Renforcement des capacités en Afghanistan

Novembre 2013   Commentaires

Une infirmière militaire, officier des Forces armées canadiennes, forme et encadre des instructeurs afghans en soins infirmiers dans le cadre de l’Opération Attention.

Lors de mes premières affectations en Afghanistan, j’étais officier responsable des soins intensifs à Kaboul (2004-2005) et à Kandahar (2007), où nous étions chargés de soigner les forces de la coalition. Lorsque les Forces armées canadiennes (FAC) ont cessé les opérations de combat dans ce pays, au cours de l’été 2011, la mission essentielle des praticiens en services de santé est devenue axée sur le mentorat et le renforcement de capacités au sein des forces nationales de sécurité afghanes. Nous travaillons côte à côte, ou shohna ba shohna, avec le peuple d’Afghanistan, dans le cadre d’une mission globale dont le nom de code est Opération Attention.

La Capc Joni Forsyth au travail avec l’équipe d’instruction en soins infirmiers à l’Académie des sciences médicales des forces armées, à Kaboul.
MCpl Frieda VanPutten

Depuis juillet 2013, je suis membre de l’équipe consultative de l’Académie des sciences médicales des forces armées (ASMFA), qui regroupe 26 personnes aux compétences complémentaires : professionnels de la santé, administrateurs et experts en développement de la formation. Nous poursuivons le travail des intervenants chargés de reconstruire le système de formation médicale de l’Armée nationale afghane et d’offrir un mentorat aux instructeurs seniors de l’académie. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec nos homologues afghans afin de créer des programmes de formation appropriés pour 14 pratiques de santé, incluant celles de technicien en pharmacie, de thérapeute dentaire et d’auxiliaire médical militaire. Notre but est de développer le programme d’enseignement et de former les formateurs afin de nous assurer qu’un solide système éducatif sera en place quand partira le personnel de coalition.

Le programme de formation en soins infirmiers est bien établi et a permis de former plus de 100 personnes sur une période de 5 ans. Le cursus a récemment été étendu et se déroule désormais sur deux ans au lieu d’un, ce qui permet un apprentissage plus approfondi des techniques infirmières et une plus grande expérience clinique sur le terrain. Bien que la longueur du programme soit un atout pour la profession, elle a pour résultat d’exacerber la pénurie déjà grave de personnel infirmier au sein de l’ASMFA. Voilà pourquoi l’une de mes tâches actuelles est de mettre au point le contenu d’une formation de huit mois pour infirmières et infirmiers auxiliaires, destiné à augmenter dans un délai relativement court le nombre de soignants : ces derniers pourront ainsi prendre en charge la majeure partie des soins quotidiens qui sont actuellement accomplis par des membres de la famille ou d’autres patients.

Le rôle d’infirmière en Afghanistan a connu croissance et changements au cours de la décennie ayant suivi l’arrivée des forces de la coalition dans le pays : connaissances, techniques, concepts et technologie se sont développés à un rythme inimaginable. Aujourd’hui, le personnel infirmier assiste à des cours avancés de réanimation cardiaque et participe à des conférences scientifiques à l’hôpital, et il a accès au même équipement que celui utilisé par les FAC pour soigner des patients en état critique. En 2007, un lit d’examen avec un sphygmomanomètre à mercure accroché au mur était considéré comme un lit d’USI, et la pratique infirmière dans ce que nous définirions comme un contexte de soins intensifs était inexistante.

L’Opération Attention prend fin en mars 2014, en même temps que la quatrième rotation de personnel. Dernier officier en soins infirmiers à travailler au sein de l’équipe consultative de l’ASMFA, j’ai le privilège d’être la « dernière au poste » et de faire ce récit, tandis qu’un chapitre de notre histoire militaire et infirmière touche à sa fin. J’espère que les élèves infirmières et infirmiers qui suivront les cours que nous avons développés et qui apprendront leur métier auprès des instructeurs que nous avons encadrés deviendront les piliers du système de santé de l’ASMFA. Je souhaite que l’Afghanistan puisse trouver la paix à laquelle il a droit et dont il a désespérément besoin pour nourrir le progrès qui a été accompli dans le passé récent et très tumultueux de ce pays millénaire.

LCDR Joni Forsyth

LCDR Joni Forsyth, est infirmière en soins intensifs en tant qu’officier des Forces Armées Canadiennes. Elle est mentor du chef des services infirmiers pour la contribution canadienne à la mission de formation en Afghanistan. Au cours de précédents déploiements, elle a servi en Afghanistan et en Bosnie-Herzégovine. Elle est actuellement affectée à Edmonton.

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