Le savoir, le faire et l’être : fondements des soins infirmiers

Mars 2016   Commentaires

Petit rappel que l’idée qui manque le plus souvent dans les discussions sur la pratique des soins infirmiers, c’est qu’il s’agit d’un art

Quand on parcourt la liste de caractéristiques nécessaires pour qu’une infirmière ou un infirmier soit remarquable et pour que l’expérience des personnes qui reçoivent les soins le soit aussi, on redécouvre que les soins infirmiers sont à la fois une science et un art.

La science des soins infirmiers relève de ce qui est fait et du comment; l’art relève du par qui c’est fait et du pourquoi. Étant donné la complexité et les nuances de ces quatre éléments, il est inquiétant qu’une si grande part de la discussion sur la pratique infirmière porte principalement sur la science : les interventions du personnel infirmier et la façon dont il doit s’y prendre, le morcellement de chaque tâche en étapes et la formation du personnel pour accomplir chacune adéquatement. On commence à mettre l’accent sur la science des soins infirmiers au collège ou à l’université, puis on continue au travail, et à la fin, on la place sur un piédestal, avec des protocoles, des évaluations et des mesures. Voilà une vue étroite des choses qui, dans le meilleur des cas, ne tient compte que de la moitié de la réalité.

Pour le personnel infirmier, se concentrer sur la science des soins infirmiers peut mener à des services impersonnels (même lorsque la technique est impeccable) et à une réduction des patients à leurs problèmes de santé (par exemple, parler d’une patiente en l’appelant une douleur abdominale ou une maternité). Dans les établissements, les indicateurs structuraux et systémiques globaux, comme la dotation, l’absentéisme, les admissions, les congés et le transfert des soins, reflètent cette préoccupation. On s’appuie dans le système de santé sur des critères de rendement pour rassurer la direction que tout se déroule comme il faut et que le personnel est à jour. Nous connaissons tous les indicateurs de qualité pour les soins infirmiers, comme les infections associées aux soins de santé, les plaies de pression, les chutes, les erreurs dans l’administration des médicaments et les plaintes de patients. Les mesures quantifiables sont utiles et importantes, mais aussi excessivement séduisantes, et nous ferions bien de nous souvenir de l’adage selon lequel ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément.

Dans le domaine des soins infirmiers, la science a éclipsé l’art. Pour certains membres de la profession, l’absence de certains éléments se fait sentir lorsque leurs identités professionnelle et personnelle convergent et lorsqu’ils cessent peu à peu de comprendre pourquoi ils ont choisi cette profession. Le qui et le pourquoi des soins infirmiers sont profondément personnels et subjectifs. Il s’agit d’une quête pour mieux se connaître qui vient de l’intérieur et qui dépasse l’acquisition de connaissances et de compétences pour des raisons externes. Cette quête nécessite une introspection approfondie pour parvenir à comprendre la raison pour laquelle on fait ce que l’on fait et le rôle central de la pratique dans l’idée que l’on se fait de soi.

Dans le milieu de la formation et au sein des organismes de réglementation, la tendance est à la normalisation de l’acquisition des connaissances et des compétences en sciences infirmières. On ne réfléchit pas assez aux façons d’aider le personnel infirmier à donner un sens à la profession et au milieu de travail. Ainsi, beaucoup de ceux qui ont embrassé la profession guidés par leur cœur perdent un jour le cœur à l’ouvrage dans leurs milieux de travail perturbés, prenants, voire toxiques.

En matière de pratique infirmière, il n’est pas facile d’allier l’art à la science de façon durable. Il faut énormément de force et de courage et un sens de soi bien clair pour être infirmière ou infirmier; cela ne suffira jamais de savoir quoi faire et comment le faire. Si vous avez le sentiment de ne plus donner le meilleur de vous-même au travail, de faire preuve de laisser-aller ou de trouver votre travail moins important qu’avant, une mission vous attend : trouver une façon de vous reconnecter avec les quatre éléments des soins infirmiers et de retrouver votre passion pour cette activité humaine, l’une des plus importantes qui soient.

Claudia Steinke, inf. aut., M.Sc., Ph.D.

Claudia Steinke, inf. aut., M.Sc., Ph.D., est professeure agrégée aux facultés de sciences humaines et de gestion de l’Université de Lethbridge. Elle continue d’exercer en soins infirmiers d’urgence.

A. R. Elangovan, Ph.D.

A. R. Elangovan, Ph.D., est professeur et directeur des programmes internationaux à la Gustavson School of Business, Université de Victoria.

comments powered by Disqus