oct. 01, 2015
Par Heather Culbert

Les médicaments ne devraient pas être un luxe, nulle part dans le monde

Au Canada, nous nous attendons à ce que nos médicaments soient abordables, et les prix accessibles sont en grande partie possibles grâce aux médicaments génériques de qualité. La mise en marché de ces copies de médicaments de marque est autorisée à l’expiration du brevet des produits originaux. Malheureusement, l’accès à des médicaments génériques abordables est sans cesse contesté.

Au fil des ans, les grands laboratoires pharmaceutiques ont réussi à interdire la vente de versions bon marché dans de nombreux pays. Leurs actionnaires y ont gagné, mais pas forcément les gens qui ont besoin de traitement. Or pour de nombreux patients, ce peut être une question de vie ou de mort.

En 2004, je travaillais avec Médecins Sans Frontières (MSF) en République démocratique du Congo, où j’aidais à soigner des personnes séropositives. Des versions génériques de médicaments pour le VIH étaient vendues à une toute petite fraction du prix des médicaments de marque, mais en raison d’accords commerciaux, l’Afrique et les autres marchés pauvres n’y avaient pas accès. Mes patients mouraient et leurs familles étaient déchirées. Ce n’est qu’après un combat concerté de divers activistes que des versions génériques de ces médicaments ont été autorisées dans les pays qui en avaient le plus besoin.

La transition qui a suivi a été incroyable. Après avoir commencé les traitements, les patients ont retrouvé leur santé, leurs moyens de subsistance et leur avenir.

Pour d’autres médicaments qui permettent de sauver des vies, les résultats n’ont pas été aussi positifs. Les lois sur la propriété intellectuelle et les accords commerciaux reposant sur le principe de la carotte et du bâton empêchent l’accès légal à des versions abordables de nombreux médicaments. Les laboratoires pharmaceutiques se soucient moins de leurs ventes en Afrique, celles-ci représentant une infime partie de leurs ventes mondiales, que de protéger leurs droits de brevet sur les marchés lucratifs de l’Amérique du Nord et de l’Europe.

Depuis 1999, avec sa Campagne d’accès aux médicaments essentiels, MSF cherche à rendre les médicaments abordables accessibles à ceux qui en ont le plus besoin. Cet objectif est maintenant menacé par l’accord de Partenariat transpacifique (PTP), un vaste accord de libre-échange que sont en train de négocier les gouvernements du Canada, des États-Unis et de dix autres pays. Les discussions ont lieu en secret, mais selon des documents ayant fait l’objet d’une fuite, l’accord proposé augmentera grandement la portée des droits de propriété intellectuelle pour les laboratoires pharmaceutiques. Il deviendra encore plus difficile de mettre sur le marché des médicaments génériques.

Au Canada, MSF est intervenu pour faire comprendre aux négociateurs que l’accord envisagé actuellement est mauvais. Les soins de santé deviendront plus chers au Canada lorsque les médicaments génériques bon marché disparaîtront, et l’aide au développement que nous envoyons à l’étranger pour financer des programmes de santé n’ira pas aussi loin ou aidera moins de gens.

Les négociations du PTP ont atteint une impasse fin juillet, mais je pense que ce sursis est temporaire. Pendant qu’il est encore temps, je vous invite à consulter notre site Web et à signer la pétition en ligne contre les dispositions du PTP qui réduisent l’accès aux médicaments. En tant que fournisseurs de soins de santé, nous devons nous soucier de l’équité en matière de santé; nos patients ne devraient pas mourir parce que leurs médicaments sont trop chers.

Heather Culbert, médecin, est présidente de Médecins Sans Frontières (MSF) Canada.

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