oct. 01, 2015
Par Carrie Willekes, inf. aut., B.Sc.inf., GNC(C), M.Sc.inf.

L’âgisme rencontré aux urgences

L’auteure est convaincue que le personnel infirmier urgentiste peut faire davantage pour lutter contre la discrimination que rencontrent beaucoup de personnes âgées

Récemment, un homme de 82 ans s’est présenté aux urgences où je travaille avec des douleurs thoraciques après avoir jardiné. Cet homme, qui vit de façon autonome dans la communauté, avec sa femme, s’était présenté pour des examens. Après le dîner, j’ai été choquée de le trouver portant une culotte absorbante. Il m’a expliqué qu’il s’était emmêlé dans les fils de l’électrocardiogramme et qu’il avait renversé son urinal dans le lit. Du coup, on lui avait demandé de porter cette culotte. Il a ajouté en plaisantant que plus il vieillissait, plus il devait laisser sa dignité à la porte quand il se présentait à l’hôpital. Puisqu’il ne portait pas de culotte absorbante chez lui, nous avons convenu qu’il devrait l’enlever.

J’ai compris ce qui s’était passé : quand les patients sont âgés, le personnel infirmier présume souvent qu’un lit mouillé est synonyme d’incontinence. Mais aux urgences, il faut prendre en compte le fonctionnement antérieur du patient et savoir faire la différence entre les processus physiologiques communs et anormaux du vieillissement. À mon avis, la situation de ce patient est attribuable à l’âgisme subtil si répandu dans certains services d’urgences.

Voici un autre exemple : il me revient souvent de rédiger un rapport quand des patients quittent les urgences pour être hospitalisés. Un jour, une femme de 70 ans avait demandé, alors qu’elle était encore aux urgences, que toute intervention nécessaire soit pratiquée, advenant l’aggravation de son état pendant qu’elle était à l’hôpital. J’ai transmis le message à l’infirmière à qui je la confiais, qui m’a répondu « pour tous les patients de plus de 65 ans, il devrait automatiquement y avoir une ordonnance de non-réanimation. »

Cette réponse était inacceptable, pour de nombreuses raisons. Le personnel infirmier devrait savoir que les symptômes des personnes âgées sont souvent épisodiques et temporaires. On ne peut pas être sûr que la maladie ou la faiblesse sont permanentes, quel que soit l’âge du patient. Dans la même veine, j’ai souvent entendu des collègues frustrés se plaindre de l’utilisation faite des urgences par les personnes âgées. Ils disaient par exemple « On devrait garder nos ressources pour les jeunes », ou ils demandaient pourquoi certains patients ne sont pas dans des maisons de soins de longue durée.

Les urgences ont toujours été un endroit où les patients pouvaient aller quand ils avaient besoin d’aide, quel que soit leur âge. Il arrive qu’une mauvaise hygiène de vie amène des jeunes aux urgences, et pourtant, nous les traitons dignement et patiemment. Pourquoi des personnes âgées, qu’elles aient mené une vie saine ou non, n’auraient-elles pas droit aux mêmes soins? J’entends des gens bougonner que leur utilisation des services d’urgence témoigne de « l’échec du système de soins de santé », comme si le système était distinct à l’extérieur des portes des urgences. Les urgences font partie du système, et les personnes âgées sont en droit de les utiliser.

J’ai eu la bonne fortune, enfant, d’être très proche de mes grands-parents. Je passais régulièrement du temps avec leurs amis, ce qui a accru mon niveau de confort en compagnie de personnes âgées en général. Jeune diplômée, j’ai eu la chance d’avoir une mentor et modèle formidable en soins cliniques. Les soins aux personnes âgées la passionnaient, et elle a placé la barre très haut pour moi.

J’encourage les autres infirmières et infirmiers des urgences à relever le pari, enrichissant, de travailler avec des personnes âgées. Nous pouvons être des chefs de file dans la lutte pour éradiquer l’âgisme dans nos milieux de travail, qui sont souvent le point d’entrée pour les soins.

Carrie Willekes, inf. aut., B.Sc.inf., GNC(C), M.Sc.inf., travaille aux urgences d’un grand hôpital urbain à Nanaimo (C.-B.)

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