillante et disciplinée, une excellente étudiante qui termine son bac et qui, contre toute attente, a échoué l’examen d’autorisation non pas une, mais bien deux fois! » Il ne lui restait qu’une dernière chance. Une ultime chance. L’examen fatidique allait avoir lieu quelques semaines plus tard, en octobre.

J’ai accepté de la rencontrer. Comment aurais-je pu faire autrement? Je suis infirmière de profession. Aider, soigner, cela a toujours fait partie de mon ADN. De son côté, Jade hésitait. Le temps lui manquait et la pression sur elle était terriblement forte, mais le désespoir l’a finalement conduite jusqu’à moi.

L’étudiante-infirmière qui s’est présentée à mon bureau était visiblement exténuée et déconcertée. Jade reconnaissait que son niveau d’anxiété avait atteint un paroxysme. Après deux échecs coup sur coup, elle était convaincue d’échouer au troisième tour. Pour la dernière fois. À ses yeux, toute sa vie serait alors ruinée. Elle rêvait de devenir infirmière. Elle voulait travailler en santé mentale. Si elle échouait une autre fois, son rêve s’évanouirait, et sa vie prendrait fin.

Dès la première rencontre, nos affinités étaient remarquables. Je l’ai invitée à me parler de sa situation. La confiance s’est installée et, simultanément, ensemble, nous nous sommes engagées dans une démarche pour briser le cercle vicieux qui la tenait prisonnière. L’initié en gestion de stress qui lit ces lignes se dira qu’il n’y a là rien de bien neuf ou de magique. La gestion du stress, ce n’est pas nouveau. Je le sais : je suis chercheure dans le domaine depuis 25 ans. Mais ce que nous avons accompli dès cette première rencontre et dans les deux entretiens subséquents a largement dépassé la simple gestion du stress. Le cas de stress paralysant de Jade était sévère et exigeait une intervention beaucoup plus musclée, plus intensive, plus englobante, que j’ai baptisée stress care.

Pour l’aider, je me suis inspirée des découvertes en neuro-psycho-endocrino-immunologie et des travaux d’accompagnement psychologique menés auprès de personnes cancéreuses. J’ai adopté une approche de relaxation associée à la visualisation, et je lui ai proposé des exercices permettant de repérer, puis de changer les croyances nuisibles. Par exemple, celle qui avait continuellement le mot échec aux lèvres a commencé à adopter un vocabulaire plus positif. Dans le cadre, donc, d’une démarche holistique qui touchait à toutes les dimensions de l’expérience humaine — physique, émotionnelle, mentale, sociale et spirituelle —, Jade s’est réhabilitée graduellement à émerger de l’emprise négative.

Elle a découvert que, pour se motiver, il est préférable de s’associer à la réussite plutôt qu’à l’échec. D’un échange à l’autre, d’un exercice à l’autre, Jade s’est rendu compte que ses échecs n’étaient pas signe d’incapacité personnelle et que les outils pour s’en sortir se trouvaient à l’intérieur d’elle-même. Dès lors, le cafard qui l’habitait a cédé la place à des pensées plus positives, plus rassurantes, puisées à même son expérience humaine, qui lui témoignait sa capacité éprouvée de triompher. Morceau par morceau, elle a délogé le discours destructeur en elle. Ce faisant, Jade a retrouvé l’équilibre; elle a réussi à freiner l’élan du doute omniprésent et s’est mise à carburer à une énergie positive.

Outre le pouvoir de la visualisation, je l’ai initiée à la respiration abdominale. Ce genre d’exercice l’a aidée à reprendre contact avec le moment présent et lui permet de demeurer centrée, même dans les moments tumultueux. Elle a appris ainsi à se calmer, à libérer son esprit, à s’autoriser des moments d’intériorité, ou à cultiver le stress care, comme je l’appelle.

Bref, en quelques semaines, j’ai vu Jade se transformer en une personne confiante qui sait maintenant qu’on ne combat pas le stress, mais qu’on l’utilise de façon positive. La peur de l’échec, avec tous ses effets paralysants, a été remplacée par la conviction de la réussite, par la prise en main de soi. Comme le disent les grands athlètes, Jade était enfin dans « la zone ». La preuve? En octobre 2008, elle a réussi son examen!

Ce que l’expérience de Jade m’a révélé, c’est que tout professionnel de la santé, dès sa formation, gagnerait à connaître les moyens et les outils lui permettant de transformer le stress en une capacité de se réaliser pleinement.



Méthodes pour gérer le stress

Pour aider Jade à surmonter sa peur de l’échec, la professeure-chercheure Renée Guimond-Plourde a recours à diverses méthodes corps-esprit, dont la visualisation guidée et l’imagerie mentale. Ce type d’approche met l’accent sur les interactions entre les pensées, les émotions, le psychisme et le corps physique.


Le duo Jade-Renée en action

Pour commencer, Renée partage quelques astuces avec Jade, question de lui apporter un peu de soulagement dans l’immédiat. Elle lui suggère, par exemple, de noter le nombre de fois qu’elle parle d’échec. Jade s’aperçoit qu’en effet cela lui arrive très souvent et que cela influence fortement son état. Un autre conseil qui lui inspire une pensée plus optimiste consiste à se remémorer, à la fin de la journée, les événements positifs du jour. De petits changements, mais combien libérateurs!

Renée pratique ensuite la visualisation guidée avec Jade et lui montre comment faire des exercices de respiration abdominale. Elle apprend ainsi à se détendre de la tête aux pieds et à se calmer l’esprit. Une fois son écran mental dégagé, elle visualise ses préoccupations et ses craintes. Avec chaque inspiration profonde et en comptant jusqu’à six, Jade imagine qu’elle inhale du courage, de la confiance et de la conviction. Elle retient son souffle en comptant jusqu’à six et fait circuler cette énergie positive partout dans son corps. Puis, en comptant de nouveau jusqu’à six, elle expire pour évacuer les craintes, les préoccupations et les peurs.

L’imagerie mentale joue chez Jade un rôle tout aussi bienfaiteur. Un nouvel exercice l’incite à imaginer un arc-en-ciel et à s’envelopper d’abord de rouge, symbole d’énergie, de puissance et de volonté, puis d’orange, symbole de joie, de confiance et de bonheur et ensuite de jaune pour stimuler ses capacités intellectuelles. Puis, Jade inspire profondément le vert, symbole d’équilibre, le bleu, symbole de calme et, finalement, le violet, pour accroître sa connectivité à ceux qui l’entourent.

Grâce à ces exercices, Jade parvient à visualiser le grand jour sous un angle positif, tant et si bien que sa réussite n’est même plus en doute.


Comment choisir?

Le marché du livre, tout comme Internet, regorge de ressources sur les différentes façons de gérer le stress. Peu importe l’approche choisie, gardez l’esprit ouvert et faites un peu d’expérimentation. Vous finirez bien par trouver ce qui marche le mieux pour vous.

Ressources inspirantes :

Benson, H. et Proctor, W. (2010). Relaxation revolution: Enhancing your personal health through the science and genetics of mind body healing.New York, NY. Scribner.

Benson, H., & Casey, A. (avec MacDonald, A.) (2004). Mind your heart: A mind/body approach to stress management, exercise, and nutrition for heart health. New York, NY. Free Press.

Dossey, L. (2007). The extraordinary healing power of ordinary things: Fourteen natural steps to health and happiness. New York, NY. Three Rivers Press.

Simonton, C., Matthews-Simonton S. et Creighton, J. (1990). Guérir envers et contre tout. Le quotidien du malade et de ses proches pour surmonter le cancer. Paris : Éditions de l’ÉPI.
Renée Guimond-Plourde, inf. aut., Ph.D., est Professeure-Chercheure au Secteur éducation, Kinésiologie et Récréologie de l’Université de Moncton, au Campus d’Edmundston.
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