déc. 01, 2014

MSF en Afrique occidentale

Médecins Sans Frontières/Doctors Without Borders (MSF)Dans un centre de traitement de MSF, un volontaire revêt l’équipement de protection. Un miroir rappelle à tous les volontaires de vérifier que l’équipement ne comporte aucune ouverture ou perforation.

Médecins Sans Frontières (MSF) emploie environ 3 400 personnes, étrangères ou embauchées sur place, en Guinée, au Liberia, en Sierra Leone et au Mali. Dans ces régions, l’organisme gère des centres de prise en charge des cas d’Ebola et offre environ 600 lits en salles de quarantaine. Anne MacKinnon, inf. aut., B.Sc.inf. et membre du conseil d’administration de MSF Canada, parle des difficultés associées à cette mission.

Vos collègues vous demandent-ils comment ils peuvent aider?

On me pose beaucoup de questions sur le volontariat sur place, et pas seulement dans le milieu infirmier. Environ la moitié du personnel de terrain de MSF n’est pas du personnel médical – nous les appelons des « logisticiens », – alors je suis aussi contactée par des gens qui ne travaillent pas en santé, comme des spécialistes de l’eau et de l’assainissement, des administrateurs et des mécaniciens.

Le personnel infirmier peut beaucoup aider en corrigeant les perceptions du public au sujet d’Ebola. Beaucoup de gens s’inquiètent, je crois, de ce qui se passera si Ebola arrive au Canada. La sensibilisation est une composante majeure de notre travail : il faut donc que nous connaissions bien la maladie et ses risques.

Quel jugement portez-vous sur la réaction mondiale à l’éclosion?

Elle a été lente et demeure inadéquate. MSF est aux premières lignes des interventions médicales face à ce défi humanitaire historique, mais d’autres doivent se montrer à la hauteur. Pendant des mois, nous avons demandé aux gouvernements et aux ONG plus de ressources financières et de personnel. Parce que le public est sensible au problème, MSF Canada reçoit des dons personnels fort utiles, mais plus de ressources financières et humaines sont nécessaires sur le terrain, tout de suite.

Vous avez participé en 2011 à une mission de MSF au Liberia. Que savez-vous des effets de l’éclosion dans ce pays?

Le système de soins de santé du Liberia est en crise. Les travailleurs de la santé sont obligés de cesser de travailler quand ils tombent malades. Avec la fermeture des centres de santé, les gens meurent de maladies comme la malaria et les diarrhées. Certains évitent d’aller se faire soigner de peur d’attraper le virus Ebola. Les économies locales souffrent parce que les gens ne sortent pas de chez eux. Les répercussions sur les déplacements et le commerce sont immenses pour l’ensemble du pays.

Qu’est-ce qui est différent dans cette mission de MSF, par rapport aux missions antérieures?

C’est une épidémie sans précédent, alors tout le monde apprend et s’adapte au fur et à mesure. Cette mission est totalement différente. Le processus de sélection des travailleurs de terrain et la formation exigée pour ce travail pénible dans des conditions difficiles sont très rigoureux. On est sur le terrain seulement quatre à six semaines, alors qu’une mission typique avec MSF dure de six à douze mois. Quand on porte l’équipement de protection, on ne peut pas travailler plus d’une heure à la fois. Les températures atteignent 50 degrés à l’intérieur de la combinaison.

Les soins que fournit le personnel infirmier sont élémentaires, mais le travail est éprouvant émotionnellement et physiquement. Des infirmières et infirmiers m’ont confié qu’ils trouvaient difficile le peu de contacts physiques avec les patients et entre collègues. Ce manque de liens personnels a un impact.

Et puis la peur et la mort sont si présentes. Sans traitement, la probabilité que les patients meurent est de 90 %. S’ils sont traités rapidement, la probabilité est quand même de 50 %.

Il me semble aussi que cette mission fait l’objet d’une plus grande stigmatisation. On demande aux volontaires pour quelle étrange raison ils vont en Afrique occidentale, et au retour, leurs proches leur offrent moins de soutien qu’à l’ordinaire, car ils craignent d’entrer en contact avec le virus. La stigmatisation touche aussi le personnel recruté sur place.

À quel soutien psychologique les travailleurs de terrain ont-ils accès?

Le soutien débute avant la mission : des travailleurs de soutien prennent contact avec les volontaires avant même leur départ. MSF jouit d’un excellent programme d’entraide. Nous avons aussi des psychologues sur le terrain et nous offrons un accès à distance à des psychologues dans les grands centres. Au retour, ces services continuent. Nous voyons indéniablement plus de demandes de services psychologiques et de soutien. Nos missions n’ont jamais été aussi difficiles; bien sûr, certaines des autres crises humanitaires mondiales comme celles du Soudan du Sud ou de la République démocratique du Congo ne font pas la une des journaux en ce moment.

On a parlé aux informations de volontaires mis en quarantaine au retour...

Nous voyons des gens qui écourtent leur travail sur le terrain, craignant d’être mis en quarantaine forcée. Je suis sûre que cette crainte retient d’autres personnes de proposer leurs services.

Il est prouvé que la quarantaine n’est pas indiquée pour nos volontaires, mais nos protocoles sont axés sur la sécurité du public. Ceux qui reviennent de pays touchés par Ebola doivent surveiller attentivement leur santé, et nous leur déconseillons de reprendre le travail pendant la période d’incubation de 21 jours. Ils doivent vérifier leur température deux fois par jour, finir leur traitement de prophylaxie antipaludéenne et rester assez près d’un hôpital équipé d’installations de quarantaine pour pouvoir s’y rendre en quatre heures maximum, au besoin.

Que diriez-vous à ceux qui envisagent de se porter volontaires?

Je suis infirmière de terrain, et j’ai pleine confiance dans les protocoles, le personnel et les activités de MSF. C’est ce qui m’a permis de me concentrer sur mon travail d’infirmière. La situation en Afrique de l’Ouest est critique. Vos compétences sont peut-être celles dont MSF a besoin. Pour vous informer ou pour faire un don, allez sur msf.ca.


Une infirmière se joint à une équipe de la Croix-Rouge en Sierra Leone

Croix-Rouge canadienne

Kirsty Robertson, infirmière autorisée de Toronto, a travaillé dans les zones de conflit en Syrie, géré une équipe de 100 infirmières et infirmiers dans un centre de traitement du choléra en Haïti et appris à soigner les maladies tropicales dans la jungle en Équateur.

C’est parce que la santé mondiale lui tient tant à cœur qu’elle s’est sentie appelée par sa mission actuelle. « Si on procédait au triage des enjeux sanitaires mondiaux en ce moment, explique-t-elle, l’Afrique occidentale serait une urgence de Niveau 1, et je veux utiliser mes compétences infirmières en aidant d’une manière ou d’une autre. »

À son arrivée à Kenema, en Sierra Leone, le 8 novembre, Mme Robertson s’est mise au travail au centre de traitement de l’Ebola de la Croix-Rouge. « Contenir cette épidémie devrait être une priorité, affirme-t-elle, pas seulement pour aider les gens d’Afrique occidentale, mais aussi pour protéger ceux de partout ailleurs, y compris du Canada. »

Sa mission de deux mois a commencé par une formation intensive préalable sur le traitement d’Ebola et les précautions de sécurité cruciales à prendre pendant son séjour en Afrique occidentale. Cette expérience a renforcé sa confiance : « Ça a été incroyablement utile et rassurant d’apprendre auprès de gens qui ont réussi à faire quelque chose de très important tout en restant en bonne santé. »

Mme Robertson encourage ses collègues à répondre à l’appel de la Croix-Rouge, qui a de toute urgence besoin de personnel infirmier pour soutenir la lutte contre Ebola.


Visages de la lutte contre Ebola

Voici les visages de quelques infirmières et infirmiers qui travaillent aux premières lignes de la lutte contre Ebola en Afrique occidentale.

« Nous apprécions la formation parce qu’elle est utile aux travailleurs de la santé. Au début, nous avions peur, mais plus maintenant que nous recevons assez d’équipement. Il faut que je travaille pour mon pays et que j’offre mes services, puisque j’ai les compétences. » -Linda Harding, infirmière en santé communautaire, Sierra Leone

OMS/N. Alexander

« Tant de gens ne sont pas au courant d’Ebola. Nous devons faire du porte-à-porte pour les informer et leur expliquer certaines choses pour qu’ils comprennent qu’Ebola est bien réel. » - Memuma Mansaray (à d.) et sa fille Huwanatu Caulker, toutes deux infirmières, faisaient partie des équipes qui ont fait du porte-à-porte dans leur quartier de Freetown (Sierra Leone) pour expliquer comment prévenir Ebola.

OMS/N. Alexander

« Quand j’ai commencé à avoir des symptômes et reçu mes résultats d’analyses, j’ai traversé un moment très pénible. J’ai vraiment craint pour ma vie. Des rumeurs circulaient sur l’origine de la maladie, mais quand les gens ont vu que même des travailleurs de la santé comme moi étaient infectés, ils nous ont fait plus confiance. » - Mohammed Issa Cisse, infirmier et survivant d’Ebola, Télimélé (Guinée)

OMS/C. Black
 

Avec l’aimable autorisation de l’Organisation mondiale de la Santé

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