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Mars-Avril 2017   Commentaires

Personnel infirmier en santé mentale et BSPT/TSPT

En lisant « Premiers pas vers un plan d’action national en matière de stress post-traumatique » (Perspectives, janvier-février) j’ai été très contente de voir que l’AIIC fait le nécessaire pour que l’on parle de l’inclusion du personnel infirmier dans la législation sur le TSPT et les premiers intervenants. Selon l’article, il est démontré que le personnel infirmier qui travaille aux urgences, en salle d’opération, aux soins intensifs et aux soins intensifs pour les nouveau-nés a un risque accru de BSPT/TSPT. Mais ceux qui travaillent en santé mentale ne sont pas mentionnés. Si vous vous renseignez, vous verrez qu’ils courent le plus grand risque d’être agressés; ils sont par conséquent à risque de BSPT/TSPT. Ayant travaillé en soins infirmiers dans ce secteur pendant 35 ans, j’ai été exposée à de la violence, des agressions, des tentatives de suicide et des morts traumatiques. Je sais assez bien comment les infirmières et infirmiers en santé mentale sont perçus par leurs pairs. On m’a souvent demandé pourquoi je voulais travailler dans ce domaine et on m’a accusée de ne pas être une vraie infirmière. J’ai décidé d’écrire cette lettre parce qu’il me semble qu’une fois de plus, nous sommes marginalisés et perçus comme inférieurs à nos collègues des autres secteurs.

– Jennifer Brion, inf. aut., B. Sc.inf., CPMHN(C)
Toronto (Ont.)


C’est de prohibition qu’il est question

Ça tombait bien que les articles sur la crise du fentanyl et les défis de la recherche sur le cannabis médical paraissent dans le même numéro (janvier-février). Je sais qu’il est difficile de vider la question complexe des surdoses de fentanyl dans un court article. En passant la prohibition sous silence, cependant, nous passons à côté de son rôle évident dans la crise.

En tentant de protéger les personnes qui font un usage détourné de certaines substances, l’interdiction a des conséquences non voulues. Ainsi, les recherches scientifiques sur le recours aux psychédéliques pour traiter les toxicomanies, la dépression, les TSPT et l’anxiété en fin de vie sont convaincantes. Mais comme l’interdiction de ces substances limite les recherches, le milieu des soins de santé ne peut pas accéder légalement à des psychédéliques pour traiter les patients aux prises avec un désespoir profond et des souffrances psychologiques. Le paradoxe est que ces substances semblent de plus en plus utilisées à des fins récréatives.

Si l’on revoyait l’interdiction, on pourrait prescrire plus souvent de l’héroïne aux gens souffrant d’une toxicomanie opiacée. Ceux qui y ont accès grâce à une exemption spéciale parviennent à mener une vie stable, à travailler et élever leurs enfants. On pourrait rendre le MDMA accessible pour des médecins et des psychologues spécialement formés pour traiter les gens souffrant de TSPT, dont beaucoup vivent avec la toxicomanie. Des recherches scientifiques récentes montrent qu’un protocole combinant MDMA et counseling spécialisé est prometteur. On pourrait aussi mener des recherches sur l’ibogaïne, un psychédélique qui aide à interrompre voire supprimer la dépendance aux opiacés, selon bon nombre de témoignages anecdotiques.

Avec la prohibition actuelle, tous les sites d’injection supervisée du monde et d’énormes bassines de naloxone à tous les coins de rue n’arriveront pas à mettre un terme à la crise du fentanyl.

– Gail Peekeekoot, M. Sc.inf., D.Min., inf. aut.
Crofton (C.-B.)


Nouvelles : championnes de la cause

Nous entamons tout de suite 2017, comme l’a suggéré Marc Bourgeois (Message du rédacteur en chef, janvier-février) aux infirmières et infirmiers! Nous continuons le travail pour faire reconnaître la torture non étatique (TNE) dans le Code criminel. Le 16 mars, nous prendrons position contre le Projet de loi C-242, Loi modifiant le Code criminel (recours à la torture) à une réunion de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies à New York. Nous sommes reconnaissantes à l’AIIC pour son soutien du projet de loi et pour le Profil qu’elle nous a consacré (juin 2016), qui a sensibilisé ses lectrices et lecteurs à la TNE. En accord avec M. Bourgeois, nous estimons que la voix de notre profession a un poids politique. Malheureusement, le Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes n’a toutefois pas apporté son soutien au projet de loi. Nous sommes en net désaccord avec sa décision qui renforce l’usage des euphémismes voies de fait graves et agression sexuelle grave pour parler de décharges électriques, de coups et de coups de fouet, de torture psychologique, d’immobilisation, de suffocation, de privation de sommeil, de nourriture et de boisson et de viols à répétition. Heureusement, notre travail semble avoir certains effets. Le gouvernement a récemment mentionné la torture dans le contexte de la nécessité de s’attaquer au problème de la pornographie infantile sur Internet. C’est un geste important, compte tenu de notre conviction qu’il ne pourra y avoir de sécurité publique pour les enfants tant que leur torture par des acteurs non étatiques n’est pas nommément mentionnée dans les lois. La protection contre la TNE est un droit humain spécifique dont fait état la Déclaration universelle des droits de l’homme, mentionné dans le Code de déontologie des infirmières et infirmiers et l’énoncé de position de l’AIIC sur Les infirmières et les infirmiers autorisés, la santé et les droits de la personne.

– Jeanne Sarson, M.Ed., B. Sc.inf., inf. aut.
Linda MacDonald, M.Ed., B. Sc.inf., inf. aut.
Truro (N.-É.)


Au sujet de la liste Choisir avec soin

L’article sur la première liste élaborée par des infirmières et infirmiers pour Choisir avec soin (Perspectives, janvier/février) nous inquiète. Premièrement, chacun des énoncés des Neuf interventions et traitements sur lesquels le personnel infirmier et les patients devraient s’interroger est écrit à la forme négative : ne pas faire ça. Deuxièmement, les raisons et données probantes examinées pour préparer la liste ne sont pas incluses. Cette liste de ne pas faire ça nie l’esprit critique des infirmières et infirmiers et les ramène à l’époque où on ne posait pas de questions et on se contentait d’exécuter les tâches.

Enfin, il y a la recommandation 2 : « Ne pas conseiller l’autosurveillance de la glycémie entre les consultations médicales aux diabétiques qui n’utilisent pas l’insuline ». Les raisons d’assurer une autosurveillance sont nombreuses. La majorité des éducateurs certifiés spécialisés dans le diabète conseillent aux clients qui prennent des médicaments hypoglycémiants de surveiller leur glycémie au moins une fois par jour. Pour les patients qui ressentent des symptômes d’hypoglycémie ou qui sont malades, ou encore pour évaluer l’efficacité de modifications du mode de vie ou de médicaments, nous préconisons une surveillance systématique.

– Daphne Wright, inf. aut., CDE, CPT
Sara MacKenzie, inf. aut., CDE, CPT
Melodee Dayrit, inf. aut., CDE, CPT
Roselyn Wong, inf. aut.,, CDE, CPT
Vancouver (C.-B.)

Félicitations au groupe de travail. Les neuf interventions et traitements sont très pertinents pour la pratique clinique. J’ai passé la majeure partie de ma carrière infirmière en gériatrie et ce sont des questions que les cliniciens rencontrent tous les jours. Corriger des mythes pour fournir des soins fondés sur des données probantes n’est jamais facile. Cette liste donnera plus de poids à nos recommandations. Merci d’avoir aussi bien cerné ce domaine si important des soins.

– Teresa Genge, IP
Edmonton (Alb.)

Je félicite l’AIIC pour son leadership dans cette initiative importante. Cependant, infirmière avec 30 ans d’expérience du diabète, auteure principale des lignes directrices de pratique clinique pour l’Association canadienne du diabète sur la surveillance du contrôle de la glycémie et auteure de l’article de 2016 de cet organisme sur la conduite automobile et le diabète, je trouve dérangeante la déclaration générale de la recommandation 2. L’hypoglycémie nous préoccupe toujours, en particulier chez les personnes qui conduisent des véhicules à moteur. Nous poussons pour la reconnaissance, la prévention et le traitement de l’hypoglycémie chez toutes les personnes diabétiques, qu’elles prennent de l’insuline ou des sécrétagogues de l’insuline. Durant les phases aiguës, il peut y avoir des épisodes d’hyperglycémie. Il est extrêmement important d’en être conscient pour adapter la prise en charge clinique de certaines personnes et éviter les hospitalisations pour un état d’hyperglycémie hyperosmolaire ou acidocétose diabétique, un problème de plus en plus fréquent pour les personnes atteintes de diabète de type 2.

Dans les thérapies et traitements pour le diabète, l’autosurveillance de la glycémie remplit plusieurs fonctions. Sans une meilleure compréhension des nombreuses exceptions, il peut être néfaste de dire aux patients qui ne sont pas sous insuline de cesser de vérifier régulièrement leur glycémie.

Lori Berard, inf. aut., CDE 
Winnipeg (Man.)

Ça fait plaisir de voir l’AIIC faire preuve de leadership en apportant le point de vue de la profession infirmière à la campagne canadienne Choisir avec soin.

Voilà 13 ans que je fais de la sensibilisation au diabète comme gestionnaire de cas. Je suis membre du comité de diffusion et mise en application des lignes directrices de pratique clinique de l’Association canadienne du diabète et coprésidente désignée de la section Professionnels de l’Association. Avec mon expérience et ma compréhension de la complexité de l’autogestion d’une maladie chronique, je m’inquiète de la formulation choisie pour la recommandation 2. Je trouve cette déclaration beaucoup trop générale dans sa forme actuelle et crains qu’elle n’entraîne des résultats fâcheux pour certaines personnes atteintes de diabète. Je crains par ailleurs qu’elle nuise à la voix des infirmières et infirmiers au sein de ce groupe. Nous ne devons pas ignorer l’incidence de l’autosurveillance combinée avec un solide dialogue avec une infirmière ou un infirmier de confiance, assorti de leur soutien. 

Les huit autres recommandations concernent principalement des populations vulnérables : les personnes gravement malades, les aînés fragiles ou ceux qui souffrent de maladie mentale. On trouve certainement des patients de ces groupes parmi ceux qui sont atteints de diabète. Je ferai valoir que des contrôles plus fréquents du taux de glycémie sont parfois utiles pour ces personnes. Prenons par exemple une personne âgée fragile qui souffre d’une insuffisance rénale et de démence, qui prend peut-être un sécrétagogue de l’insuline. Chez cette personne, il est possible que l’hypoglycémie soit masquée. Si nous appliquons la recommandation générale, nous augmenterons certainement ses risques de chutes et autres conséquences graves. 

– Shelley L. Jones, inf. aut., B.Sc.inf., CDE
Salisbury (N.-B.)

Note de la rédaction : En partenariat avec Choisir avec soin (Canada), l’AIIC tiendra compte des commentaires des lecteurs, ceux-ci et les autres. La liste de Choisir avec soin du personnel infirmier, les raisons derrière les recommandations et les données probantes qui ont servi à leur élaboration sont disponibles sur cna-aiic.ca/choisiravecsoin.

« Ce n’est pas bien du tout »

Infirmière depuis plus de 30 ans, je suis consternée par la désinvolture de la chronique En bref du numéro de novembre, qui portait sur le nouveau rôle des infirmières et infirmiers dans l’aide médicale à mourir. J’ai du mal à comprendre comment aider une personne à mettre fin à ses jours avant sa mort naturelle, aide qui était considérée jusque récemment comme un acte criminel, peut maintenant être considéré comme bon et courageux. Fournir nos soins aux patients aux prises avec la douleur et la peur à l’approche de la mort est l’une des façons dont nous nous acquittons de notre responsabilité morale de leur assurer le meilleur soutien possible. Qu’est-il donc advenu de l’idée de les aider tout au long du processus, de les encourager à exprimer leurs sentiments et leurs craintes alors qu’ils sont en train de mourir – et tout simplement d’être avec eux? Ça commence par des soins palliatifs empreints de compassion et la possibilité offerte aux patients de raconter leur vie et d’exprimer leurs sentiments, leurs peurs et, surtout, leurs espoirs alors qu’ils cheminent vers une mort naturelle. Ces moments d’échange enrichissent l’expérience humaine, tant pour l’infirmière que pour le patient. Je ne suis pas d’accord avec l’auteure, qui laisse entendre que « c’est bien comme ça », en parlant des diverses émotions que ressentiront les infirmières et infirmiers alors qu’ils apportent l’aide médicale à mourir. Il y a une raison à ces émotions contradictoires et à cette confusion. Ce n’est pas bien comme ça. Enlever la vie avant que le moment soit venu n’est pas bien du tout.

– Fran Kavanagh, inf. aut.
Calgary (Alb.)

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