mars 01, 2016
Par Leah Geller

Promouvoir la santé physique, émotionnelle et spirituelle

Sœur Arleen Brawley a été décorée de l’Ordre du Nouveau-Brunswick pour son leadership dans l’aide aux femmes qui luttent pour s’affranchir de la toxicomanie

Lorsqu’elle était enfant, à Saint John (N.-B.), Arleen Brawley se demandait pourquoi son père et son grand-frère ne pouvaient arrêter de boire. « Je voulais les aider, mais je ne comprenais pas avec quoi ils étaient aux prises. »

Dans les années 1960, Mme Brawley était infirmière de chevet à l’unité de soins médicaux chirurgicaux de l’Hôpital St. Joseph. « Je voyais arriver aux urgences des patients ivres et blessés, mais la formation que recevait le personnel infirmier sur l’alcoolisme comme maladie était minime, raconte-t-elle. Plus tard, quand j’étais infirmière paroissiale, j’ai rencontré des familles déchirées par l’alcool et vu des femmes faisant du racolage dans la rue; j’ai compris qu’elles étaient toxicomanes. J’ai toujours été curieuse : pourquoi ces gens ne pouvaient-ils pas arrêter? »

En 2006, elle a voulu comprendre. Elle est partie au Minnesota faire une maîtrise en counseling en matière de toxicomanie à la Hazelden Betty Ford Graduate School of Addiction.

« J’ai appris qu’il fallait des traitements différents pour les hommes et les femmes parce qu’ils n’ont pas les mêmes besoins, croyances et sentiments », explique-t-elle. Dans le cadre de ses recherches pour un article important sur les modalités de traitement, elle a appris que les traitements ambulatoires, lorsqu’ils sont bien exécutés, peuvent être aussi efficaces que les traitements de longue durée en établissement. Ce nouveau savoir lui a donné une idée.

Membre de la congrégation des Sœurs de la Charité de l’Immaculée-Conception, Mme Brawley est revenue à Saint John et a proposé à son amie, sœur Mary Beth McCurdy, de créer un centre de traitement ambulatoire pour les femmes. « À l’époque, il n’y avait vraiment rien pour les femmes toxicomanes dans les Maritimes. Elles avaient besoin d’un refuge où aller pour guérir. »

En 2008, financées pour la première année par leur congrégation, les deux religieuses ont ouvert le Sophia Recovery Centre au premier étage d’une maison du centre-ville. Mme Brawley en a été la première directrice générale.

Aujourd’hui, les clientes de l’organisation sans but lucratif viennent de tous les milieux, et leur nombre ne cesse d’augmenter; il peut en arriver jusqu’à 15 par jour. Le personnel et les bénévoles, relevant également de dépendances, sont toutes des femmes. Counseling, méditation et yoga sont proposés en plus d’un programme dérivé des 12 étapes d’Alcooliques anonymes. « Beaucoup de clientes ont vécu des traumatismes ou des violences, explique Mme Brawley. Elles ont besoin de travailler sur ces questions pendant leur traitement. »

« Au centre, nos clientes vont et viennent à leur guise et peuvent parler aux autres clientes », ajoute-t-elle. Beaucoup d’entre elles amènent leurs enfants, et elle est ravie quand on lui demande de tenir un bébé. La moitié, environ, retrouve ensuite une vie saine, sans consommation.

Deux vocations
Mme Brawley a fait ses études à l’école de sciences infirmières de l’Hôpital St. Joseph. Dans les années 1970, après avoir obtenu son baccalauréat de sciences infirmières à l’Université d’Ottawa, elle et une amie ont acheté des cartes Eurail et voyagé en Europe pour 5 $ par jour.

À son retour à l’hôpital, elle a occupé des postes de direction, devenant finalement directrice adjointe des soins infirmiers. C’est à la même époque qu’elle est entrée chez les Sœurs de la Charité, une congrégation catholique. « J’avais le sentiment d’être à la recherche de quelque chose qui me manquait. Je n’avais pas vraiment l’intention d’y rester, mais Dieu s’est emparé de moi et m’a dit que là était ma place. »

Sa vie et sa carrière ont suivi un cours nouveau, alors qu’elle combinait ses deux vocations. Elle est allée étudier la théologie et recevoir une éducation pastorale en Alberta, et y a travaillé comme infirmière paroissiale avant d’aider des jeunes femmes se préparant à prononcer leurs vœux et à vivre en communauté. En 1996, de retour dans sa ville, elle a prodigué des soins de santé pastoraux, « apportant un soutien émotionnel et spirituel » aux patients de sa paroisse, avant de décider de faire une formation de counseling en toxicomanie.

Mme Brawley vit en communauté avec 16 autres religieuses. Leur vie et leurs activités quotidiennes sont régies par les priorités fixées par la congrégation, ainsi que par leurs vœux de chasteté, pauvreté et obéissance.

« Les choix que j’ai faits me conviennent tous, affirme-t-elle. L’un des aspects de notre engagement religieux est l’aide aux pauvres et à ceux qui ont besoin de guérir. »

Bien que des responsabilités accrues au sein de l’équipe de direction des Sœurs de la Charité l’éloignent quelque peu du Sophia Recovery Centre, récemment, elle continue d’apporter ses conseils et d’offrir des services de counseling.

« Le Centre est l’une des choses les plus gratifiantes que j’ai faites, estime-t-elle. Assister à ces transformations — voir comment une femme arrive à ne plus consommer, à surmonter la honte, à apprendre à s’aimer et à vivre différemment sa vie —, c’est un rêve qui se réalise pour moi. »


10 questions avec sœur Arleen Brawley

Quel mot vous décrit le mieux?
Bienveillante

Si vous pouviez changer une seule chose vous concernant, qu’est-ce que ce serait?
Je travaillerais moins et je m’amuserais plus.

De tout ce que vous avez accompli, de quoi êtes-vous la plus fière?
D’avoir obtenu ma maîtrise en counseling en matière de toxicomanie à l’âge de 65 ans et qu’on m’ait demandé de faire un discours à la remise de nos diplômes!

Quelle est la chose que les gens seraient surpris d’apprendre à votre sujet?
Je suis une supporter fidèle des Oilers d’Edmonton.

« Si j’avais plus de temps à ma disposition, je… » 
... voyagerais (si j’avais de l’argent)

Où avez-vous passé vos dernières vacances?
St. Andrews (N.-B.)

Quel est l’endroit du monde que vous aimeriez le plus visiter? 
La grotte de Lourdes en France

Quel est votre plus grand regret?
De ne pas avoir appris le piano. Ma mère était pianiste.

Quel est le dernier livre captivant que vous avez lu?
All the Light We Cannot See d’Anthony Doerr

Quel est le meilleur conseil de carrière qu’on vous ait donné? 
Si tu y mets tout ton cœur et toute ta volonté, tu peux tout faire.

Leah Geller est journaliste indépendante (santé et sciences) à Ottawa.

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