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Faites la connaissance de la « génération du millénaire » : Les nouveaux chefs de file des soins infirmiers

Septembre 2016   Commentaires

Conclusion du congrès • Saint John, N.-B. • du 20 au 22 juin

Teckles Photography Inc.Braden Davie : « Je veux ne jamais oublier comme c’est bon d’épingler mon insigne d’infirmier chaque matin. »
Le second jour du congrès biennal de l’AIIC a débuté par une réflexion sur l’évolution de la composition démographique de la profession infirmière et les besoins de la génération du millénaire.

Nik Nanos, président de Nanos Research, a ouvert le débat en citant des données de sondage qui montrent que la génération du millénaire se soucie de préserver sa forme physique et son bien-être, de s’améliorer et de travailler pair à pair; elle remet de plus en question l’autorité. Elle veut s’impliquer, pouvoir poser des questions et s’en faire poser pour recevoir et donner de la rétroaction. Selon M. Nanos, la culture en milieu de travail est appelée à changer parce que cette génération veut des horaires de travail flexibles. (Pour plus d’information sur son exposé, lire « Accueillir l’avenir à bras ouverts » dans le numéro d’avril).

L’exposé de M. Nanos a été suivi d’un panel sur le thème « Faites la connaissance de la “génération du millénaire” », animée par Sheri Price, professeure de sciences infirmières à l’Université Dalhousie et chercheuse au Centre de santé IWK à Halifax. Le risque de produire des résultats qui donneraient une vision restrictive de cette génération a d’abord freiné ses recherches. Mais ses travaux et les commentaires de M. Nanos en début de journée ont confirmé à cette représentante de la génération X qu’elle n’est pas si différente d’eux.

« J’entendais les gens me dire “Oh, il leur faut de la rétroaction” ou “Ils veulent qu’on leur dise qu’ils ont bien fait leur travail”. Euh… moi aussi, j’aimerais qu’on me dise que j’ai bien travaillé. Mon poste n’est pas permanent : quand je travaille bien, j’aimerais bien l’entendre », a lancé Mme Price, déclenchant les rires de son public. Bien traiter les gens et leur faire des commentaires, approbatifs ou critiques, ne coûte rien, et cela peut grandement changer le climat de travail et le système de soins de santé.

Lorsqu’elle enseignait à des groupes de quatrième année, elle parlait souvent de son expérience variée à ces jeunes du millénaire. Quand elle y repense, elle se demande si elle n’a pas trop chanté les louanges de la profession, car ses étudiants revenaient parfois la voir après quelques mois, déçus et découragés. Mme Price explique avoir décidé de mener des recherches sur eux pour mieux comprendre ce qu’ils veulent et ce dont ils ont besoin pour rester dans la profession.

« S’ils ont le sentiment qu’ils ne peuvent pas faire ce pour quoi ils ont choisi la profession infirmière – contribuer, avoir un impact, influer sur la santé des patients et de la population – ils iront ailleurs, dans un système qui le leur permet. »

Les recherches que réalisait Mme Price pour la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières/infirmiers étaient axées sur les similitudes entre la génération du millénaire et les générations précédentes. Elle espérait ainsi rapprocher les générations au lieu de cantonner les jeunes dans une vision préconçue. Dans le prolongement de ses recherches, elle a créé la campagne BeANurse.ca pour améliorer le recrutement et le maintien en poste de cette génération. Elle a su que la campagne était un succès quand elle a vu des infirmières d’expérience pleurer en regardant les capsules : elles se sentaient connectées à cette nouvelle génération et confiantes dans sa capacité à fournir les prochains chefs de file.

Mme Price a voulu profiter du congrès de l’AIIC pour présenter certains de ces jeunes chefs de file inspirants.

Le thème du mentorat était récurrent dans les interventions des quatre jeunes membres du panel, y compris Margaret Danko, infirmière autorisée à l’unité des soins intensifs cardiovasculaires au Mazankowski Alberta Heart Institute. Elle a bénéficié d’un mentorat pendant ses études de baccalauréat spécialisé en sciences infirmières, à l’Université de l’Alberta, mais aussi dans plusieurs postes de leadership à l’Association des étudiant(e)s infirmier(ère)s du Canada (AEIC) et au conseil d’administration de l’AIIC.

« Pendant mes quatre années de baccalauréat, j’ai eu la très grande chance d’avoir une expérience formidable à l’AEIC », souligne Mme Danko, qui a pu assister à des conférences dans tout le pays, représenter l’Université de l’Alberta à l’AEIC et siéger au conseil d’administration comme directrice régionale, présidente et présidente sortante. « Je me suis fait des amis pour la vie et j’ai noué des liens avec des gens qui sont encore mes mentors à ce jour, mais j’y ai aussi plus appris sur la profession infirmière, les soins de santé et le leadership que j’aurais jamais pu le faire en suivant des cours. »

En plus de travailler avec des pairs-mentors grâce à l’AEIC, Mme Danko a eu l’occasion de collaborer avec des infirmières et infirmiers au gouvernement, dans des associations professionnelles, des ordres et des syndicats. Lorsqu’elle était présidente de l’AEIC, elle représentait 30 000 étudiants au conseil d’administration de l’AIIC. Les autres membres du conseil l’ont bien accueillie, affirme-t-elle, comme collègue et comme pair, soucieux de lui inculquer leur savoir et de l’inclure dans les discussions.

Quand elle aura une plus grande expérience clinique, Mme Danko prévoit faire des études supérieures. Pour l’instant, elle se dit contente de travailler dans une unité où elle peut acquérir de nouvelles compétences et renouveler sa certification. « J’adore le fait que, chaque jour au travail, j’apprends et je me développe comme infirmière, explique-t-elle. J’évolue au sein d’une équipe très solidaire qui tous les jours me pousse à devenir meilleure et a fait de ma transition d’étudiante à nouvelle diplômée une expérience très positive. »

Diplômée depuis 2013, Mme Danko est maintenant mentore pour une étudiante de quatrième année dans le cadre d’un préceptorat. Elle repense souvent à sa propre préceptrice et espère lui ressembler.

« Alors comment pouvez-vous soutenir les nouveaux diplômés, a demandé Mme Danko aux participants au congrès? Racontez-nous votre parcours. Nous voulons savoir pourquoi vous avez choisi cette profession et ce qui vous inspire… Prenez le temps d’écouter vos collègues nouvellement diplômés, de découvrir leur cheminement. Continuez à illustrer la diversité des options qu’ouvre ce métier, encouragez-nous à trouver ce qui nous passionne et à nous y consacrer. »

Infirmier diplômé et directeur de l’exploitation à l’unité néonatale de soins intensifs au Centre de soins de santé IWK, Braden Davie raconte que son premier mentor a été la mère d’un ami. Elle venait chez lui après son quart, en blouse pêche, pour l’inviter à manger sur sa ferme, lui et sa sœur. À ses yeux, elle était une personne bien, avec un sourire chaleureux, qui soignait les gens quand ils étaient malades. Au-delà de cela, M. Davie ne savait pas grand-chose de la profession infirmière avant de commencer à se renseigner à l’école secondaire sur cette carrière potentielle. Il a alors passé des heures à parler avec elle de son expérience. « Je voulais savoir comment c’était de soigner quelqu’un qui avait eu un accident de voiture ou quoi faire quand une femme arrivait à l’hôpital sur le point d’accoucher, se souvient-il. Je m’attendais à ce qu’elle me parle de gestes héroïques et d’interventions hautement techniques, mais elle insistait surtout sur le privilège d’être auprès des gens dans leurs moments de vulnérabilité. »

Elle a éveillé chez M. Davie une passion encore palpable pendant son intervention. « Je suis tellement enthousiaste quand j’envisage ce que me réserve le reste de ma carrière, et je serai éternellement reconnaissant envers ceux qui m’ont aidé pendant mes premières années, affirme-t-il. Quand j’ai quitté Saskatoon pour m’installer à Halifax, il y a quatre ans, une collègue m’a dit que dans un an ou deux, ma vision de la profession aurait changé; elle avait raison. Ma vision a changé, en effet : si c’est possible, j’aime cette profession encore plus que la première fois où j’ai mis mon épinglette d’infirmier. »

À force de partager sa passion avec des centaines d’étudiantes et d’étudiants brillants et dynamiques par l’entremise de l’AEIC, il a su qu’il avait fait le bon choix de carrière.

« Si j’avais un conseil à leur donner, je les encouragerais à s’impliquer sans attendre dans leur profession. Je leur dirais aussi de bâtir un réseau de contacts avec des collègues qui partagent leur amour de la profession. »

Si M. Davie voulait être infirmier avant même d’entamer ses études, Dawn Tisdale avoue pour sa part n’avoir jamais voulu être infirmière. « Comme je suis altruiste et douée de compassion et d’un sens développé de la justice sociale, tous ceux qui me connaissent m’encouragent depuis toujours à devenir infirmière. Mon enseignante de prématernelle a dit à ma mère que j’étais destinée à le devenir. Ma conseillère d’orientation abondait dans le même sens. Tous mes proches soutenaient que je ferais une excellente infirmière. Chaque fois, je souriais poliment en me disant intérieurement que je ne serais jamais infirmière », a confié Mme Tisdale à un auditoire amusé.

Les médias lui avaient donné une vision stéréotypée et négative de la profession. Elle pensait qu’une carrière en soins infirmiers ne serait pas assez stimulante et qu'elle ne lui permettrait pas de faire changer les choses. Elle s’est néanmoins laissé convaincre de prendre un café avec la belle-sœur d’une amie qui était infirmière pour bavarder avec elle. Cette conversation lui a ouvert les yeux, estime Mme Tisdale, et elle s’est inscrite au programme de sciences infirmières de North Island College, en C.-B., sans trop d’attentes.

« Dès le premier jour, j’ai été renversée. J’ai eu un coup de foudre irrémédiable et instantané pour la profession. J’avais vraiment le sentiment d’avoir trouvé ma vocation, mes âmes sœurs, et j’ai aussitôt été enchantée, déclare-t-elle. Comment ne pas être enthousiasmée? Cette belle profession a tout ce que l’on peut souhaiter. Elle est riche en défis, diversifiée, fondée sur des valeurs comme la compassion et l’éthique, et on travaille avec son cœur. Et tous les jours, on a le privilège de soutenir des gens dans leur quête de santé. »

Revenant sur la veille de son premier jour de cours, Mme Tisdale raconte qu’elle avait alors déclaré à son mari qu’elle se contenterait d’aller en classe : pas de comités, pas d’activités extracurriculaires; elle allait finir ses journées au plus vite. Mais les choses se sont passées autrement. Elle s’est inscrite partout : l’initiative de formation globale du collège, l’Association of Registered Nurses of British Columbia (ARNBC) et l’Association des infirmières et infirmiers autochtones du Canada, « autant de choses qui m’ont donné la passion du leadership et m’ont aidé tout au long de mon parcours ».

Mme Tisdale a aidé à fonder la section de l’AEIC de son école, ce qui l’a amenée à participer à son premier congrès national, où on l’a élue directrice du bilinguisme et de la traduction. L’année suivante, elle était élue présidente. « À ce titre, j’ai eu le très grand honneur de représenter les étudiantes et étudiants infirmiers au conseil d’administration de l’AIIC cette année, et ça a été l’un des points forts de ma vie et une source d’inspiration indescriptible » ajoute-t-elle en retenant ses larmes.

Elle attribue sa réussite à trois choses, l’atmosphère à son école étant la première. « La directrice de mon département, Jan Meiers… a profité des moindres occasions pour m’encourager et me donner la latitude suffisante pour remplir ces rôles formidables. »

Des leaders autochtones ont par ailleurs guidé Mme Tisdale, et l’ont aidée à honorer sa culture et à découvrir en quoi ses origines micmaques contribueraient à son identité en tant qu’infirmière.

« Le troisième élément de ma réussite est l’espace que réservent tant d’associations, syndicats et organismes de réglementation aux étudiantes et étudiants infirmiers pour leur permettre de perfectionner leur leadership : dans leur conseil d’administration, en les faisant venir à leurs conférences et en trouvant des façons novatrices de les faire participer. »

Melissa Nuttall a elle aussi parlé de sa première participation à une conférence de l’AEIC, à l’occasion de laquelle elle est devenue « accro » au travail des associations professionnelles. Après avoir été directrice régionale de l’AEIC en 2013, elle est maintenant directrice régionale de l’ARNBC pour l’île de Vancouver.

Mme Nuttall a obtenu son diplôme de l’Université de Victoria en 2013 et a fait sa formation spécialisée en soins d’urgence au British Columbia Institute of Technology. Elle a travaillé aux urgences et dans des unités de court séjour pour des soins post-anesthésie et cardiaques. Grâce à son travail et à une analyse environnementale qu’elle a effectuée, elle a vu de nombreux aspects positifs de son choix de carrière et remarqué certaines pratiques inefficaces avec lesquelles compose chaque jour le personnel infirmier.

D’après Statistique Canada, cite Mme Nuttall, environ 45 % du personnel infirmier de C.-B. combine des quarts de jour et des quarts de nuit, ce que le Centre International de Recherche sur le Cancer considère comme potentiellement carcinogène. « Il faut vraiment songer à ce problème quand on réfléchit à la durabilité et à la santé de notre main-d’œuvre infirmière », tranche Mme Nuttall. Nous savons que des risques accrus d’obésité, de diabète et de maladies du cœur sont associés au travail par quarts, qui nuit en outre à la santé mentale et au bien-être. »

Le système de soins de santé ne pourra pas cesser de fournir des soins jour et nuit, convient Mme Nuttall, mais les employeurs peuvent offrir plus de ressources pour aider les travailleurs de quarts, comme l’accès à des diététistes et des spécialistes du sommeil, ainsi qu’à des programmes de conditionnement physique subventionnés ou des installations sportives sur place. Des horaires de travail souples peuvent contribuer à l’équilibre entre la vie personnelle et le travail et à la satisfaction professionnelle. Une innovation consiste à permettre au personnel infirmier de choisir ses heures de travail. « Il a été prouvé qu’une telle mesure améliore le moral des employés et son sentiment d’être aux commandes, réduit le roulement du personnel et crée un climat de travail plus positif », soutient Mme Nuttall. Permettre une combinaison de quarts de huit et douze heures serait aussi propice à l’équilibre entre vie personnelle et travail.

« Notre Fédération canadienne des syndicats d’infirmières/infirmiers estime à 743 millions de dollars par an le coût de l’absentéisme du personnel infirmier, ajoute Mme Nuttall. Si nous pouvions combattre l’absentéisme et créer de façon durable un milieu de travail sain, j’aimerais vraiment voir ça pendant ma carrière.

Mme Nuttall pousse en outre pour un accès accru aux services de santé, avec un plus grand recours à des infirmières et infirmiers praticiens et la suppression des soins infirmiers dans les couloirs, ceux-ci n’étant pas compatibles, estime-t-elle, avec le respect de la dignité et de la vie privée des patients et leur sécurité.

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