Accueillir l’avenir à bras ouverts

Avril 2016   Commentaires

Technologie, démographie et nouveaux modèles de soins
20 et 22 juin, atelier précédant le congrès

Tim Porter-O’Grady
Nik Nanos

Deux experts se penchent sur l’avenir des soins de santé, l’évolution des attentes des patients et ce que nous pouvons faire pour nous adapter et montrer la voie.

Quand Tim Porter-O’Grady travaille comme bénévole dans une clinique du centre-ville, son cellulaire est essentiel. Il s’en sert pour prendre la tension et le pouls des patients, vérifier leur fréquence cardiaque et enregistrer ces données dans des dossiers médicaux électroniques.

Les appareils numériques portatifs sont en train de révolutionner les soins de santé, affirme M. Porter-O’Grady, professeur agrégé à l’Université de l’Arizona et associé principal dans un cabinet de consultants qui s’intéresse aux soins de santé dans le monde. Il est aussi infirmier clinicien spécialisé en soins des plaies et en gérontologie.

Il exhorte le personnel infirmier à prendre sa place à la tête de cette révolution et recommande un nouveau modèle de soins mobile et souple, qui utilise la technologie pour contacter les patients dans leurs communautés plutôt que dans des établissements de santé.

« Avec toutes les transformations actuelles et avec la maturité grandissante de la profession infirmière, notre heure est venue, avance M. Porter-O’Grady. Il faut se demander si nous avons le langage, le courage pour cela, et la volonté politique et les compétences stratégiques nécessaires pour diriger la transition actuelle provoquée par la convergence des forces sociales, technologiques et économiques. »

M. Porter-O’Grady explorera ce sujet dans son discours d’ouverture du congrès biennal de l’AIIC, qui aura lieu du 20 au 22 juin à Saint John (N.-B.).

Dans l’exposé qu’il présentera au congrès, Nik Nanos, spécialiste des sondages et président-directeur général de Nanos Research, examinera l’avenir des soins infirmiers d’un autre point de vue. Il se penchera sur les changements dans la population canadienne, les tendances qui se dessinent et les façons dont le système de santé pourrait s’adapter.

« Quand je pense aux forces qui façonnent notre avenir, je pense aux forces démographiques, mais aussi aux changements sociétaux dans la relation entre les patients et les fournisseurs de soins de santé, explique M. Nanos. Ils sont particulièrement déterminants pour le personnel infirmier, qui est, pour ainsi dire, la première ligne des soins de santé au Canada. »

D’après Statistique Canada, les personnes de 65 ans et plus représentent 15 % de la population; en 2036, cette proportion atteindra les 25 %. Cette génération de personnes âgées douées pour la technologie – sans compter leurs enfants adultes – exigera des changements dans la façon dont les soins de santé sont offerts, estime M. Nanos. Ils voudront accéder à leur dossier médical en ligne, comme ils accèdent à leurs comptes bancaires, ou localiser une ambulance sur leur téléphone, comme ils localisent un chauffeur Uber.

« Je vais dire quelque chose qui va sans doute contrarier des gens, mais les soins hospitaliers suivent le même modèle que les usines : on entre par une porte et ressort par une autre », illustre-t-il.

« Je pense que les gens s’attendront à un plus vaste éventail d’options. Quand ils vont en vacances, ils descendent parfois dans un hôtel, et d’autres fois ils vont chez quelqu’un, et ils peuvent se connecter en ligne pour obtenir ce qu’ils cherchent. Ils voudront que leurs rapports avec le système de soins de santé soient semblables : quelque chose de totalement transparent, réactif et mobile, une expérience plus satisfaisante. »

La génération des baby-boomers ne vieillira pas comme ses parents. On vivra plus longtemps, on restera actifs et on voudra rester chez soi plutôt que déménager dans des établissements, croit M. Porter-O’Grady. Au lieu de conserver le modèle de soins actuels (des patients qui attendent d’avoir des problèmes médicaux graves pour aller à l’hôpital ou à la clinique), le système de santé devra s’adapter en utilisant des technologies numériques portatives pour se connecter avec les patients pendant qu’ils se livrent à leurs activités quotidiennes. Ces technologies permettront au personnel infirmier de rester en contact avec un plus grand nombre de patients et d’intervenir quand des problèmes de santé apparaissent, au lieu d’attendre que les patients soient en crise.

« Des appareils mobiles peuvent compter nos pas et surveiller notre pouls et autres indicateurs de santé. L’intégration de ces méthodes au système de santé, de façon rentable, est vraiment ce à quoi on peut s’attendre, affirme M. Nanos. Les infirmières et infirmiers de demain pourraient bien envoyer des textos à leurs patients ou clavarder avec eux pour vérifier comment ils vont : “Vous avez passé une bonne matinée? Avez-vous déjeuné? Votre glycémie n’est pas parfaite, à ce que je vois.” »

Ce modèle de soins de santé communautaire fondé sur la prévention convient parfaitement au personnel infirmer du fait de sa formation et de la philosophie qui guide sa pratique, fait valoir M. Porter-O’Grady.

Mais il y a des obstacles au changement. Actuellement, près des trois quarts des infirmières et infirmiers canadiens travaillent dans des hôpitaux ou dans des maisons de soins infirmiers ou des établissements de soins de longue durée. De plus, selon un sondage réalisé au Canada par Nanos Research en 2014, 40 % des répondants pensaient qu’au sein du réseau de la santé, on était « faiblement » ou « très faiblement » disposé à changer.

Comme beaucoup d’infirmières et d’infirmiers travaillent en établissement, ils résisteront peut-être aux changements qui viennent. Ils devraient pourtant en être les plus ardents défenseurs, assure M. Porter-O’Grady, car l’abandon du modèle actuel, centré sur les hôpitaux, entraînera une réduction des coûts, une amélioration des résultats pour les patients et un rôle professionnel considérablement élargi pour le personnel infirmier.

« Nous avons beaucoup plus à offrir que ce que permet la structure actuelle du système de santé, poursuit-il. La technologie est ce qui nous donne la liberté nécessaire pour exercer pleinement notre profession, telle que nous la voyons dans l’idéal, au lieu de n’être que des fonctionnaires dans un système beaucoup plus limité. »

Le public a un grand respect pour les infirmières et les infirmiers, conclut M. Nanos, et ils seront encore plus appréciés si les patients les voient comme des défenseurs du type de changement qui permettra au système de mieux répondre à leurs besoins.

Kate Jaimet

Kate Jaimet est journaliste indépendante à Ottawa.

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