Réduction des méfaits dans le continuum de soins en toxicomanie

Mai-Juin 2017   Commentaires

Il n’y a pas un modèle unique de dépendance, en particulier aux opioïdes. Comme il n’y en a pas pour la plupart des maladies chroniques. À mes yeux, la réduction des méfaits est le fondement de tous les soins en toxicomanie. C’est la philosophie qui gouverne tous les programmes, politiques et services en place : distribution de seringues, sites de consommation supervisée, prévention des surdoses et sensibilisation.

Les infirmières et infirmiers savent que c’est par la réduction des méfaits que l’on facilite l’accès au système de soins de santé, que l’on se dote des « parachutes » dont on peut se servir au quotidien, en cas de crise ou de rechute. C’est un besoin moral et éthique.

Mais que se passe-t-il une fois que la personne reprend pied? Ou, comme c’est souvent le cas pour les dépendances aux opiacés, que faire s’il n’y a aucun endroit sûr où se poser?

Au Canada, on a toujours compartimenté le traitement des toxicomanies, en séparant la réduction des méfaits, les programmes et services centrés sur l’abstinence, les traitements médicaux (avec un agoniste opioïde comme la méthadone) et les programmes axés sur la guérison. Mais cette compartimentation isole les programmes entre eux : ils ne se complètent pas et ne se soutiennent pas, ce qui peut freiner les progrès. Ils sont montés les uns contre les autres.

J’aime penser que les fournisseurs de soins de santé ont un but commun quand ils prennent soin de personnes aux prises avec la toxicomanie : les aider à atteindre leurs objectifs en matière de santé et de bien-être. Certains voudront arrêter complètement de prendre des opiacés, d’autres en consommer moins ou de façon plus sûre, ou bien réduire les états de manque, et d’autres encore voudront trouver un endroit sûr où vivre ou se procurer une pièce d’identité ou une carte d’autobus. La diversité des objectifs ne devrait pas nuire à la qualité des soins auxquels ils ont accès. Travailler séparément ne nous aide pas à aider ces personnes à réaliser leurs objectifs.

Depuis trop longtemps, nos soins sont inefficaces; ils font parfois plus de mal que de bien. Pour beaucoup d’usagers de drogues, par exemple, le sevrage (désintoxication) est le premier point de contact avec le système de soins de santé. Réduire rapidement la consommation de ceux qui prennent des opiacés et les renvoyer dans un milieu de vie sans soutien médical ou psychologique peut être néfaste. Après ces réductions rapides, le risque de surdose ou de maladie infectieuse comme le VIH ou l’hépatite C à cause de pratiques à risques est extrêmement grand. Pour ces personnes, le retour est brutal. Or comme le montrent des données scientifiques empiriques, le sevrage seul ne marche tout simplement pas. Et pourtant, je parierais cher que c’est la méthode utilisée dans votre communauté en ce moment même.

Si la réduction des méfaits est le parachute dont ont besoin les usagers de drogues, nous devons veiller à ce qu’ils aient un endroit sûr où reprendre pied. Selon moi, il faut créer pour la toxicomanie un système de soins fondé sur la réduction des méfaits, qui fera constamment progresser les gens sur le chemin de la guérison. Leur façon d’y parvenir est-elle importante? Je ne pense pas. Ils peuvent s’inscrire à un programme de traitement en établissement et participer à des activités de soutien par les pairs. Ils peuvent voir leur médecin de famille et commencer à prendre un médicament pour gérer les états de manque et les symptômes de sevrage. Cela ne leur suffit pas? Ils peuvent commencer un traitement spécialisé comme une thérapie à base de morphine à libération prolongée par voie orale ou d’un agoniste opioïde. Nous avons tous besoin de moyens supplémentaires pour contrer l’usage de drogues et la toxicomanie.

L’heure est venue de repenser les soins pour les usagers de drogues et de réévaluer le continuum de soins, surtout quand on voit l’augmentation alarmante de morts par surdose d’opioïdes. Tout ce que nous faisons repose sur la réduction des méfaits. C’est à la fois le parachute et l’endroit où reprendre pied en douceur. Ce n’est ni meilleur ni pire que les autres façons de promouvoir la santé et le bien-être des usagers de drogues. Les soins que nous assurons doivent être intégrés, car ces méthodes sont plus efficaces lorsqu’on les utilise ensemble. Pour moi, tout est réduction des méfaits.

Cheyenne Johnson, inf. aut., M. S. pub., PCRC

Cheyenne Johnson, inf. aut., M. S. pub., PCRC, est directrice des activités cliniques et du développement et directrice de l’Addiction Nursing Fellowship Program au British Columbia Centre on Substance Use.

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