Promouvoir la santé, une stratégie à la fois

Mars-Avril 2017   Commentaires

Lucie Lemelin outille les parents pour qu’ils transmettent à leurs enfants de saines habitudes de vie

Teckles Photography Inc.

Travailler « en amont » des problèmes de santé : voilà ce qui a toujours animé Lucie Lemelin. C’est de cette passion que lui est venue l’idée d’un doctorat en sciences cliniques. Elle voulait favoriser l’adoption de saines habitudes de vie chez les enfants de quatre à cinq ans en offrant du soutien à leurs parents. Les connaissances théoriques pour prévenir l’excès de poids ne manquent pas. Ce qui manque, ce sont des façons pratiques d’intégrer une saine alimentation et l’activité physique au quotidien, croit cette chercheuse de Blainville, communauté située à une demi-heure de Montréal. Les travaux de Mme Lemelin portent donc sur les tout jeunes enfants et sur l’éducation à la santé, en particulier les saines habitudes de vie.

Après des études générales au cégep, Mme Lemelin a choisi le baccalauréat en sciences infirmières. Dans les années 1990, au Québec, cette voie d’accès à la profession était peu courante. C’est au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine de Montréal qu’elle a débuté comme infirmière soignante. Pendant une dizaine d’années, elle a travaillé auprès de clientèles de tous âges, en médecine, en chirurgie et en soins intensifs, entre autres. Devenue conseillère en soins infirmiers, elle s’est intéressée au travail de certaines gestionnaires, et elle a voulu savoir ce que l’on apprenait « de l’autre côté de la rue », à l’École des Hautes Études Commerciales (HEC Montréal). Elle en est ressortie avec un Diplôme d’études supérieures en gestion et la confirmation qu’elle préférait les sciences infirmières. « Ne fais pas ce que tu aimes, fais ce qui te passionne », lui avait conseillé une mentore. Pour faire suite à ses recherches doctorales, Mme Lemelin prépare actuellement une trousse destinée aux parents désireux d’améliorer les habitudes de vie de leurs enfants.

Professeure de 1er et 2e cycles à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), elle teste et raffine les stratégies proposées au moyen d’ateliers de formation qu’elle organise au campus de Saint-Jérôme. « Le soccer une fois par semaine ne suffit pas, affirme-t-elle. J’encourage les parents à profiter de chaque occasion pour bouger en famille et à faire de l’activité physique un plaisir. Par exemple, avec des touts petits, on peut imiter la grenouille en rangeant les jouets. »

Mme Lemelin constate que tout est interrelié dans sa vie. « La recherche, l’enseignement, l’administration : tout s’imbrique et s’alimente. » Ce qu’elle entend à la radio le matin oriente ses cours sur les modèles et la théorie des sciences infirmières. Ce qu’elle entend lorsqu’elle accompagne ses fils de 14 et 11 ans au soccer, au hockey ou à l’école alimente ses réflexions et ses recherches.

L’un des principaux obstacles à l’instauration de saines habitudes de vie, a remarqué Mme Lemelin, est que les parents hésitent à imposer des choix aux enfants, par culpabilité ou par crainte de provoquer des tensions, voire des conflits. Pour les aider à reprendre confiance, elle les amène à examiner leur relation. En prenant conscience de leurs propres réactions et en acceptant de s’occuper d’eux-mêmes, ils renforcent leur capacité à prendre soin de leur enfant.

Les outils mis au point par Mme Lemelin seront offerts sur le site Web de l’UQO d’ici un an. Elle espère encourager l’émergence d’« agents propagateurs », personnel infirmier ou parents, qui diffuseront à leur tour ces stratégies de promotion de la santé chez les tout petits. La vulgarisation est l’un des rôles clés de la profession, croit-elle. Comme le milieu infirmier a accès au quotidien des gens, il est bien placé pour faire évoluer les comportements : il peut travailler « en amont », prévenir plutôt que guérir.

À 43 ans, Mme Lemelin mène une vie familiale bien remplie, rythmée par les activités de ses fils. Ces sportifs au féroce appétit ont bien retenu la leçon de leur mère sur nos besoins alimentaires : beaucoup de légumes pour alimenter un grand corps, et quelques friandises pour satisfaire une petite langue.

Mme Lemelin gère rigoureusement son temps pour se donner à fond dans tout ce qu’elle fait et explorer chaque piste que lui suggère son esprit sans cesse en alerte. Sa vie personnelle n’en souffre pas, car le couple qu’elle forme avec son conjoint de longue date, très présent, et leurs deux enfants la protègent du tourbillon. Mais c’est aussi au contact de la nature qu’elle se retrouve. « J’aime marcher en forêt, jardiner – j’ai un grand jardin – et aller chez ma sœur, à la ferme. »

Mme Lemelin reconnaît qu’elle pense constamment à ses travaux. Même dans les moments de détente, ses idées prennent forme et s’organisent. Elle s’intéresse depuis peu à l’effet de l’environnement scolaire sur la santé mentale des jeunes garçons. « Ils sont anxieux et stressés, fait-elle remarquer. Et c’est au Québec qu’on médicamente le plus pour gérer les problèmes de comportement. Ça m’interpelle. » Toujours curieuse, elle projette d’étudier le problème pour trouver des solutions qui favoriseront le mieux-être de ces enfants.


10 questions à Lucie Lemelin

Si vous deviez choisir un mot pour vous décrire, ce serait lequel?
Enthousiaste

Si vous pouviez changer une chose en vous, qu’est-ce que vous changeriez?
Je serais plus patiente

Parmi ce que vous avez accompli, quelle est votre plus grande fierté?
Avoir gardé l’équilibre entre les études, le travail, mes enfants et mon amoureux

Quelle est l’une des choses que les gens seraient surpris d’apprendre à votre sujet?
J’adore les sucreries

« Si j’avais plus de temps libre, je... »
Je voudrais peindre

Où avez-vous passé vos dernières vacances?
À New York, en famille

Quel est l’endroit du monde que vous aimeriez le plus visiter?
La Thaïlande, pour ses paysages

Quel est le dernier livre que vous avez lu et aimé?
Steve Jobs de Walter Isaacson

Qu’est-ce que vous aimez le moins dans le métier d’infirmière/infirmier?
À quel point le savoir infirmier est méconnu

S’il était en votre pouvoir de changer une chose dans le système de soins de santé, qu’est-ce que vous changeriez?
Je donnerais une plus grande autonomie aux infirmières au Québec

Marine Armstrong

Marine Armstrong est traductrice et rédactrice indépendante à Ottawa.

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