Infirmière d’abord

Novembre 2013   Commentaires

L’un des anciens patrons de Rachel Bard, premier ministre du Nouveau-Brunswick à l’époque, avait l’habitude de la présenter d’abord comme infirmière et ensuite comme sous-ministre. Pendant 42 ans, Rachel Bard a occupé des postes de direction au niveau provincial et national, mais elle est toujours restée fidèle aux principes de sa profession. Infirmière canadienne l’a rencontrée pour parler de sa carrière et de son opinion sur la direction que prennent l’AIIC et la profession.

Rachel Bard au congrès biennal, juin 2012
Teckles Photography Inc.

Rachel Bard a grandi à Edmundston, au Nouveau-Brunswick, où elle a étudié pour devenir infirmière. Attirée par les soins psychiatriques, elle a travaillé en milieu communautaire où elle a pris conscience de la portée des facteurs sociaux sur la santé. Désireuse de partager plus largement ses connaissances, elle a quitté la pratique infirmière pour faire partie de la Commission d’experts en santé mentale de la province au milieu des années 1980.

Nommée tôt dans sa carrière à la direction de la section locale de son syndicat à Moncton, elle a assumé de plus en plus de responsabilités au sein de l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick, avant de devenir membre du conseil d’administration de l’AIIC. Rachel Bard a été présidente de l’AIIC de 1996 à 1998. En 2009, elle en est devenue la directrice générale, fonction qu’elle quittera en décembre.

Pouvez-vous nous parler des choses réalisées durant votre mandat de directrice générale, entre autres celles dont vous êtes particulièrement fière?

La Commission nationale d’experts a certainement été une nouvelle manière de s’engager avec des partenaires, dont beaucoup n’avaient aucun lien avec les soins infirmiers. Nous constatons l’effet d’entraînement de la Commission aux différents niveaux où son influence commence à se faire sentir, que ce soit les Cinq meilleurs en cinq, le plan d’action sur la qualité et la sécurité, la future préparation des infirmières ou le principe de la « santé au cœur de toutes les politiques ». Je compte beaucoup sur le travail de la Commission et je pense que cela a été une expérience très valable.

Je suis bien sûr fière aussi de mon travail avec la Commission de la santé mentale du Canada. La santé mentale a toujours été le moteur de ma carrière. Plus nous arrivons à démystifier la santé mentale, à éviter la stigmatisation et à adopter des normes qui intègrent la santé mentale, meilleur sera l’équilibre que nous pouvons apporter aux personnes, au milieu de travail et à l’ensemble de la société. Je trouve très positif qu’un organisme comme l’AIIC ait été capable de soutenir, faire avancer et poursuivre cette tâche. Si je reviens sur mes années de carrière, j’ai toujours été convaincue de l’importance de pratiquer ce que nous enseignons. Nous ne pouvons pas nous contenter de parler, nous devons vivre ce que nous enseignons. Et, évidemment, on ne peut pas diriger sans se soucier de son équipe. Si on veut des résultats positifs, on doit veiller à la santé de ses effectifs. Je l’ai appris lorsque j’ai été sous-ministre du Travail. Nous avons demandé à tous les ministres du Travail du Canada de souscrire à une charte intégrant la notion de santé au travail, car un milieu de travail sain mène à des effectifs sains et à une économie prospère.

À votre avis, qu’apporteront les prochaines années à l’AIIC?

L’AIIC va continuer à faire avancer la profession. Nous avons connu une période de turbulence, c’est vrai, mais nous allons passer au travers. La société doit pouvoir compter sur une profession infirmière solide, que ce soit au chevet des patients, parmi les décideurs ou dans la communauté, et on a besoin d’une association forte capable d’agir comme organisme de référence pour tous les gouvernements.

L’association ne peut pas y arriver seule. Elle a besoin de ses membres, de ses partenaires, de ses juridictions et du réseau de groupes spécialisés. Et j’ai la conviction que nous devons impliquer la profession infirmière dans son ensemble pour renforcer notre voix et unifier notre message. La division ne peut pas mener au changement. Elle amenuise et affaiblit notre voix. Nous devons penser au patient et à la famille. Il faut toujours diriger nos pensées vers l’extérieur en nous rappelant pour qui nous faisons tout cela. Ainsi, il devient possible de déplacer les obstacles et de créer un environnement de collaboration, parce que nous œuvrons à une cause commune plutôt que de chercher à protéger notre petit territoire.

Vous avez accompli tant de choses depuis 42 ans…

C’est pour cela que le temps de la retraite est arrivé! Mais en réalité, je ne m’arrête pas. Je vais cesser de travailler à plein temps, mais je vais m’impliquer dans la communauté ou dans divers conseils pour agir sur les politiques et favoriser les changements. C’est dans ma nature.

Prévoyez-vous de vous accorder un peu de repos?

Je vais certainement faire une pause. J’ai passé tellement d’années à travailler pour les autres et à me soucier d’eux. Je pense que je vais me consacrer un peu de temps, ainsi qu’à ma famille. J’ai envie de voyager un peu et de me réinstaller au Nouveau-Brunswick.

Et je vais passer plus de temps en Europe. Mon fils vit en Norvège avec sa femme, qui est norvégienne. J’espère vivre les joies d’être grand-mère, s’ils ont des enfants. Pour le moment, mon fils est à Kirkenes, au nord du pays. Je ferai en Europe du Nord une croisière qui me permettra de mieux découvrir l région. Nous partirons d’Amsterdam, puis nous irons à Bergen en suivant la route jusqu’au cercle arctique. La Norvège semble être un pays magnifique, doté d’intéressants programmes sociaux. Je veux en savoir un peu plus à ce sujet.

Quel est votre message à la profession infirmière?

J’encourage les infirmières et les infirmiers à se percevoir comme des agents de changement. Étant données la taille et la complexité du système de soins de santé, nous avons besoin d’une profession solide qui peut amener des changements à tous les niveaux, du chevet des patients aux décisions politiques. En étant proactif, on peut toujours faire quelque chose pour amener le changement.

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