mai 06,2016
Par Samantha Blackburn, B.Sc.inf., inf. aut.

Mener la carrière que l’on veut

Le message de Samantha Blackburn à la relève : écoutez votre cœur, prenez des risques et croyez en votre capacité d’adaptation

« Et vous, que faites-vous dans la vie? » C’est souvent ce que demandent les gens qui se rencontrent pour la première fois. Pas facile de répondre de manière satisfaisante en un ou deux mots, que l’on soit enseignante, vendeur, parent au foyer, maquilleur ou entraîneuse personnelle. Ces quelques mots semblent toujours insuffisants pour exprimer notre vision de nous-mêmes.

« Je suis infirmière autorisée. »

Ce que je dis ne semble pas correspondre à ce que je fais en réalité. Dans mon esprit, je suis capable de faire tant de choses, et j’espère que cela se voit concrètement au travail.

Mon parcours m’a emmenée dans des endroits inimaginables. Vous pensez sans doute que je suis beaucoup trop jeune et inexpérimentée pour une déclaration aussi osée. Mais voici mon histoire. En avril 2012, j’ai décroché mon baccalauréat en sciences infirmières à l’université McMaster. Six jours après avoir obtenu mon titre d’infirmière autorisée, j’ai été embauchée comme infirmière de salle d’opération et assistante en anesthésie. En moins d’un an, je suis devenue infirmière en chef et directrice du bureau où je travaillais. Je gère maintenant le personnel infirmier de trois cabinets de médecins de famille et j’assure la liaison avec le reste du personnel clinique. Je suis par ailleurs auteure d’un livre de cuisine publié, instructrice de RCR pour la Croix-Rouge et agente de liaison pour l’Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario. Bref, je suis une touche-à-tout.

Je m’efforce de ne pas laisser ma réussite professionnelle me monter à la tête. Mais plusieurs organisations m’ont invitée à parler de mon parcours, dont l’Université Western. Il semble donc que je m’y prends bien, ou tout au moins différemment des autres.

Il m’est arrivé de penser que je manquais d’expérience pour ce que j’entreprenais, mais je me rends compte maintenant qu’il suffit d’être prêt à écouter son cœur, de prendre des risques et de croire en son adaptabilité. Pour citer Alice Walker, l’auteure de La couleur pourpre, « Le plus souvent, quand les gens renoncent à leur pouvoir, c’est qu’ils croient ne pas en avoir. »

Quand j’ai commencé mes études d’infirmière, j’ai détesté ça. Pour être honnête, plus j’avançais, plus je détestais ça. Pour moi, c’était comme purger une peine. Mais si c’était à refaire, je le referais sans aucune hésitation, car c’est ce qui m’a amenée où je suis maintenant. À l’université, je n’ai jamais pu me conformer au profil de l’étudiante typique en sciences infirmières. Je remettais sans cesse en question le système de soins, les causes sous-jacentes des maladies chroniques dans l’ensemble de la population et l’adoption tardive des progrès technologiques en milieu clinique. Tout au long de mes études, mes camarades de classe étaient plus concentrés sur des tâches précises : comment mesurer la glycémie, changer un pansement ou faire une piqûre. Mon obsession pour les systèmes, les théories et la technologie laissait mes professeurs perplexes. L’un d’eux m’a même dit : « Ce n’est pas le bon programme pour toi. Les affaires, l’informatique médicale ou la nutrition te conviendraient mieux ». Quand j’ai fini mes études, j’étais donc plutôt désabusée en pensant à la direction que pourrait prendre ma carrière d’infirmière. Découragée aussi. Et puis je me suis souvenue de cette citation sur le pouvoir.

J’ai pris mes frustrations et je m’en suis servie pour me motiver. Au lieu de travailler dans un hôpital ou de me concentrer sur la gestion thérapeutique, j’ai contribué à la promotion de la santé en écrivant un livre de recettes végétaliennes et sans gluten et j’ai lancé un site Web qui m’a permis de participer à des discussions asynchrones sur la santé. De plus, j’ai pris ma passion pour l’élaboration de systèmes et de cadres et l’amélioration de la prestation des soins de santé, et je m’en suis servie dans les cliniques où j’ai travaillé. J’ai intégré la technologie en mettant au point des systèmes où les patients se servent d’iPad pour remplir des formulaires, ce qui soulage les réceptionnistes, qui n’ont pas à transcrire l’information. Et j’ai utilisé les médias sociaux pour la formation et le marketing. Qui aurait imaginé qu’on pouvait être payé pour utiliser Facebook, Twitter et Instagram? Dans mon poste actuel, je m’occupe surtout d’élaboration de politiques. J’organise des systèmes et j’écris des politiques et procédures qui répondent aux besoins des patients et des employés. Donc, à un moment donné, mon parcours de carrière a recoupé mes passions, et je fais exactement ce que j’ai toujours voulu faire.

Rétrospectivement, je crois qu’avant même de commencer ma carrière, je m’y sentais piégée. Mais je me la suis appropriée, et je n’en changerais pas pour tout l’or du monde. Je ne cesse de me réjouir des choix que j’ai faits et des portes qu’ils m’ont ouvertes. Le secret de la réussite est de réfléchir à ce que l’on aime et à ce que des gens sont prêts à rémunérer, et de trouver un endroit où les deux se recoupent. Il faut simplement commencer quelque part. Pensez à ce que vous aimez le plus au travail et, à partir de là, construisez votre carrière. Ce n’est pas avec des intentions que l’on se forge une réputation : prenez des risques, osez rêver, écoutez votre cœur. Ainsi, quand on vous demandera ce que vous faites dans la vie, vous pourrez répondre « Exactement ce que j’ai toujours rêvé de faire ».

Samantha Blackburn, B.Sc.inf., inf. aut., monitrice de secourisme, est directrice clinique et agente de la protection de la vie privée pour la Franklin Family Health Organization, à Cambridge (Ont.).

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