Au chevet de Sylvain à la respiration sifflante

mai - juin 2018   Commentaires

Jeff LeBrun n’a que du bien à dire de l’éducation interprofessionnelle et du travail en équipe qu’elle favorise.

Nous sommes cinq autour d’un lit d’hôpital sur lequel gît le corps en polyéthylène d’un garçon de huit ans. C’est ma dernière année d’études en sciences infirmières et j’ai été invité à participer à un événement original pour marquer l’inauguration du bâtiment d’éducation pour une pratique en collaboration à Dalhousie. Le simulateur haute-fidélité autour duquel nous sommes réunis sert dans les cours pratiques en sciences infirmières depuis un an mais tout le reste est clairement neuf. Sur le sternum de l’enfant de plastique repose un dossier marqué « Sylvain à la respiration sifflante ».

Après quelques instants d’incertitude généralisée, l’une de nous se lance et ramasse le dossier contenant les instructions. Il est indiqué dans la lettre qu’il renferme que, dans environ une heure, le recteur de l’université, le sous-ministre provincial de la Santé, des journalistes et autant de personnalités que pourra en contenir la pièce arriveront pour nous observer en train de procéder à une simulation.

Le dossier contient également une brève description du scénario ainsi que le dossier médical du patient. Le cas est comparable à d’autres pour lesquels je me suis préparé maintes fois, à une exception près : au lieu de travailler avec d’autres infirmières et infirmiers, je fais partie d’une équipe interprofessionnelle constituée d’étudiants en médecine, en thérapie respiratoire, en pharmacie et en services sociaux.

Après de rapides présentations, nous élaborons un plan. Nous sommes tous hésitants, la situation étant nouvelle, mais comme je l’apprendrai plus tard, ce sont les conditions parfaites pour favoriser l’éducation interprofessionnelle. À cet instant, nous sommes tous égaux, avec un objectif commun qui nécessite la participation de tous. Si la simulation est pour nous une occasion de partager nos connaissances et nos compétences et de nous entraîner à prodiguer des soins axés sur la famille, notre réussite dépend en bout de ligne de notre capacité de communiquer et de travailler en collaboration pour résoudre un problème.

Le problème, notre problème, est de décider quoi faire lorsque les diodes lumineuses sur le visage de Sylvain à la respiration sifflante deviennent bleu vif, indiquant une hypoxie.

Pour ne pas gâcher l’expérience de ceux qui soigneront Sylvain à l’avenir (ils seront des centaines à procéder à cette simulation désormais bien affinée et coordonnée), je ne peux pas donner de détails sur ce qui s’est passé pendant l’heure suivante. Je dirai cependant une chose : l’expérience a été magique.

Deux ans plus tard, lorsque j’y repense, je ne me souviens pas du nom des membres de mon groupe et je ne reconnaîtrais aucun d’eux si je les croisais dans la foule. Mais je me souviens de la contribution de chacun, en tant que professionnel et en tant que personne. L’aspect constructif de nos interactions est difficile à expliquer mais c’est devenu la base de toutes mes interactions avec d’autres fournisseurs de soins.

Je me souviens aussi combien c’était gratifiant de résoudre un problème et d’obtenir des résultats qu’aucun de nous n’aurait pu obtenir en travaillant seulement avec des membres de sa profession. Aucun de ceux qui nous regardaient ce jour-là n’aurait pu nier ce dont il ou elle était témoin : un groupe diversifié de travailleurs de la santé conjuguant leurs efforts pour aider Sylvain à la respiration sifflante et ses deux pères à survivre à une journée très difficile. Je n’ai jamais oublié ce que cette expérience m’a enseigné sur la valeur de l’éducation inter-professionnelle.

L’éducation interprofessionnelle n’est pas toujours appréciée et financée comme elle le mérite, malgré l’accumulation de données probantes montrant qu’elle permet de réduire les coûts et d’améliorer les résultats pour les patients, par le biais de communications et de collaboration efficaces entre les professionnels des soins de santé. Je vous demande donc instamment de faire passer ce message à vos collègues infirmières et infirmiers, à vos étudiants, vos professeurs et vos administrateurs et je vous encourage à participer aux activités consacrées à l’éducation interprofessionnelle sur votre campus ou dans votre hôpital. Si vous n’en trouvez aucune, une conférence interprofessionnelle vous aidera sans doute à trouver des initiatives innovantes et fondées sur des données probantes adaptées à l’endroit où vous étudiez ou travaillez. Il a suffi d’une seule expérience d’éducation interprofessionnelle pour faire de cinq inconnus des adeptes. Je pense que l’effet sera le même pour vous.

Jeff LeBrun, B. Sc. inf.

Jeff LeBrun, B. Sc. inf., travaille dans une équipe inter-professionnelle d’oncologie pédiatrique au Centre de soins de santé IWK à Halifax, finissant en parallèle sa maîtrise en sciences infirmières à l’Université Dalhousie.

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