mars 01, 2016
Par R. Lisa Bourque Bearskin, Ph.D., inf. aut.

Dans l’optique de la vérité et de la réconciliation : prochaines étapes

Selon la présidente de l’AIIAC, l’heure est venue pour l’ensemble de la population canadienne de reconnaître les droits inhérents des peuples autochtones au pays.

Les rapports sont publiés, les recommandations ont été faites. Au nom des membres de l’Association des infirmières et infirmiers autochtones du Canada (AIIAC), j’exprime notre sincère gratitude aux commissaires pour l’esprit et la force dont ils ont fait preuve en accomplissant le travail extrêmement important de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Si l’on veut que le Canada prospère au 21e siècle, il faut continuer à travailler sur le traumatisme intergénérationnel causé par le système des pensionnats, au moyen du processus de réconciliation entre les Autochtones et les non-autochtones.

Notre organisation souscrit aux propos du juge Murray Sinclair sur ce sombre chapitre, qui n’était « rien de moins qu’un génocide culturel ». Le Canada dans sa totalité doit comprendre les effets dévastateurs de l’héritage des pensionnats sur les personnes, les familles et les communautés et son vaste impact sur l’élaboration des politiques.

Cette compréhension est fondamentale pour concrétiser la vision selon laquelle chaque enfant compte. Les membres de l’AIIAC continueront de promouvoir cette vision que chaque client, chaque patient compte en soins de santé.

La sagesse du personnel infirmier autochtone de l’AIIAC nous enseigne que tous les Canadiens et Canadiennes — et tous les infirmiers et infirmières — peuvent entretenir des relations personnelles, publiques, professionnelles et politiques authentiques, réciproques et significatives s’ils prennent la peine d’écouter, de savoir, d’être et de faire.

Écoutez les gens, entendez leur souffrance et reconnaissez vos préjugés. Soyez conscients de l’incidence de ces préjugés dans votre pratique quotidienne, de leur influence sur vos perceptions et vos façons d’agir. Soyez présents; aidez les gens à exprimer leur identité individuelle et contribuez à leur autonomie en les laissant parler leur langue, raconter leurs histoires et diriger leurs soins. Enfin, faites tout votre possible pour que la réconciliation se poursuive.

Pour citer l’un des commissaires, le chef Wilton Littlechild, « l’éducation nous a mis dans cette situation, c’est elle qui nous en sortira ». En tant qu’infirmières et infirmiers, nous avons l’obligation morale de comprendre l’impact des identités imposées par la loi et l’influence de la colonisation sur le bien-être général des gens des Premières Nations, des Inuits et des Métis. L’AIIAC accepte avec reconnaissance l’aide nécessaire de ses alliés infirmières et infirmiers non autochtones pour ce travail important.

Familiarisez-vous avec la Déclaration des Nations-Unies sur les droits des peuples autochtones, et appuyez-vous sur elle pour orienter votre travail en matière d’élaboration de politiques. N’oubliez jamais que les politiques ne sont pas faites pour être statiques. Écoutez ceux qui savent ce qui ne marche pas dans le système et soyez prêts à promouvoir la justice sociale en fondant vos décisions sur la déclaration des Nations-Unies. Soyez prêts à réfléchir à la raison d’être de chaque politique : améliorera-t-elle l’accès aux soins de santé ou y fera-t-elle obstacle? Défendez le droit des Autochtones à la santé et appuyez les initiatives pour revoir le système de santé et améliorer la qualité des soins infirmiers. Insistez pour que les écoles de sciences infirmières répondent à l’appel à l’action et rendent obligatoires des cours sur les questions de santé concernant les Autochtones, ainsi que sur leurs enseignements et leurs pratiques.

L’AIIAC est convaincue que les peuples autochtones ont les réponses et qu’il est essentiel de remettre la santé autochtone entre leurs mains. En 2016, l’heure est venue de défendre les droits des peuples autochtones au Canada. Alors que j’écris cet article, l’AIIAC se prépare à fêter son 40e anniversaire. Nous nous réunirons à Montréal pour rendre hommage à nos membres fondatrices et saluer les nombreuses contributions qu’elles et tant d’autres ont apportées dans le domaine de l’enseignement et de la pratique des soins infirmiers autochtones, ainsi que dans les recherches et l’élaboration de politiques connexes pour les Premières Nations, les Inuits et les Métis du Canada.

R. Lisa Bourque Bearskin, Ph.D., inf. aut., est présidente de l’Association des infirmières et infirmiers autochtones du Canada.

comments powered by Disqus
https://infirmiere-canadienne.com/fr/articles/issues/2016/mars-2016/dans-loptique-de-la-verite-et-de-la-reconciliation-prochaines-etapes