nov. 01, 2011

Entrepreneuriat infirmier

Voici trois entrepreneures qui ont bâti leur entreprise sur leurs bonnes idées, leur connaissance des soins infirmiers et leur enthousiasme

Irene Martin : une véritable affaire de famille

Teckles Photography Inc.C’est l’expérience de Mme Martin avec ses parents âgés qui l’a amenée à créer Retraite à domicile.
 

La famille a été au cœur de la plupart des grandes décisions qu’a prises Irene Martin dans sa vie. Ainsi, celle de se lancer dans les affaires en 1994 découlait largement des défis rencontrés par sa famille pour s’occuper de parents âgés qui risquaient de devoir quitter la maison qu’ils aimaient à cause de problèmes de santé. C’est ce qui a amené Mme Martin à fonder Retraite à domicile pour offrir toute une gamme de services de soins à domiciles allant de la simple présence aux soins de fin de vie.

La compagnie compte maintenant 25 franchises dans 5 provinces, avec des centaines d’employés, dont des infirmières autorisées et des infirmières auxiliaires autorisées, des aides ménagers et des préposés aux soins de soutien à la personne. Mais les débuts de la compagnie ont été plus modestes. « Les cinq premières années, les bureaux de Retraite à domicile étaient chez moi, ce qui m’a permis d’alléger les frais au départ. C’était une bonne solution pour ma famille aussi, car j’ai ainsi pu rester à la maison quand mes enfants étaient adolescents. » Mme Martin n’arrêtait pas beaucoup, mais elle a vite appris à faire plusieurs choses à la fois : « Il fallait me voir préparer le souper tout en parlant au téléphone avec mes clients ou mes employés ».

« Ces cinq premières années ont été difficiles parce que j’ai dû apprendre à gérer une entreprise tout en continuant à fournir des soins à mes clients. [Elle n’avait au départ qu’une seule employée, puis elle a embauché des soignants au besoin]. Rétrospectivement, cependant, je pense que ce que j’ai appris en matière d’organisation et de résolution de problèmes pendant mes 25 années de soins infirmiers en oncologie, soins intensifs et soins à long terme m’a beaucoup aidé. » Le soutien et la participation de sa famille ont été déterminants dans l’expansion de son entreprise. Pendant plus de 10 ans, son fils Jonathan s’est occupé du fonctionnement et de la gestion du bureau d’Ottawa, et il est maintenant vice-président du développement des franchises. Son mari et ses deux autres enfants participent aussi, ce qui lui permet de se concentrer sur la gestion du bureau d’Ottawa.

« Je me sens un peu comme une fille de substitution », explique Mme Martin au sujet de sa relation avec ses clients. Il est révélateur qu’elle se demande encore « Qu’est-ce que souhaiterais pour mes parents? » quand une situation difficile se présente. C’est une question qui l’a aidée à concevoir l’approche de Retraite à domicile. Chaque client reçoit des soins personnalisés offerts par une infirmière en fonction d’un plan de soins adapté et tenant compte des besoins physiques, émotionnels et psychologiques. « De plus en plus, nous faisons office de défenseurs des droits et de guides pour nos clients qui ne peuvent pas compter sur leur famille ou leurs amis pour les aider à s’y retrouver dans le système de santé. »

Avec le départ à la retraite de plus en plus d’enfants du baby-boom, les affaires s’annoncent excellentes. « Nous avons aidé des milliers de personnes âgées à entrer en douceur dans la retraite, conclut Mme Martin. Je suis ravie d’avoir choisi cette voie il y a tant d’années. »


Kath Murray : questions de vie ou de mort

Teckles Photography Inc.Cela vous fait apprécier la vie », dit Mme Murray de son travail auprès des personnes mourantes et endeuillées.
 

« Aussi loin qu’on se souvienne, nous n’avons jamais connu la mort telle qu’elle est à présent et telle qu’elle sera dans les décennies à venir », déclare Kath Murray. Avec l’avancée des traitements, mourir est devenu un processus imprévisible qui peut s’étaler sur des années et non plus des jours. Les familles étant plus petites et plus dispersées qu’avant, elles sont de moins en moins disponibles pour donner des soins. La société canadienne est mal préparée pour ces changements, souligne Mme Murray, mais elle fait ce qu’elle peut pour relever ces défis.

Jeune, Mme Murray s’était occupée de plusieurs membres de sa famille pendant leurs derniers moments. Elle a donc voulu entreprendre un baccalauréat en sciences infirmières, puis une certification de l’AIIC en soins infirmiers palliatifs et une maîtrise en thanatologie, l’étude interdisciplinaire du deuil et de la mort et de ses modalités. Son travail à l’hospice Victoria et avec son équipe de soins palliatifs a beaucoup aidé Mme Murray à comprendre les besoins des mourants, de leur famille et de ceux qui les soignent. « Nous avons besoin d’équipes spécialisées en soins palliatifs, mais aussi de plus de personnes qui comprennent les notions de base et savent intégrer une approche de soins palliatifs partout où des gens meurent. »

Consciente que la formation est inadéquate dans ce domaine, Mme Murray a fondé, en 2005, Life and Death Matters (LDM), une entreprise de trois personnes installée à Victoria. Grâce à un réseau national de collaborateurs qualifiés, l’entreprise se consacre à la préparation et à la diffusion de matériel pour aider les gens à apporter les meilleurs soins possibles aux mourants et à leurs proches. En tant que principale formatrice et conceptrice des cours et comme directrice de LDM, Mme Murray a pour objectif d’offrir du matériel convivial et intéressant.

LDM est connu principalement pour son manuel intitulé Essentials in Hospice Palliative Care (notions de soins palliatifs en établissement) et le matériel connexe, qui sont utilisés dans divers centres de soins palliatifs ainsi que dans des programmes collégiaux de formation des travailleurs de la santé. « Avant, le programme y était tellement chargé, note Mme Murray, que les instructeurs avaient de la difficulté à y intégrer les soins en fin de vie ». Avec sa plus récente initiative, une série de cours interactifs en ligne, LDM attire des participants de tout le Canada et du monde entier. En dépit de ce succès, Mme Murray avoue avoir eu du mal à oser sortir des sentiers battus et convaincre les professionnels des soins de santé de la valeur des initiatives privées.

LDM permet à Mme Murray de mettre à profit son expertise et sa créativité et, plus important encore, de prendre plaisir à faire ce qu’elle aime. Le nom de sa compagnie reflète sa conviction profonde que « travailler avec la mort fait apprécier la vie. On vit sa vie et ses relations plus pleinement, plus intensément quand on accepte le fait que la mort fait partie intégrante de la vie ».


Lisa Markin : partenariat à six pattes

Teckles Photography Inc.Mme Markin et Rowan constituent l’équipe de INSPIRE Animal Assisted Therapy.
 

Après avoir regardé une émission télévisée sur des animaux qui travaillaient avec des clients de services de thérapie, Lisa Markin a compris que les liens puissants qui lient l’homme et son meilleur ami peuvent être mis au service de la guérison. Comme elle avait une expérience solide en soins intensifs et gérontologie, ainsi que des foyers de groupe pour adultes atteints de graves déficiences développementales, elle a décidé de combiner ses compétences et son expertise avec son amour des chiens pour offrir des services de zoothérapie. « Ça me paraissait la carrière idéale », raconte Mme Markin.

Surpassant de loin les programmes traditionnels de visites d’animaux domestiques, la zoothérapie consiste en des interactions orientées vers des buts avec un animal ayant reçu un entraînement poussé et un humain qualifié en soins de santé. Ensemble, ils aident les clients à atteindre des objectifs thérapeutiques précis, les progrès étant documentés et évalués comme pour les autres plans de soins infirmiers. « La zoothérapie est complémentaire, explique Mme Markin, et elle peut se combiner aux interventions de physiothérapie, d’ergothérapie ou d’orthophonie. Elle peut même s’avérer utile en santé mentale. »

En 2008, après avoir suivi en ligne une formation intensive en zoothérapie, Mme Markin était prête à lancer INSPIRE Animal Assisted Therapy. La recherche déterminante du bon partenaire à quatre pattes l’a conduite à s’associer à Rowan, une chienne golden retriever, certifiée pour des interventions assistées par la Pacific Assistance Dogs Society (PADS), qui se trouve à Burnaby (BC). Rowan connaît 55 tâches au total, dont ouvrir et fermer les portes, ramasser des objets tombés par terre et aider une personne à se déshabiller. Les clients sont orientés vers Mme Markin par d’autres professionnels de la santé, mais beaucoup de clients et de familles la contactent directement. À quoi ressemble une journée typique? Certains jours, on trouve Mme Markin en train d’aider un enfant autiste à apprendre à communiquer en lui faisant réciter les ordres donnés à Rowan, et de le regarder s’émerveiller de la voire obéir! Ou bien en train de participer à la rééducation d’une personne se remettant d’un AVC en lui faisant presser une balle pour en faire sortir des friandises pour Rowan. Ou encore en train d’encourager quelqu’un qui a des difficultés à marcher à utiliser un déambulateur pour une bonne promenade avec Rowan. En donnant du plaisir aux clients, Roman les motive. Ils attendent sa visite avec impatience.

« C’est le côté affaires qui a été le plus dur à apprendre au départ, avoue Mme Markin. Il a fallu penser à une assurance pour exercice privé, au marketing, aux formulaires de consentement et à la comptabilité. » Aujourd’hui, sa liste de clients s’allonge, mais elle continue de travailler à temps partiel comme infirmière autorisée en hémodialyse pour joindre les deux bouts. Le plaisir de travailler avec Rowan n’a cependant pas de prix. « Des familles m’ont dit que le temps que nous passons avec leurs proches est ce qui les aide à tenir. Quand nous rentrons ensemble en voiture, Rowan et moi, je n’arrête pas de sourire! ».

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