Tiré des pages de… The Canadian Nurse

Avril 2015   Commentaires

Pour célébrer la Semaine des soins infirmiers 2015, nous publions deux articles d’archives. Comme le montrent de façon si poignante ces histoires, l’engagement de l’infirmière à être « toujours à vos côtés » les amenait parfois à faire un peu plus de chemin simplement pour arriver jusqu’à leurs patients.

De la guerre à la paix : être à l’écoute

À notre époque où la radio fait tant de miracles, nous avons si souvent le privilège d’être à l’écoute et de nous délecter, avec des millions d’autres auditeurs, de ce que la musique et les arts ont de meilleur à offrir. Nous vivons à l’ère de « l’échange international » des pensées exprimées.

[…]

Dans les postes de soins infirmiers de la Croix-Rouge, dans les régions éloignées du Nord de l’Ontario, nous aussi, nous « sommes à l’écoute » des appels et nous nous tenons prêts à répondre quand on a besoin de nous. J’ai eu l’idée de mon sujet en repensant à l’une de ces nombreuses fois où l’un de ces appels est arrivé, l’hiver dernier. Répondant à un S.O.S. venant d’assez loin, les hommes de la section ont proposé d’emprunter la voie ferrée pour m’emmener en « chariot à bras ». Nul besoin d’expliquer à mes lectrices cette façon de se déplacer. J’ajouterais juste que c’est toute une expérience pour une novice, surtout quand, comme ce fût le cas ce jour-là, un écervelé a laissé un obstacle sur les rails pour vous gratifier de quelques émotions supplémentaires!

Le froid était cinglant; un fort vent du nord-ouest ne cessait de souffler et nous étions transis, malgré l’épaisseur de nos vêtements. Nous parvinmes enfin à destination, et je me dirigeai vers la maison, traversant la bassecour au milieu de détritus indescriptibles et de bêtes frissonnantes. […] J’entrai par le hangar à bois. Dans ces endroits battus par les éléments, la porte de devant est habituellement barricadée ainsi que toutes les fenêtres dès les premiers signes de l’hiver; tout est soigneusement fortifié pour empêcher l’air frais d’entrer. Mes yeux découvrirent un spectacle incroyable! Un, deux, trois, quatre, cinq, six – non, sept enfants et un bébé; l’aîné, un garçon de seize ans, était dans le bois avec son père. Aucun des enfants n’avait suffisamment de vêtements pour couvrir son petit corps; de bas, on ne pouvait guère parler, de souliers encore moins, alors que dehors il faisait -30 degrés! Dans pareilles circonstances, la question est de savoir par où commencer, tant les besoins sont nombreux. J’examinai les enfants, notai leurs besoins les plus pressants et j’en informai la mère. […] Je repartis comme j’étais venue, assurant à la mère que je reviendrais avec du linge et ce que je pourrais trouver d’autre pour les aider. […]

Puis il y eut cet autre appel à notre petit poste de soins infirmiers. […] Cette fois, il s’agissait d’une cabane de bûcheron « quelque part, plus loin sur la piste ». Le chariot à bras n’aurait servi à rien, et les joyeux hommes de la section n’étaient pas disponibles pour m’aider à porter mon équipement; il faudrait faire le voyage seule, en raquettes, à travers bois. Je n’avais pas le temps de tergiverser, le message étant que tout le monde était malade. Jamais je n’oublierai ce voyage!

Le soir tombait et je sentais autour de moi le calme qui précède les tempêtes. Le cliquetis de mes raquettes déchirait l’air et je me retournais sans cesse pour voir si quelqu’un me suivait, même si des pas humains n’étaient pas ce que je redoutais le plus. Après moult chutes, car la neige était molle, sans aucun chemin tracé, et après qu’un dernier faux pas m’ait fait dévaler tête première dans la neige, je devinai enfin la cabane de bûcherons dans le lointain et j’entendis des voix humaines. À mon approche, deux hommes en train d’empiler du bois cessèrent leurs travaux et me regardèrent, ébahis. Ils me firent entrer dans la cabane où la mère malade et cinq jeunes enfants étaient soignés par le père, qui n’avait pas quitté ses vêtements depuis six jours et six nuits. […] Il y avait beaucoup à faire, et je parvins à donner quelques instructions pour des soins à domicile et quelques conseils de santé publique, et je fis une liste de ce dont les enfants avaient besoin. La tempête ayant commencé, j’acceptai avec plaisir l’invitation des bûcherons de repartir avec eux sur le chargement de bois. Nous prîmes des dispositions pour que je revienne.

– Elsie F. Roper, sœur-infirmière
Juillet 1925

Dans la campagne albertaine

Densément boisé, le District de Pendryl se situe à 100 miles au sud-ouest d’Edmonton. Les seuls endroits déboisés le sont pour des pistes, et le docteur et l’hôpital les plus proches sont à environ 70 miles de l’endroit où officie l’infirmière du district. Des centaines de familles, chassées des régions desséchées par une suite de mauvaises récoltes, défilent sans cesse devant la cabane en bois rond de l’infirmière. Certaines ont juste assez de biens dans ce monde pour ne pas mourir de faim, mais tout au fond d’une poche, soigneusement rangés, il y a les précieux dix dollars qui permettront de payer les frais d’enregistrement pour obtenir la parcelle de terrain sur laquelle ces familles prévoient de s’établir. Il arrive qu’une longue série de mauvais passages fassent de la vie une épreuve décourageante, et c’est dans cet environnement que le gouvernement provincial envoie une infirmière équipée de fournitures médicales de base. Cette femme a besoin de bien plus que de compétences professionnelles pour faire face à une telle situation : elle doit être enseignante, si elle veut pouvoir s’acquitter de la tâche qui lui est confiée. Il faut du courage pour surmonter les nombreux problèmes qui se présentent, mais les pionnières sont souvent des femmes si exemplaires que l’infirmière apprend beaucoup à leur contact. Quelques-unes de mes expériences relatées ci-dessous pourront intéresser mes lectrices; beaucoup de nos infirmières qui travaillent dans des régions isolées vivent des expériences similaires. […]

Il fait 30 degrés sous zéro, un blizzard fait rage et il y a un lac gelé à traverser. La piste laissée par l’homme venu chercher l’infirmière a été effacée. L’appel est arrivé à 11 heures du soir, et les 12 miles à parcourir ressemblent davantage à 50 miles. Dans la petite cabane, un septième bébé est attendu et, lorsque l’infirmière arrive, il semble sur le point de naître, mais au petit matin, les choses se sont calmées, bien que l’état de la mère semble grave. Comme il n’y a pas de téléphone ou de télégramme à moins de 12 miles de là, on envoie un bon cavalier demander au représentant du Chemin de fer Canadien Pacific d’envoyer sans tarder le chariot à bras chercher un médecin. Soit dit en passant, c’est l’une des façons les plus froides de circuler qui se puisse imaginer. Pendant des heures, la lutte pour sauver ces deux vies se poursuivra, et la lutte sera rude. […]

Nos semblables sont pour la plupart de braves gens, et face à la douleur et aux ennuis, ils sont animés d’un courage et d’une force d’âme qui sont une inspiration. Les parturientes constituent, et constitueront toujours, la plus grande partie du travail, et pour ces mères travailleuses et patientes luttant contre la pauvreté dans les conditions de vie qui sont celles des pionniers, l’infirmière de district est fière d’être un réconfort et de pouvoir rendre service. La pitié et le besoin nous rendent tous frères et sœurs. Comme le dit une infirmière : « J’ai circulé dans des traîneaux de charroi et sur des charrettes à foin, dans des wagons à grain et des luges de fortune, sur des sièges à ressorts et beaucoup d’autres sans; j’ai franchi des ponts ne tenant que par quelques planches et par la grâce de Dieu (principalement cette dernière), j’ai dévalé des pentes abruptes à faire dresser jusqu’au plus petit cheveu sur la tête, et maintenant, j’ai décidé que pour la sécurité de tous, je préférerais un aéroplane. »

– Amy L. Conroy, infirmière de district, Pendryl, Alberta
Mai 1935
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