Il faut investir davantage dans une bonne nutrition à l’école

Mars-Avril 2017   Commentaires

Nous avons tous vu des photos, omniprésentes dans les médias sociaux, de ce que l’on donne à manger aux élèves de divers pays. Les photos de repas dans des écoles en France et au Brésil montrent des assiettes colorées de fruits et de légumes, avec des protéines et des céréales bonnes pour la santé. Mais les photos d’écoles canadiennes brillent par leur absence.

L’un des seuls pays industrialisés à ne pas avoir de programme alimentaire scolaire national, le Canada dispose de programmes disparates qui ne touchent qu’un petit pourcentage de ses cinq millions d’enfants d’âge scolaire. La Coalition pour une saine alimentation scolaire, une alliance de 34 organisations de partout au pays, souhaite voir un investissement fédéral pour développer ces programmes afin d’inclure tous les enfants de toutes les écoles du Canada.

Pourquoi donc avons-nous besoin d’un programme national? Parce que les enfants canadiens ne mangent pas assez de bons aliments et reçoivent trop des mauvais. Seul un tiers des enfants de quatre à 13 ans mangent cinq portions ou plus de fruits et légumes; un quart des calories que consomment les enfants viennent d’aliments non recommandés par le Guide alimentaire canadien; un tiers des élèves du primaire et deux tiers des élèves du secondaire ne mangent pas de petit déjeuner santé avant de partir à l’école.

Avec ce genre de comportements alimentaires, on a vu tripler les taux d’obésité chez les enfants ces 30 dernières années, avec une augmentation des taux de maladies chroniques, dont certaines ne se voyaient auparavant que chez les adultes.

Il est prouvé que les programmes alimentaires scolaires contribuent à une meilleure santé physique et mentale et permettent aux élèves de mieux apprendre et d’avoir de meilleurs résultats à l’école. Ces programmes font augmenter la consommation de fruits, de légumes et de céréales complètes et font baisser celle d’aliments riches en gras saturés et trans, en sodium et en sucres ajoutés, mauvais pour la santé. On a également montré qu’ils étaient associés à un meilleur comportement à l’école et à une diminution de l’agressivité, de l’anxiété et de la dépression.

En Finlande, les programmes alimentaires scolaires sont liés à l’enseignement, et on s’en sert pour apprendre aux enfants la nutrition, la santé et les bonnes matières à table. Chaque jour, on sert à tous les élèves finlandais un repas équilibré dans le but d’améliorer leur santé, leur bien-être et leur concentration à l’école.

Comme il est plus facile d’influencer les habitudes alimentaires des enfants que celles des adultes, les interventions destinées aux enfants ont souvent un effet plus marqué sur la société. Les programmes alimentaires scolaires pourraient par conséquent réduire les futures dépenses de soins de santé.

Le gouvernement fédéral a déclaré que l’épidémie d’obésité chez les enfants était une priorité. La meilleure façon de s’en occuper ne consisterait-elle pas à donner aux enfants un accès quotidien à des aliments sains tout en leur enseignant la nutrition et l’importance d’une bonne alimentation? En mettant en œuvre des mesures additionnelles dans les écoles (en offrant plus de cours d’économie domestique, par exemple), on ferait en sorte que les enfants passent véritablement la majorité de leurs journées dans des endroits où les comportements alimentaires sains sont renforcés.

Voilà pourquoi l’expansion des programmes alimentaires scolaires au Canada a été proposée par de nombreux experts, dont l’ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, le Comité d’experts pour la santé des enfants de l’Ontario et le Dr David Butler-Jones, ancien administrateur en chef de la santé publique du Canada. La recommandation 17 du rapport sénatorial L’obésité au Canada en appelle à la ministre de la Santé pour qu’elle collabore avec ses homologues provinciaux et territoriaux, de même qu’avec les organisations non gouvernementales participant déjà à ces initiatives pour « [favoriser] des garderies et des programmes scolaires liés à des programmes de petits déjeuners et de déjeuners, [...] ainsi qu’à des cours [...] de nutrition ».

La Coalition pour une saine alimentation scolaire exhorte le gouvernement fédéral à promouvoir la santé de nos enfants en investissant dans les programmes alimentaires scolaires. Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux membres et de nouveaux soutiens et invitons les associations infirmières et autres groupes de professionnels de la santé à se joindre à nous.

Sasha McNicoll

Sasha McNicoll est coordinatrice de la Coalition pour une saine alimentation scolaire, Réseau pour une alimentation durable.

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