nov. 01, 2013
Par Kate Jaimet

Prédestinée pour les soins aux personnes âgées

Teckles Photography Inc.Sherry Gionet se mesure amicalement à son père et à un patient.

Des parties de cribbage ont suscité l’intérêt de Sherry Gionet pour la gérontologie.

Les deux vieux messieurs, qu’on appelait Frosty et Snowy, aimaient rire, se souvient Sherry Gionet. Elle n’avait que 12 ans, mais comprenait qu’ils vivaient seuls et avaient un problème de consommation d’alcool. Ils ne semblaient pas avoir de famille, du moins personne avec qui ils étaient en bons termes. Mais grâce à son père, John Wilkins, qui les invitait chez lui à la campagne aux abords de Saint John (N.-B.) pour jouer au cribbage et parler du passé, ils avaient retrouvé une famille.

« Papa les ramenait manger chez nous, veillaient à ce qu’ils aient des provisions et les accompagnait en voiture à leurs rendez-vous, et ils passaient Noël avec nous, raconte Mme Gionet. Ma famille a tendance à recueillir et adopter les gens qui ont du mal à suivre, et ils restent avec nous. »

Mme Gionet s’est occupée de personnes âgées pendant toute sa carrière. Après ses études secondaires, elle a obtenu un emploi à la Croix-Rouge. Pour 3,10 $ l’heure, elle fournissait des soins personnels à des personnes âgées et dirigeait des séances d’exercice chez eux. « Je considérais beaucoup d’entre eux comme mes grands-parents honoraires, et ils aimaient me gâter. » Une infirmière du VON qui faisait parfois sa visite pendant que Mme Gionet était là a remarqué qu’elle s’entendait bien avec les personnes âgées et l’a encouragée à envisager une carrière en soins infirmiers.

Sa voie était tracée. Diplômée de l’école de sciences infirmières de Saint John en 1984, elle a ensuite obtenu un certificat de soins infirmiers en gériatrie au University College of the Cariboo (C.-B.), puis une certification de l’AIIC dans sa spécialité.

Aujourd’hui, Mme Gionet est infirmière responsable du service d’évaluation et de soins gériatriques à l’Hôpital Saint-Joseph de Saint John. En juin de cette année, elle a été nommée au Conseil national des aînés, un comité qui consulte des personnes âgées, des organisations et des spécialistes, et qui conseille le gouvernement fédéral sur les questions concernant la qualité de vie et le bien-être des personnes âgées au Canada. Le besoin d’avoir plus de services communautaires, en particulier pour tenter de résoudre le problème de l’isolement, est une de ses priorités, et elle compte faire valoir ce besoin aux réunions du Conseil.

« Nous avons trop de gens qui se retrouvent à l’hôpital et n’ont nulle part où aller, déplore Mme Gionet. Les familles s’épuisent à essayer de s’en occuper elles-mêmes et il n’y a pas assez de lits dans les centres d’hébergement. Les chiffres vont aller en augmentant, et nous ne sommes pas prêts. »

Pendant une dizaine d’années, Mme Gionet était infirmière de chevet dans le service d’Évaluation et de soins gériatriques, mais elle s’est fait mal au dos en 2005 et a dû se faire opérer. Plus question de soulever ou de porter. En tant qu’infirmière responsable, elle dirige une équipe de 17 infirmières et infirmiers autorisés et auxiliaires autorisés. Elle administre le service et organise les équipes de soins aux patients composées de personnel infirmier et médical, de travailleurs sociaux, de physiothérapeutes et d’ergothérapeutes. Elle fait aussi des évaluations de patients. Un autre aspect important de son travail est l’enseignement au personnel et à des groupes communautaires, ce qui fait partie de son rôle d’animatrice principale du Cours de prévention des chutes.

Elle passe de nombreuses heures à conseiller les gens qui prennent soin d’un conjoint ou d’un parent dont la santé physique et mentale décline. « Je leur donne de l’information sur la démence, les aide à accéder à des ressources et les soutiens sur le plan émotionnel quand de vieux conflits familiaux ressortent ou quand ils se culpabilisent de prendre les décisions à la place de la personne. »

La médecine gériatrique la fascine. « D’un point de vue clinique, c’est comme faire un casse-tête, tant les patients ont des problèmes physiques complexes avec plusieurs systèmes qui lâchent, explique Mme Gionnet. « Quand j’ai commencé en gériatrie, ce n’était pas un domaine prestigieux. On ne nous considérait pas comme des infirmières “intelligentes”. Et maintenant, c’est devenu le secteur le plus désirable parce qu’on y fait beaucoup de recherche. »

Mme Gionet a présenté des affiches dans des congrès au Canada et aux États-Unis et été chercheuse principale pour une étude sur l’évaluation de l’atteinte des objectifs pour mesurer les progrès des patients par rapport à leurs objectifs de réadaptation.

Entre autres activités bénévoles, elle a aidé la section provinciale de la Société Alzheimer à lancer une rencontre mensuelle autour d’un café pour permettre aux patients et à leur famille de bavarder en mangeant, avec des spectacles et le soutien de professionnels de la communauté. Elle est fière d’avoir fait du mentorat pour le programme de certification de l’AIIC, ce qu’elle considère comme une bonne occasion de s’acquitter de sa dette envers la profession et de partager ses connaissances avec ses collègues. Elle travaille actuellement sur un projet de journal vidéo à partir d’entrevues avec sa tante, atteinte de démence depuis près de trois ans. Le but est de produire un documentaire sur la démence qui pourra servir à former le personnel dans les centres de soins de longue durée.

Les parents de Mme Gionet, tous deux septuagénaires, vivent avec elle et son mari. John continue de ramener des copains à la maison pour jouer aux cartes, mais, âgé de 77 ans, « il est maintenant le plus vieux du groupe », dit-elle. Pour sa part, elle est toujours redoutable au cribbage, un talent qu’elle attribue à Frosty et Snowy.


10 questions à Sherry Gionet

Quel mot vous décrit le mieux?
Satisfaite

Si vous pouviez changer une seule chose vous concernant qu’est-ce que ce serait?
J’aimerais pouvoir gérer mieux les conflits.

De tout ce que vous avez accompli, de quoi êtes-vous la plus fière?
D’être mariée depuis 24 ans, d’avoir élevé une fille pleine de confiance en elle et d’avoir reçu le Prix d’excellence en pratique clinique de l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick

Quelle est la chose que les gens seraient le plus surpris d’apprendre à votre sujet?
J’ai la larme facile.

« Si j’avais plus de temps à ma disposition, je… »
Je ferais plus de courtepointes.

Où avez-vous passé vos dernières vacances?
En croisière dans les Caraïbes

Quel est le dernier livre captivant que vous avez lu?
La scène des souvenirsde Kate Morton

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre travail actuel?
Le personnel, les patients et les familles avec qui je travaille

Qu’est-ce qui vous plaît le moins dans le métier d’infirmière?
Devoir composer avec des systèmes politiques qui limitent la qualité de vie pour les personnes âgées

Si vous aviez le pouvoir de changer un aspect du système de santé, quel serait-il?
Ici, au Nouveau-Brunswick, nous avons besoin de plus de places en soins de longue durée dans les maisons de repos et plus de services de loisirs et de physiothérapie pour ceux qui sont dans les hôpitaux en attendant une place.

Kate Jaimet est rédactrice indépendante à Ottawa (Ontario).
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