janv. 24,2014
Par Kate Jaimet

Le formidable concurrent

La forme physique de Tim Hague l’a aidé à résister aux effets de la maladie de Parkinson et à triompher dans une compétition très médiatisée

Tim Hague ne s’est pas mis au vélo parce qu’il voulait soigner son apparence. Pas non plus pour les avantages cardiovasculaires ou une meilleure capacité aérobique. Sa motivation était beaucoup plus simple : il était fauché et devait pouvoir se rendre à l’école de sciences infirmières.

Ce qui était au départ une solution pratique à un problème de transport est devenu un exercice habituel qui l’a amené à courir des semi-marathons. Cette habitude s’est également avérée une bonne protection contre les effets de la maladie de Parkinson lorsque celle-ci s’est manifestée de façon précoce : M. Hague a 48 ans.

« Les recherches commencent à montrer qu’au minimum, l’exercice ralentit la progression de la maladie, fait valoir M. Hague. Il semble permettre au cerveau soit de se réparer soit de ne pas dégénérer aussi vite. Selon mon neurologue, la seule raison pour laquelle je vais si bien est que je fais de l’exercice depuis 20 ans. »

Le visage de M. Hague est devenu familier pour beaucoup de Canadiens l’an dernier quand il a gagné The Amazing Race Canada avec son fils, qui s’appelle Tim, lui aussi. C’est sa femme qui a eu l’idée que père et fils participent à l’émission, et M. Hague admet avoir pensé que ses chances d’être choisi parmi des milliers de candidats étaient nulles. Mais le jour même de la fermeture des candidatures, les producteurs de l’émission l’ont contacté pour une entrevue. « J’étais sidéré, absolument sidéré. On connaît la suite de l’histoire... »

Pendant les quatre semaines de tournage, M. Hague et son fils ont couvert 23 000 km à travers presque tout le pays et relevé des défis mentaux et physiques qui ont renforcé leurs liens et grandement testé les capacités physiques de M. Hague. Une activité où il devait déballer des tablettes de chocolat s’est avérée impossible, et beaucoup d’autres l’ont épuisé. Pour une course particulièrement brutale à Iqaluit, les candidats devaient courir sur 500 mètres en montée. « Je n’y serais jamais arrivé sans mon fils. Il m’a littéralement traîné jusqu’en haut. »

Dans le dernier épisode, l’équipe des « Tim » a fait une belle remontée et battu les autres équipes en remportant une épreuve de mémoire où ils devaient reconnaître les drapeaux et l’emblème floral de chaque province et territoire où ils étaient allés. « Nous avions bien étudié l’émission et savions que tout ce que nous voyions en route pourrait être un indice, explique M. Hague, alors nous avons pris des notes. »

M. Hague a maintenant repris son travail à l’Hôpital St. Boniface de Winnipeg comme gestionnaire du flux des patients et de la transition. C’est l’étape la plus récente d’une carrière commencée il y a deux décennies, lorsqu’il a compris à 27 ans, marié et père d’un jeune enfant, qu’il lui fallait un emploi stable et bien rémunéré. Il a décidé de s’inscrire au programme de diplôme en deux ans à l’école de sciences infirmières du Grace Hospital.

Après quelques années difficiles passées à essayer de décrocher un emploi à plein temps, M. Hague a obtenu un travail à St. Boniface dans l’équipe volante générale, où il effectuait des quarts dans divers services. La diversité de cette expérience lui a été utile quand il a accepté, huit ans plus tard, un poste d’infirmier en évacuation sanitaire à Fast Air, où il s’occupait de patients venus de communautés isolées du Nord et que l’on transportait dans de petits avions. « C’était un domaine très spécialisé où il fallait connaître l’effet des vibrations et des changements de température et de pression à bord sur les systèmes respiratoire, cardiovasculaire et autres du patient. »

M. Hague a aussi pris des responsabilités administratives au sein de l’entreprise. Il a mis en place des politiques, géré le personnel et aidé à développer l’entreprise. Cette expérience devait lui servir quand il est revenu à St. Boniface dans un nouveau poste.

Le premier signe de la maladie de Parkinson est apparu il y a trois ans. « J’étais assis dans la cuisine, en train de lire le journal un samedi matin, et j’ai remarqué le mouvement involontaire de mon gros orteil », se souvient-il. Il savait que c’était mauvais signe. Trois semaines plus tard, le mouvement s’étendait au pied. « D’un coup, on est aux prises avec une maladie dégénérative qui progresse très très vite chez certaines personnes, souligne-t-il. Dans mon groupe de soutien, il y a des gens au milieu de la quarantaine qui ne peuvent plus travailler. Ça peut être une catastrophe, tant sur le plan personnel que financier. »

Des crampes dans le pied gauche ont récemment forcé M. Hague à cesser de courir, mais il continue de faire du vélo pour rester en forme. « Mon excellente condition physique m’a sans aucun doute aidé à passer la ligne d’arrivée d’Amazing Race. » Il met à présent la notoriété nationale que lui a donnée l’émission au service des autres. Il aide la Société Parkinson Manitoba à défendre les droits des personnes atteintes et participe à la mise en place d’un programme de mieux-être pour ces malades au Reh-Fit Centre, un centre médical de conditionnement certifié.

« Quelle occasion incroyable, le seul fait d’être sélectionné pour cette compétition!, s’exclame M. Hague. Et en plus de finir en première place… C’est tout simplement énorme. Mon fils et moi nous sommes bien amusés et j’espère que l’expérience m’aidera à faire de bonnes choses. Je suis content de pouvoir encourager les autres à résister à la maladie de Parkinson. »


10 questions à Tim Hague

Quel mot vous décrit le mieux? 
Tenace

Si vous pouviez changer une seule chose vous concernant qu’est-ce que ce serait?
Je suis plutôt satisfait de qui je suis.

Quelle est la chose que les gens seraient le plus surpris d’apprendre à votre sujet?
Pour la plupart des gens, c’est que je suis infirmier.

« Si j’avais plus de temps à ma disposition, je… »
Je voyagerais davantage.

Quel est l’endroit du monde que vous aimeriez le plus visiter?
Paris

Quel est votre plus grand regret?
Aucun regret. L’ensemble de notre vie façonne la personne que nous devenons.

Quel est le dernier livre captivant que vous avez lu
Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau de Norman Doidge

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre travail actuel?
Faire des journées de travail complètes

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le métier d’infirmière?
Nous avons l’occasion de faire les choses que la plupart des humains ne font pas pour leurs semblables.

Si vous aviez le pouvoir de changer un aspect du système de santé, quel serait-il?
J’aurais plus de soins à domicile. Nous gardons beaucoup trop de gens à l’hôpital beaucoup trop longtemps.

Kate Jaimet est rédactrice indépendante à Ottawa (Ontario).
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