mai 01, 2013
Par Sue Cavanaugh

Hors des sentiers battus

C’est sur le terrain avec MSF que John Pringle a fait ses débuts en épidémiologie

Avec l’aimable autorisation de John PringleM. Pringle a effectué une recherche et une surveillance active des cas de méningite pendant des épidémies lors de sa mission avec MSF dans l’État de Sokoto au Nigeria.
 

C’est une épidémie de shigellose qui a donné à John Pringle l’idée de travailler dans de nouveaux domaines.

M. Pringle, infirmier autorisé et diplômé du programme de B.Sc.inf. de l’Université McMaster quelques années plus tôt, était en mission avec Médecins sans frontières (MSF) dans ce pays d’Afrique ravagé par la guerre. L’une de ses responsabilités au camp de réfugiés était de recueillir des échantillons de selles auprès des personnes souffrant de diarrhée sanglante pour que l’équipe puisse confirmer la maladie dont il s’agissait. « Il faisait une chaleur accablante et tout le monde était très malade; j’avais souvent des maux d’estomac moi aussi, se souvient-il. Mais j’ai appris l’importance de la surveillance des maladies et d’une vision globale de ce qui se passe dans une communauté. »

À la fin de la mission, M. Pringle est rentré au Canada faire une maîtrise en santé communautaire et épidémiologie à l’Université Queen’s. Il confesse que la partie statistique du programme a été difficile, mais son intérêt pour la santé dans le monde l’a motivé. « C’est facile de s’enliser dans les chiffres, les intervalles de confiance et les rapports des cotes. Ce qui est important, cependant, c’est ce qu’ils veulent dire, en quoi ils sont informatifs et ce que l’on fait avec. Quand le problème vient de l’inégalité et de l’injustice sociale, ce n’est pas d’algorithmes statistiques compliqués que provient la solution. »

M. Pringle, qui a grandi à Burlington, à l’ouest de Toronto, savait très jeune qu’il voulait échapper à son cocon confortable et voir le monde. Après le secondaire, il a passé un an à parcourir l’Europe et l’Afrique du Nord sur le pouce, en travaillant dans des cafés ou en déchargeant des camions pour gagner un peu d’argent. C’est quand il a trouvé un travail où il devait s’occuper d’un homme sourd et aveugle à Séville, en Espagne, que l’idée de devenir infirmier lui est venue. « C’était l’hiver et je voulais rester là parce qu’il y faisait chaud, raconte-t-il. Avec ce travail, j’étais nourri et logé et j’avais un peu d’argent de poche. Ils ne parlaient pas un mot d’anglais et moi pas un mot d’espagnol. » M. Pringle a fini par apprendre la langue et il a découvert qu’il aimait prendre soin des gens.

M. Pringle a aussi visité le Maroc, une expérience qui lui a ouvert les yeux sur ce qu’est la véritable pauvreté et sur la vie difficile qui est celle des gens aux marges de la société. Ce séjour a renforcé son désir de trouver une façon de se rendre vraiment utile. « Le travail infirmier me semblait tout indiqué, explique-t-il. Les racines féministes de la profession m’attiraient, de même que la possibilité de travailler en dehors du modèle médical occidental. »

M. Pringle a eu du mal à y croire quand il a été accepté à McMaster. « Mes notes au secondaire n’étant pas terribles, je n’étais vraiment pas le candidat typique, dit-il. Même le premier jour, je redoutais qu’on vienne me dire “Désolé, John, il y a eu une erreur”. » À ce stade, à environ 25 ans, il était un peu plus âgé que la majorité des autres étudiants et il craignait de ne pas être à sa place parmi eux. « J’ai été soulagé que la méthode d’apprentissage par la résolution de problèmes corresponde à mon expérience et que les discussions et la pensée critique soient encouragées. »

Il prévoyait travailler pour MSF à la fin de ses études. Quand il s’est présenté aux bureaux de Toronto avec son sac à dos, on lui a dit que les missions n’étaient pas faites pour apprendre et qu’il avait besoin d’acquérir de l’expérience. M. Pringle a travaillé pendant un an et demi dans des infirmeries dans le Nord du Manitoba, un milieu difficile qui l’a préparé aux exigences du travail international. Il est retourné à MSF et on l’a accepté. Sa première mission était en Érythrée, un pays dont il n’avait jamais entendu parler, où il a aidé à créer les premières cliniques de soins prénataux et de vaccination dans un camp comptant plus de 12 000 réfugiés.

Il a enchaîné avec deux missions au Nigeria, où il a fait des investigations sur des épidémies de méningite et, avec une équipe d’intervention d’urgence, il est intervenu à la suite d’un empoisonnement catastrophique au plomb qui a causé la mort de centaines d’enfants. Le pronostic pour les milliers d’autres qui ont été empoisonnés n’est pas bon, déplore-t-il, et on pourrait faire beaucoup plus avec une intervention internationale coordonnée. Il a écrit et publié des articles sur l’aspect éthique de cette catastrophe du point de vue de la santé mondiale et il continue de faire pression avec des collègues de MSF pour que l’on aide ces populations.

Entre les missions, M. Pringle s’emploie à finir son doctorat en santé publique et bioéthique, donnant quelques cours et conférences sur des questions de santé mondiale et l’humanitarisme.

Et après? « Pour vous dire la vérité, je ne suis pas sûr, dit-il en riant. L’enseignement, la recherche et l’aide humanitaire me passionnent également. J’espère trouver une carrière qui combine tout ce qui m’intéresse. » Quoi qu’il arrive, M. Pringle déclare qu’il se verra toujours « comme un infirmier avant tout. L’épidémiologie est une compétence formidable qui me sert en soins infirmiers. »

« Dans les camps de réfugiés en Érythrée, on sentait un formidable espoir en l’avenir, et l’expérience a été très positive pour moi. »


10 questions à John Pringle

Quel mot vous décrit le mieux?
Transitoire

Si vous pouviez changer une chose vous concernant, qu’est-ce que ce serait?
Je parlerais plusieurs langues couramment

Quelle est la chose que les gens seraient le plus surpris d’apprendre à votre sujet?
Je suis un joueur de banjo amateur

« Si j’avais plus de temps à ma disposition, je... »
J’organiserais des dîners végétaliens

Quel est l’endroit du monde que vous aimeriez le plus visiter?
Le Festival au Désert, au Mali

Quel est votre plus grand regret?
Ne pas avoir mieux écouté pendant mes cours de français

Quel est le dernier livre captivant que vous ayez lu?
Journal de l’année de la peste, de Daniel Defoe

Qui vous a donné envie de devenir infirmier?
Les travailleurs humanitaires

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans ce métier?
La solidarité

S’il était en votre pouvoir de changer un aspect du système de soins de santé, ce serait lequel?
Je supprimerais toutes les frontières

Sue Cavanaugh est rédactrice indépendante à Ottawa.
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