Candidats à la direction du Parti conservateur : leurs positions sur les soins de santé

Mars-Avril 2017   Commentaires

Le Parti conservateur du Canada est en pleine course à la direction pour remplacer Stephen Harper, son ancien dirigeant. Depuis l’élection fédérale de 2015, Rona Ambrose est chef intérimaire, et le 27 mai, les membres du parti se réuniront à Toronto pour choisir un nouveau chef.

En date du 31 janvier, 14 candidats étaient dans la course (voir les notices biographiques sur conservateur.ca). L’AIIC les a invités à exprimer leurs opinions sur les soins de santé et à parler des politiques qu’ils adopteraient s’ils étaient élus à la tête du pays en 2019. Douze candidats ont répondu à l’appel. Le député Steven Blaney et l’investisseur en capital-risque Rick Peterson ne se sont pas manifestés malgré nos multiples demandes.

Le député et ancien ministre Chris Alexander dit que ses politiques et priorités incluront l’augmentation des ressources pour le personnel de soins de santé de première ligne. Il en appelle en outre à des soutiens additionnels pour la santé mentale et les soins à domicile.

Il veut, dit-il, renforcer l’accent mis sur l’excellence, la découverte, l’innovation dans la prestation des services et la résolution de problèmes centrée sur le patient. « Les nouvelles entreprises canadiennes en biotechnologie, sciences de la santé et pharmaceutique devraient avoir davantage accès à des financements publics pour favoriser l’innovation. »

Selon M. Alexander, les travailleurs de la santé autorisés à exercer dans une province ou un territoire devraient pouvoir le faire dans tous les autres, et nous « devons aussi améliorer les résultats en termes de prévention des maladies, promotion de styles de vie sains et de communautés en santé, lutte contre l’obésité et les toxicomanies et promotion de la bonne forme physique. »

Le député Maxime Bernier nous a communiqué son projet de « mettre fin aux querelles entre Ottawa et les provinces au sujet du financement des soins de santé et encourager les gouvernements provinciaux à prendre les décisions difficiles nécessaires pour s’attaquer au temps d’attente et à l’augmentation des coûts. »

Le plan de M. Bernier comporte trois volets : « remplacer les Transferts canadiens en matière de santé par des points d’impôt de valeur égale donnés aux provinces; mettre fin à la confusion actuelle sur qui fait quoi. Les provinces devraient assumer leurs responsabilités pour le financement et la gestion des soins de santé et être tenues de rendre compte des résultats, et Ottawa devrait respecter la Constitution et cesser de se mêler de leurs affaires; et faire le nécessaire pour encourager les provinces à innover, tout en procédant à des réformes en accord avec ce qui est normal dans les systèmes universels mixtes de tous les autres pays développés à l’exception des États-Unis, comme l’autorisation des assurances et des services privés. »

Selon M. Bernier, « les temps d’attente les plus longs de tous les pays développés » ne viennent pas d’un manque de financement, et il est clair que rajouter sans cesse de l’argent ne marche pas. »

Selon le député et ancien ministre Michael Chong, « nous appliquons au 21e siècle une Loi canadienne sur la santé qui n’a pas été mise à jour depuis 30 ans. » Comme notre population vieillit rapidement, ajoute-t-il, « notre système doit évoluer pour s’adapter à cette réalité. Il doit également exploiter les grandes avancées de ces 30 dernières années dans les domaines de la technologie et de l’automatisation. »

Nous devrions, déclare M. Chong, regarder les systèmes de soins de santé européens, « qui obtiennent de meilleurs résultats avec l’argent que nous dépensons. Nous devons intégrer leurs pratiques exemplaires, tout en protégeant le principe qu’aucun Canadien ne devrait avoir à sortir sa carte de crédit pour payer ses soins. »

Il souligne que « les déficits considérables que le gouvernement fédéral est en train d’accumuler représentent la plus grande menace pour le système public de santé, à long terme ».

La députée et ancienne ministre Kellie Leitch est aussi chirurgienne pédiatrique. Elle a, dit-elle, « une perspective particulière que n’ont pas les autres candidats », ayant été en salle d’opération et étudié l’innovation en soins de santé lorsqu’elle était universitaire. Elle affirme qu’il existe de réels problèmes dans le système de soins de santé et « aucune solution simple. Ceux qui vous disent le contraire manquent d’honnêteté ».

Mme Leitch dit que son approche serait centrée « sur le patient et pas sur les querelles entre les gouvernements fédéral et provinciaux ». Elle convient que le fédéral « a un rôle déterminant à jouer pour veiller à ce que tous les Canadiens bénéficient du même accès. Mais, et c’est plus important, vous et vos proches avez le droit de recevoir les soins auxquels vous avez droit ».

L’ancien député Pierre Lemieux a fait connaître son point de vue sur l’objection de conscience face à l’aide médicale à mourir. « Je trouve alarmant que des gens aient le sentiment qu’ils n’ont pas de meilleur choix dans notre système de soins de santé que de mettre fin à leurs jours, dit-il, et tout aussi grave que le milieu médical subisse des pressions pour agir à l’encontre de ses convictions profondes et mettre fin à la vie de patients... en tant que Canadiens, nous devons encourager nos médecins et notre personnel infirmier à fournir d’excellents soins de santé, pas les forcer à ignorer leur conscience et leurs convictions profondes. »

Le député Deepak Obhrai évoque la nécessité d’une réglementation permettant aux professionnels de conserver leur permis d’exercer où qu’ils aillent. Il créerait un système de qualifications normalisées à l’échelle nationale pour combler les lacunes qui apparaissent dans les soins de santé. « Créer une branche nationale travaillant avec des chercheurs et des institutions crédibles aidera à normaliser les certifications [et] les codes de conduite et, en particulier, à chercher des façons novatrices de mettre en pratique dans le système de soins de santé une médecine ou des recherches fondées sur des données probantes. »

M. Obhrai dit aussi qu’il soutient le personnel infirmier et les aidants naturels. Les Canadiens doivent s’assurer que « la profession infirmière maintienne toujours les plus hauts standards, comme elle le fait actuellement, en appuyant les centres de formation et en ayant des outils pédagogiques novateurs ».

Pour ce qui est de l’assurance-médicaments, il créerait un groupe de travail pour résoudre les problèmes d’abordabilité et d’accessibilité qui existent dans le système, dit-il.

La personnalité du monde des affaires Kevin O’Leary se dit convaincu que le modèle de financement actuel de la santé ne marche pas. « C’est simple : on ne peut pas financer un système qui sera de plus en plus sollicité à mesure que notre population vieillit alors que notre croissance économique n’est que de 1 %. On ne peut pas avoir un comportement social responsable quand on est fauché. Notre économie est chancelante. Il suffit de regarder le gouvernement actuel qui est passé d’un budget équilibré à un déficit de 34 milliards de dollars en moins d’un an, 5 milliards de plus que ce qu’avait annoncé Justin Trudeau dans sa campagne ».

« Les Canadiens sont obligés d’aller très loin pour recevoir des soins autrefois offerts dans leur ville, dit M. O’Leary. Les hôpitaux sont sous-financés. Tout comme les soins à domicile et communautaires. Mais pour financer correctement le système de santé, notre croissance économique doit être au moins de 3 %. Nous avons besoin d’un leader capable de contenir les dépenses et d’aider à créer un climat attrayant pour les investisseurs. Nous créerons des emplois, nous aiderons l’économie à rebondir et nous aiderons à faire en sorte que les provinces aient les outils et le financement dont elles ont besoin pour maintenir les Canadiens en bonne santé. »

Le député et ancien ministre Erin O’Toole dit que son gouvernement améliorerait la qualité de notre système de soins de santé et veillerait à ce qu’il soit viable. Son plan comporte plusieurs mesures :

  • équilibrer le budget, avec un plan de remboursement de la dette, pour protéger la viabilité des paiements de transfert pour les soins de santé;
  • encourager les provinces à essayer d’autres fournisseurs de services et des solutions novatrices, dans la mesure où ceux-ci donnent un accès en temps opportun et de bons résultats;
  • encourager les provinces à négocier, en partenariat avec le gouvernement fédéral, des achats en gros pour obtenir de meilleurs prix pour les produits pharmaceutiques dont le coût serait le même partout au Canada;
  • exiger des provinces qu’elles rendent compte de leurs améliorations dans l’accès des communautés rurales et nordiques aux soins de santé;
  • encourager les médecins à ouvrir des cabinets dans des communautés nordiques et rurales en réduisant le taux d’imposition des petites entreprises de 10,5 % à 5 %;
  • travailler avec les provinces et les Premières nations sur de nouvelles stratégies de soins de santé pour les peuples des Premières nations, conformément aux recommandations de la Commission de vérité et réconciliation.

La députée et ancienne ministre Lisa Raitt dit que les investissements de son gouvernement seraient centrés sur la santé mentale et l’autisme.

Ottawa exerce une influence considérable sur le financement de la santé dans les provinces et les territoires, dit-elle. En travaillant en partenariat avec les provinces, « nous devons fixer des priorités dans des domaines comme les temps d’attente, les problèmes de santé mentale, l’abus d’opioïdes et les soins étendus pour les personnes âgées ».

Le coût des médicaments est une autre priorité pour Mme Raitt. Elle souligne que les conservateurs de M. Harper « ont demandé instamment aux provinces et aux territoires de coopérer avec le fédéral pour aider à réduire le prix des médicaments sur ordonnance ».

Nous devons, dit-elle « nous concentrer sur les gens qui passent à travers les mailles du filet. Nous devons toujours veiller à ce que le filet de sécurité sociale soit présent pour ceux qui ont du mal à arriver aujourd’hui. C’est pour aider ces gens que je suis candidate. »

L’ancien député Andrew Saxton dit que ses priorités sont les soins aux personnes âgées et la réduction du prix des produits pharmaceutiques, l’obligation de rendre des comptes sur les transferts provinciaux et territoriaux en matière de santé, les soins préventifs pour les enfants, les épidémies de drogues illicites, le financement de locaux pour remédier au manque de professionnels des soins de santé, l’accès aux soins de santé et les problèmes émergents dans ce domaine.

Sur la question du prix des médicaments, M. Saxton dit que « nous devons trouver comment favoriser l’innovation dans les produits pharmaceutiques tout en encourageant les compagnies à vendre leurs médicaments à un prix plus raisonnable ».

Au sujet de l’obligation de rendre des comptes, il indique que « les soins de santé continueront de représenter une part grandissante des budgets provinciaux. L’argent qu’Ottawa envoie aux provinces pour les soins de santé doit aller au financement des soins de santé ».

Face à la crise du fentanyl, il est urgent d’agir, dit-il. Il rencontrerait les provinces pour mettre un système au point « pour faire face aux épidémies, rapidement et définitivement, quelle que soit leur source ».

Selon le député et ancien président de la Chambre des communes Andrew Scheer, « si j’étais à sa tête, le Parti conservateur s’appliquerait à dépenser judicieusement les fonds fédéraux, entre autres en équilibrant ses budgets, afin d’assurer un financement fédéral stable aux provinces. Je crois en outre qu’il est important de donner aux provinces assez d’autonomie pour qu’elles puissent innover sans craindre l’intervention du gouvernement fédéral ».

Le député Brad Trost dit que ses priorités pour les soins de santé, en tant que premier ministre, seraient centrées sur l’affectation de « ressources considérables pour développer immédiatement les soins palliatifs pour remplacer l’euthanasie ». Son gouvernement introduirait une « loi fédérale reconnaissant la liberté de conscience » pour « protéger les médecins, le personnel infirmier et les autres professionnels de la santé contre l’obligation de violer leurs droits constitutionnels ».

« Notre système de soins de santé centralisé ne respecte pas les provinces et leur responsabilité relative aux soins de santé, en vertu de la Constitution, comme principales fournisseuses de ces soins ». Il ne peut pas y avoir une approche uniforme, dit M. Trost, et il est essentiel d’être flexible pour gérer les soins de santé avec les partenaires provinciaux et territoriaux. « Les patients des régions rurales de Terre-Neuve n’ont pas accès au même nombre de spécialistes que leurs concitoyens de Toronto, par exemple. »

En plus de l’accessibilité, le gouvernement de M. Trost se concentrerait sur deux autres piliers de la Loi canadienne sur la santé : l’universalité et la transférabilité.

Il dit qu’il n’empêcherait pas les innovations des provinces (comme plus de soins à domicile ou d’infirmières et infirmiers praticiens) qui ne vont pas à l’encontre des principes fondamentaux qu’il défend.

Un article similaire sur la course à la direction du Nouveau Parti démocratique est prévu pour le numéro de septembre-octobre d’infirmière canadienne. D’après le site Web du parti, un nouveau chef sera choisi le 29 octobre au plus tard.

David Granovsky

David Granovsky, M.A., est gestionnaire des relations gouvernementales à l’AIIC.

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