Brièvement

janvier - février 2018   Commentaires

Os, hormones et métabolisme

Le squelette est bien plus que la charpente qui soutient les muscles et autres tissus : il produit aussi des hormones, dont l’ostéocalcine. Cette hormone influe sur le métabolisme du sucre et des graisses. Lorsqu’elle est libérée, une de ses fonctions est d’augmenter la production d’insuline, qui fait alors baisser le taux de glucose dans le sang. L’ostéocalcine peut aussi protéger de l’obésité en augmentant la dépense énergétique.

Au départ, les cellules osseuses produisent de l’ostéocalcine sous sa forme inactive. Dans un article publié dans le Journal of Clinical Investigation, une équipe dirigée par un chercheur de l’institut de recherches cliniques de Montréal rapporte que la furine, une enzyme qui agit comme un ciseau moléculaire, est nécessaire pour convertir l’ostéocalcine et la rendre active avant que l’hormone ne soit libérée dans le sang. Les chercheurs ont découvert qu’en l’absence de furine dans les cellules osseuses de souris, il y avait accumulation d’ostéocalcine inactive. Libérée dans le sang, l’ostéocalcine inactive entraînait l’augmentation des niveaux de glycémie ainsi que la diminution de la dépense énergétique et de la production d’insuline. Cette découverte sur le fonctionnement de l’ostéocalcine pourrait ouvrir la porte à de nouvelles façons de prévenir le diabète de type 2 et l’obésité.


Un outil pour tracer le déclin de la performance cognitive

Un nouvel outil tout simple qui suit la performance cognitive chez les adultes devrait permettre aux fournisseurs de soins de santé de repérer chez les patients les signes précurseurs de la maladie d’Alzheimer ou d’autres démences. Cet outil, appelé QuoCo (quotient cognitif), a fait l’objet d’une publication dans le CMAJ. Similaire aux courbes de croissance utilisées en pédiatrie, QuoCo permet aux professionnels de la santé de suivre la performance cognitive de n’importe quel patient en fonction de son âge, de son niveau d’éducation et de son résultat à l’Examen de Folstein sur l’état mental (MMSE) et de repérer les changements cognitifs qui surviennent avec le temps. L’objectif est d’intervenir auprès des personnes âgées qui s’éloignent de la courbe, voire de les traiter.

La démence est de plus en plus problématique à travers le monde. Bien qu’elle soit incurable, des traitements potentiels sont à l’essai, et en travaillant sur certains facteurs de risque comme l’alimentation et l’exercice physique, on peut retarder son apparition. Les auteurs, qui exercent dans plusieurs établissements québécois, espèrent que le personnel soignant utilisera QuoCo pour surveiller le déclin cognitif chez ses patients avant que des dommages irréversibles ne se produisent.


Le danger mortel de la pollution

La pollution est actuellement la principale cause environnementale de maladie et de décès prématuré dans le monde. La Commission Lancet sur la pollution et la santé a publié un rapport sur les coûts sanitaires et économiques totaux de la pollution de l’air, de l’eau et du sol. Cette Commission, constituée de nombreux contributeurs internationaux, rapporte que la pollution est responsable de 16 % des décès dans le monde, trois fois plus que le sida, la tuberculose et le paludisme réunis. Dans certains pays, elle cause un décès sur quatre.

La pollution tue de façon disproportionnée les personnes pauvres et vulnérables : 92 % des décès attribuables à la pollution ont lieu dans les pays à revenus faible ou intermédiaire. Les enfants sont le plus à risque, car de petites expositions à des produits chimiques pendant la petite enfance ou in utero peuvent entraîner des maladies à vie, des handicaps et des décès prématurés en plus de réduire la capacité d’apprendre et de gagner sa vie.

Le rapport, publié dans The Lancet, a pour but d’informer les décideurs principaux du fardeau sanitaire et économique de la pollution et des stratégies abordables qui existent pour réduire la pollution. Comme le souligne l’un des contributeurs canadiens au rapport, « La pollution, principale responsable de nombreuses maladies et problèmes de santé qui sont des fléaux pour l’humanité, est totalement évitable. »


Effet durable de la maltraitance infantile sur le cerveau

Pour la première fois, des chercheurs ont pu constater des modifications de la structure neuronale dans des zones spécifiques du cerveau chez des personnes victimes de maltraitance grave pendant l’enfance. Dans le cadre d’études antérieures, on avait observé le cerveau de personnes vivantes au moyen d’examens d’imagerie par résonance magnétique, mais des chercheurs de l’Université McGill ont utilisé des échantillons post-mortem pour avoir une image plus claire des changements microscopiques au niveau du cerveau. Ils ont comparé des échantillons provenant de trois groupes d’adultes : 27 personnes dépressives qui s’étaient suicidées et qui présentaient des antécédents de maltraitance infantile grave, 25 personnes dépressives qui s’étaient suicidées, mais qui ne présentaient pas d’antécédent de maltraitance infantile, et 26 personnes ne présentant ni trouble psychiatrique ni antécédent de maltraitance infantile.

Comme ils le rapportent dans l’American Journal of Psychiatry, les chercheurs ont découvert des modifications indiquant la perturbation d’un ensemble de fonctions neuronales dans le cortex cingulaire antérieur, une zone du cerveau qui joue un rôle important dans la régulation des émotions et de l’humeur. À leur avis, ces modifications pourraient influencer l’émergence de troubles dépressifs et de comportements suicidaires. Ils comptent étudier l’effet des modifications cérébrales observées sur la régulation des émotions et l’attachement.


Le système intestinal du bébé : la clé pour prévenir l’asthme?

Les femmes asthmatiques savent qu’elles peuvent transmettre la maladie à leur bébé, mais une nouvelle étude semble indiquer que c’est évitable. Une équipe dirigée par des chercheurs de l’Université de l’Alberta a étudié 1 021 paires mère-enfant qui ont participé à une étude longitudinale sur le développement des enfants, la Canadian Healthy Infant Longitudinal Development Study. Les chercheurs ont comparé l’abondance de microbes dans les selles de bébés de 3 à 4 mois. Certaines mères avaient été traitées pour l’asthme pendant leur grossesse, d’autres non. Il s’est avéré que les bébés de sexe masculin et blancs nés de mère asthmatique, dont on sait déjà qu’ils sont le plus à risque pour avoir de l’asthme alors qu’ils sont encore petits, avaient moins de lactobacilles.

Les conclusions de cette étude publiée dans l’European Respiratory Journal appuient clairement la théorie selon laquelle l’augmentation considérable du taux d’asthme infantile à travers le monde ces trois dernières décennies n’est pas causée par des modifications génétiques. Les chercheurs espèrent que leur travail conduira éventuellement à un modèle de prévention incluant la modification de l’équilibre microbien dans les intestins des nouveau-né à risque de devenir asthmatiques.

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