Dans un poste d’évacuation sanitaire du Corps de santé royal canadien

Novembre 2011   Commentaires

En 1941, nous avons publié des extraits d’une lettre dans laquelle une infirmière en chef décrivait ses trois premiers mois en Angleterre, en poste avec le Corps de santé royal canadien. Son arrivée à Londres a coïncidé avec le début du « Blitz », la campagne allemande de bombardements soutenus qui a débuté le 7 septembre 1940 et causé la mort d’environ 30 000 Londoniens avant de cesser en mai 1941.

La traversée a été fabuleuse, pour ce qui est du temps. Mlle Smellie nous a accompagnées au bateau à Halifax, et ce fût un plaisir de pouvoir lui parler, quoique trop brièvement. À notre arrivée en Écosse, nous avons trouvé Mlle Pense, qui nous attendait et nous a prises sous son aile. Nous sommes descendues à Londres par le train de nuit. [...]

Nous avons immédiatement eu cinq jours de permission et presque tout le groupe est resté à Londres. C’est dommage que nous soyons arrivées juste au moment où les Allemands, fort aimablement, commençaient leur série de raids aériens sur Londres, nous empêchant d’aller bien loin sans être interrompues par les sirènes. Toutes les nuits, on nous accompagnait à nos lits dans l’abri antiaérien au sous-sol, raisonnablement confortable pour s’y asseoir, mais nettement moins pour y dormir. Certaines d’entre nous dormaient par terre, mais après une nuit en bas, j’ai décidé que je préférais prendre un risque et dormir dans le salon sur deux fauteuils disposés face à face. Ce fut toute une initiation pour nous, mais nous avons été ravies quand les voitures sont enfin arrivées pour nous emmener à nos quartiers. De septembre à novembre, nous avons vécu dans des tentes, puis nous avons déménagé où nous sommes à présent, dans nos quartiers d’hiver.

Nous avons beaucoup aimé notre expérience au camp, même si le froid était terrible fin octobre. Mais nous avons revêtu tous les vêtements de laine en notre possession, et nous nous sommes progressivement habituées à l’humidité. Cela n’a fait de mal à personne et nous avons toutes pris du poids. [...] Nous étions deux par tente et avions notre propre mess dans une autre tente. Nos repas étaient très bons. Notre poste d’évacuation sanitaire comptait 50 lits, en plus des civières que nous utilisions de surcroît. Nous avions souvent plus de 90 patients au poste d’évacuation : des accidents mineurs, les maux habituels et parfois une opération en urgence. Les installations de l’hôpital comprenaient une tente pour le bureau de l’administration, une pour les admissions et les congés, une pour les soins médicaux et une pour les soins chirurgicaux. Il y avait ensuite de trois à cinq tentes pour les patients de chacun des services, une pour la cuisine, une pour le dispensaire, une pour la lingerie, des magasins pour les effets des malades et une tente où se trouvait le bloc opératoire. En tout, nous devions avoir plus de 50 tentes.

Le temps est devenu vraiment très froid avant le déménagement, et il a plu presque tout le temps les deux dernières semaines. Nous ne quittions plus nos bottes en caoutchouc, et il y avait de la boue partout. Quand nous avons reçu l’ordre de partir, ça n’a pas pris longtemps, même si l’installation, elle, est vraiment longue. Nous avons fini quatre huttes. Elles sont toutes en service et contiennent vingt lits chacune. [...] Le roulement est rapide ici : nous sommes censés ne garder que les patients à court terme qui n’ont pas besoin d’être transférés aux hôpitaux généraux, et tous les jours nous en avons un bon nombre qui sont évacués et admis.

Comme nous sommes dans un corps en partie canadien et en partie britannique, nos patients viennent de divers endroits, et tous sont très reconnaissants pour tout ce que l’on fait pour eux. Je m’occupe de tous les articles de la Croix-Rouge moi-même, car nous n’avons pas d’employé de la Croix-Rouge. [...] Je pense qu’il est fort important que les gens chez nous mesurent combien les hôpitaux ici comptent sur la Croix-Rouge. C’est elle qui m’approvisionne en trousses d’articles de première nécessité, débarbouillettes, savonnettes, brosses à dents, poudre dentifrice, peignes, miroirs, rasoirs et lames, crème à raser, blaireaux, chocolat et cigarettes pour le confort des patients. Je reçois aussi des chandails, chaussettes, écharpes, mitaines et casques, que je distribue à ceux qui n’en ont pas assez en repartant de l’hôpital. Tous les draps, serviettes et pansements que nous utilisons en salle d’opération viennent aussi de la Croix-Rouge et, quand nous avons demandé une nouvelle lampe pour la salle d’opération, elle nous l’a donnée. Alors, quand vous entendrez critiquer la Croix-Rouge, faites savoir tout ce que nous lui devons. Nous ne pourrions tout simplement pas fonctionner sans son aide.

Hier après-midi, je suis retournée à Londres pour la première fois depuis septembre et j’ai été absolument sidérée de voir aussi peu de débris dans les rues. Quand j’ai traversé Hyde Park, j’ai vu un orateur sur sa caisse à savon, comme d’habitude. À voir les pigeons et les mouettes, et les cygnes sur la Serpentine, on dirait que rien n’a changé, qu’il ne s’est rien passé dans la ville ces trois derniers mois. Quand nous étions à Londres, avant, tout le monde avait l’air si épuisé, mais hier, Oxford Street était animée et gaie. Ça m’a fait beaucoup de bien et m’a redonné le moral. Il est clair que Londres ne peut être détruite des airs, même en insistant longtemps. C’est un grand plaisir d’être ici et de voir comme les Londoniens résistent bien. C’est tout simplement magnifique de voir comme la vie continue en dépit de tout. Nous ne pouvons prédire ce que nous réserve l’avenir, mais c’est pour moi une grande satisfaction que d’être dans cette région du monde en ce moment.

Vol. 37, no 2, février 1941


Note de la rédaction : C'est à Mademoiselle Marion Lindeburgh que le journal doit ces extraits d'une lettre fort intéressante que lui a adressée Agnes J. Macleod, infirmière en chef, en service infirmier actif en Angleterre avec le Corps de santé royal canadien.
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