janv. 01, 2013

Stationnement : Qui devrait payer?

Les hôpitaux : ils peuvent être grands ou petits, occuper des bâtiments historiques ou modernes et sophistiqués ressemblant à de petites villes, être axés sur les patients ou plutôt terrifiants pour eux. Cette série se propose d’examiner les défis posés par les services non cliniques, stationnement, responsabilités environnementales, repas des patients, conception des bâtiments et des chambres et sécurité, et comment certains hôpitaux innovent.

En novembre 2011, un éditorial du Canadian Medical Association Journal qualifiait le prix du stationnement dans les hôpitaux d’obstacle aux soins de santé, menant à des « soins de santé axés sur le stationnement ». On y recommandait que les hôpitaux ne fassent plus payer le stationnement aux patients. L’éditorial a déclenché un débat dans les médias. L’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario, comme d’autres, a approuvé la recommandation, notant que beaucoup de ses membres ont entendu des patients raconter qu’ils avaient évité de se faire soigner ou avaient sauté des rendez-vous à cause du prix élevé du stationnement.

Tom Badcock est directeur général du Physically Disabled Service Centre à St. John’s et patient externe au Health Sciences Centre, où il se fait soigner pour un cancer. Il fait campagne contre la pratique consistant à faire payer le stationnement aux patients. Pour lui, cette pratique contrevient à la Loi canadienne sur la santé, puisqu’elle impose aux utilisateurs des frais indirects. Après s’être plaint en vain à l’administration de l’hôpital et au ministre provincial de la santé, M. Badcock a annoncé aux médias locaux qu’il comptait entamer des poursuites contre Eastern Health.

Certains pensent que les frais de stationnement devraient être maintenus pour décourager notre usage excessif de la voiture, en particulier dans les centres qui encouragent les transports en commun, très pratiques. Cependant, comme la vie et le travail n’ont pas d’horaire dans les hôpitaux et compte tenu de la rigueur de nos hivers, l’idée que le personnel et les visiteurs devraient prendre les transports en commun risque de ne pas être très populaire, surtout dans les endroits mal desservis. De plus, les patients des régions rurales n’ont pas d’autres choix que de venir en voiture pour se faire soigner

L’un des principaux arguments contre la suppression des frais de stationnement est que les hôpitaux utilisent souvent ces revenus pour l’aumônerie, les programmes des fondations et autres services aux patients. Les hôpitaux ontariens, qui reçoivent seulement 85 % de leur budget du ministère de la Santé, ont besoin, diront certains, du revenu provenant des frais de stationnement, estimé à 1 %. D’autres se demandent qui payerait pour l’entretien des stationnements s’ils ne généraient pas de revenus. Le budget déjà limité des hôpitaux devrait-il financer le déneigement, par exemple?

Certains hôpitaux sont allés jusqu’à confier leur stationnement à des compagnies privées à but lucratif comme Impark, qui gèrent le stationnement de près de 100 centres de soins en Amérique du Nord. Pour les nouveaux hôpitaux, un partenariat public-privé peut signifier qu’une entreprise de stationnement se charge non seulement du fonctionnement des garages, mais aussi de leur construction et de leur entretien. Les hôpitaux peuvent réduire leurs frais en confiant le stationnement à une entreprise, mais les usagers en payent le prix. Internet fourmille de plaintes au sujet des tarifs élevés et de la distribution sauvage de contraventions qui vont souvent de pair avec la privatisation.

Il y a quelques signes d’amélioration. En 2008, les hôpitaux écossais et gallois ont supprimé les frais de stationnement pour les patients, les visiteurs et le personnel, sauf dans les stationnements privés. En Amérique du Nord, plusieurs hôpitaux ont reconnu les besoins des patients et essayent d’alléger les frais de stationnement. Au Children’s Hospital Colorado à Denver, le stationnement est gratuit pour les patients et les visiteurs; de 6 h à 18 h, on peut même faire garer sa voiture par un préposé. Les patients qui viennent pour une dialyse stationnent gratuitement dans tous les hôpitaux de la régie de la santé de l’île de Vancouver. On peut donc espérer que cette progression vers un stationnement axé sur le patient se poursuive.


L’automne dernier, plus de 300 infirmières et infirmiers ont débrayé en Australie occidentale pour participer à un rassemblement d’une journée contre l’augmentation des frais de stationnement pour le personnel et les patients. Un représentant de la fédération infirmière a souligné que ces frais étaient passés de 1,50 $ AU par jour en 2010 à 4,80 $ AU en 2012 (une augmentation de 220 %) à l’hôpital Sir Charles Gairdner de Perth. À certains endroits, on prévoyait même une augmentation de 700 % au cours des 3 prochaines années.


Vous trouvez choquant le prix maximum du stationnement pour la journée dans certains hôpitaux? À certains endroits, il n’y a pas de maximum : le compteur continue de tourner. Au stationnement des urgences de l’hôpital général de Vancouver, le stationnement coûte 3,25 $ la demi-heure, soit 156 $ pour 24 heures.

comments powered by Disqus
https://infirmiere-canadienne.com/fr/articles/issues/2013/janvier-2013/stationnement-qui-devrait-payer