Crise du financement des soins de longue durée au Canada

Octobre 2016   Commentaires

Environ trois quarts des Canadiens admettent ne pas avoir de plan pour financer leurs soins de longue durée

Avant de résoudre un problème, il faut d’abord reconnaître son existence. Malheureusement, la majorité des Canadiens ne se rendent pas compte qu’ils devront financer personnellement une portion importante de leurs soins de longue durée (SLD). Cette ignorance complique la réforme massive et prompte qui s’impose.

Environ trois quarts des Canadiens (74 %) admettent ne pas avoir de plan pour financer leurs SLD, selon un sondage réalisé par Léger marketing pour l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP). De plus, 55 % des Canadiens croient à tort qu’au moins la moitié de ces dépenses est couverte par des programmes gouvernementaux, ce qui est tout aussi troublant.

Étant donné la manière dont les SLD sont réellement financés au Canada, ces chiffres sont inquiétants. Pour mettre en contexte l’ampleur du problème, l’ACCAP estime que le financement des SLD dont la génération du baby-boom aura besoin jusqu’en 2050, alors qu’elle vivra sa vieillesse, coûtera au bas mot 1 200 milliards de dollars. Elle estime en outre que les programmes gouvernementaux actuels ne couvriront qu’une moitié de cette somme environ. Le Canada doit de toute urgence trouver des solutions pour remédier au manque à gagner de 600 milliards de dollars qui attend la population. Il faut prendre des mesures dès maintenant pour éviter que la situation n’empire.

La majorité des provinces sont déjà en situation de déficit majeur, et la viabilité des programmes qu’elles offrent actuellement à la population est mise en doute. De ce fait, ces gouvernements n’auront guère la capacité d’accroître le financement destiné aux SLD. S’il est improbable que la solution passe par eux seuls, l’ACCAP est cependant d’avis que ces gouvernements peuvent faire mieux pour rendre le système plus efficace et pour amener les Canadiens à prendre les mesures nécessaires pour se préparer.

Les gouvernements doivent par exemple mieux s’assurer que les soins sont offerts où il faut. Tout d’abord, ils doivent véritablement commencer à faire la transition des hôpitaux à des établissements de SLD ou aux soins à domicile. L’ACCAP estime que si les patients actuellement hospitalisés en attendant un lit de SLD étaient transférés dans un établissement de SLD et si, en parallèle, un soutien adéquat était fourni pour que le nombre de Canadiens recevant des soins à domicile augmente considérablement, les gouvernements économiseraient 140 milliards de dollars pendant la vieillesse de la génération du baby-boom. Ce type de réforme permettrait d’importantes économies et l’argent pourrait être réinvesti dans d’autres programmes de SLD, en plus de tenir compte du fait que la vaste majorité des Canadiens préfèrent vieillir chez eux si possible. Le sondage de l’ACCAP montre d’ailleurs que 77 % préféreraient recevoir des soins à domicile.

Pour inciter les Canadiens à assumer la responsabilité de leurs éventuels frais de SLD, l’ACCAP recommande la mise en place d’un crédit d’impôt fédéral non remboursable de 15 % (et de l’équivalent au niveau provincial) sur les primes d’assurance SLD admissibles. Cette mesure aiderait les Canadiens à se préparer financièrement et enverrait un message fort sur le fait qu’ils devront assumer la responsabilité financière de ces frais.

Il est urgent que nous aidions la population à comprendre qu’elle devra financer ses soins pendant la vieillesse. Les gouvernements devront activement l’aider à se préparer à ce qui l’attend. Il faut agir sans tarder. Plus nous attendons, plus il sera difficile de résoudre ces problèmes.

Brent Mizzen

Brent Mizzen est vice-président adjoint, souscription et politiques, à l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes.

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