Transfert des connaissances : innovations

Mars 2015   Commentaires

Infirmière canadienne a demandé à Maureen Dobbins et Véronique Boscart, infirmières en chef, de parler de leur rôle actuel en recherche sur le vieillissement et les soins aux personnes âgées et des manières novatrices de transmettre des données probantes aux fournisseurs de soins et au public.

Vieillissement optimal : le portail Web de McMaster

Maureen Dobbins, inf. aut., Ph.D., est directrice scientifique du Centre de collaboration nationale des méthodes et outils et professeure à la faculté de sciences infirmières de l’Université McMaster. Elle fait partie de l’équipe de direction du McMaster Optimal Aging Portal.

Lancé en octobre 2014, le portail permet aux citoyens, aidants naturels, cliniciens, professionnels en santé publique et responsables des politiques d’accéder directement à de l’information fondée sur des données probantes. Il regroupe de l’information provenant des trois meilleures bases de données de McMaster : McMaster Plus, Health Evidence et Health Systems Evidence, consacrées respectivement aux questions d’ordre clinique, aux questions de santé publique et à celles portant sur les systèmes de santé.

Qu’offre ce portail de particulier?

Comment vous renseignez-vous sur une maladie qu’on vient de diagnostiquer chez un proche? Citoyens et aidants naturels sont souvent frustrés parce qu’ils n’arrivent pas à s’y retrouver dans le système de soins de santé. Ils ne trouvent pas non plus d’information de qualité, destinée au grand public, sur le vieillissement et la santé.

Le portail est le seul guichet unique du genre au monde. On y trouve réunies les meilleures données probantes qui existent sur les personnes âgées et le vieillissement, dans un format accessible et facile à comprendre.

Les sujets sont choisis par un groupe consultatif national composé de professionnels des soins de santé, de cliniciens-chercheurs et d’universitaires, tous spécialistes du vieillissement. L’écriture et le style changent pour chacun des quatre types de contenu du portail :

  • Des sommaires de données, de 300 à 600 mots chacun, rédigés pour le grand public, mais d’un niveau assez avancé malgré tout;
  • Des billets de blogue préparés à partir des données présentées dans les sommaires et écrits pour un auditoire non spécialisé;
  • Des ressources notées sur le Web : Nous compilons des ressources sur la santé qui sont disponibles gratuitement en ligne et nous les évaluons selon une méthode que nous avons mise au point. La ressource s’appuie-t-elle sur des données probantes? Est-elle conviviale? Mentionne-t-elle qui a produit le contenu, quand et comment? Selon l’évaluation, nous attribuons des étoiles à la ressource, cinq étant le maximum possible;
  • Twitter : Nous cherchons tous les jours des reportages sur le vieillissement et la santé dans les médias et nous localisons les meilleures données de recherche sur ces sujets dans nos bases de données. Nous envoyons des gazouillis avec des liens vers ces données probantes.

Comment mesurez-vous la réussite?

Nous envisageons plusieurs façons de le faire, y compris le nombre d’utilisateurs inscrits au portail, ce qu’ils cherchent, combien de fois ils s’inscrivent pour des mises à jour et le nombre de personnes qui nous suivent sur Twitter. Nous essayons aussi de déterminer si l’accès à l’information influence les décisions des aidants et des patients. Notre objectif est d’arriver à une participation active des patients : des gens qui identifient un contenu et deviennent des promoteurs du portail.

Comment faites-vous connaître le portail?

Au début, nous avons annoncé le lancement du portail par l’entremise des journaux, d’associations nationales et du gouvernement fédéral, et la réponse a été excellente. Nous cherchons à présent à forger des partenariats avec divers groupes et organisations, entre autres des associations de personnes âgées, et à créer un second groupe consultatif composé de personnes âgées et d’aidants naturels.

Comment le portail est-il financé?

Le portail est un programme de la Labarge Optimal Aging Initiative. En 2012, Suzanne Labarge (maintenant chancelière de l’Université) a fait don de 10 millions de dollars à l’Université pour financer ce projet.

Le Schlegel-UW Research Institute for Aging

Véronique Boscart, inf. aut., M. Sc. inf., M.Ed., Ph.D., est titulaire de la Chaire de recherche industrielle dans les collèges IRSC Schlegel en soins pour les aînés au Collège Conestoga, à Kitchener (Ont.). Elle travaille aussi comme infirmière en gérontologie aux urgences d’un établissement de soins de longue durée.

Le Schlegel-University of Waterloo Research Institute for Aging (RIA) réunit des chercheurs de l’Université Waterloo et du Collège Conestoga, dont Mme Boscart et quatre autres titulaires de chaires de recherche et cinq directeurs de programmes, avec la participation des villages de retraite et de soins de longue durée Schlegel. Ces villages sont à la fois des laboratoires de recherche vivants et des salles de classe où des innovations sont conçues, mises à l’essai, puis diffusées. De par sa nature, le RIA intègre recherche et mise en application. Le Collège Conestoga est partenaire pour la formation et l’éducation.

Où le transfert des connaissances fait-il défaut?

En matière de soins aux personnes âgées, les données probantes et les pratiques exemplaires sont là, mais elles sont mal connues et on ne les utilise pas toujours, en particulier en soins de courte durée où la négligence et l’âgisme sont plus fréquents que dans les services de soins primaires ou en établissement. Je vois certaines approximations qui seraient impensables s’il s’agissait d’enfants.

Nous devons aussi mettre l’accent sur des stratégies d’éducation novatrices. La gérontologie est considérée comme un domaine on ne peut plus simple : pour certains, si on peut s’occuper des adultes, on peut s’occuper de personnes âgées. C’est faux. Les étudiants et les nouveaux diplômés n’apprennent pas toujours combien les soins aux aînés peuvent être complexes et comme il est important de pleinement comprendre ce qui arrive à leurs patients. La gérontologie n’est même pas enseignée dans certains programmes de premier cycle en sciences infirmières! Il faut plus de professeurs capables de passionner les étudiants pour la gérontologie et plus d’infirmières et d’infirmiers passionnés par ce domaine.

Mais j’ai aussi vu beaucoup de changements positifs ces dernières années. Les nouvelles technologies pédagogiques, comme la simulation et les patients standardisés, ajoutent une nouvelle dimension à l’apprentissage par l’expérience. De plus en plus, on voit des étudiants qui souhaitent travailler avec des personnes âgées, une fois diplômés. Les employeurs reconnaissent l’importance du personnel infirmier en gérontologie. Les postes existent.

Quels sont les avantages de ce modèle de partenariat?

C’est ce modèle qui m’a intéressée dans ce travail. Il ne s’arrête pas à la recherche, il tente aussi de combler les lacunes et de renforcer la capacité dans le milieu de pratique et chez la main-d’œuvre de demain. Il faut que les soins aux aînés s’améliorent, et ce modèle peut réellement changer la pratique.

Quand nos titulaires de chaires de recherche préparent leurs propositions, ils demandent à des équipes de soins de longue durée et de soins primaires, ainsi qu’à des personnes âgées et à des familles de participer aux premières discussions avec les professeurs en sciences infirmières du Collège Conestoga et ceux du programme de préposés aux services de soutien à la personne. À notre travail auprès des résidents en soins de longue durée souffrant d’insuffisance cardiaque ou de déclin fonctionnel, nous intégrons la formation d’une équipe de base en soins de longue durée aux pratiques exemplaires et au travail d’équipe. L’objectif est que ses membres puissent former leurs collègues en utilisant le matériel pédagogique interactif que nous avons élaboré ensemble. Les professeurs du collège se servent ensuite de ce matériel dans la formation des préposés aux services de soutien à la personne et les cours de sciences infirmières.

Rassembler personnes âgées, familles, étudiants, cliniciens et éducateurs ouvre des possibilités infinies d’avancement des connaissances et de dissémination des expériences. Ensemble, nous transformons la culture du vieillissement.

comments powered by Disqus