Brièvement

mai - juin 2018   Commentaires

Les virus, des voyageurs intercontinentaux

Chaque jour, un nombre ahurissant de virus et de bactéries sont projetés dans l’atmosphère terrestre puis en retombent, selon une étude publiée dans l’ISME Journal (une publication de l’International Society for Microbial Ecology). Transportés dans les airs par de la poussière et des embruns, ils peuvent monter à une altitude au-delà de la sphère d’influence des systèmes météorologiques et voyager sur des milliers de kilomètres avant de retomber sur la Terre.

Une équipe de chercheurs canadiens, espagnols et américains ont utilisé des plateformes haut dans les montagnes de la Sierra Nevada pour faire leurs recherches. Selon l’un des auteurs principaux de l’étude, chaque jour, chaque mètre carré reçoit 800 millions de virus, soit 25 virus par habitant au Canada. Il y a entre neuf et 461 fois plus de virus que de bactéries qui sont déposés.

Les découvertes de l’équipe aident à expliquer un phénomène constaté pour la première fois il y a une vingtaine d’années : des virus génétiquement similaires apparaissent dans des environnements très éloignés et différents à travers le monde. Les résultats de l’étude montrent que les virus peuvent s’accrocher à de petites particules organiques légères pour voyager, être balayés dans l’atmosphère jusqu’à plus de 3 000 mètres d’altitude (où les déplacements sur de grandes distances sont possibles), puis retomber sur un autre continent.


Multilinguisme : du sport pour notre cerveau

Plusieurs études sur des adultes en bonne santé ont montré que connaître plus d’une langue est bon pour le cerveau. Des chercheurs de Montréal ont maintenant prouvé que c’est également vrai pour les personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer et de déficits cognitifs légers, un état susceptible d’entraîner la maladie. Ont participé à cette étude publiée dans Neuropsychologia 68 patients ayant des déficits cognitifs légers et 26 atteints de la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs ont utilisé des données d’IRM à haute résolution de l’ensemble du cerveau et des techniques d’analyse sophistiquées pour mesurer l’épaisseur du cortex cérébral et la densité de la matière grise dans les régions du cerveau liées au langage, à la cognition et à la mémoire.

Ils ont découvert que les participants qui parlaient plus d’une langue avaient un cortex plus épais dans les régions du cerveau liées au langage et à la cognition que les participants unilingues. Les chercheurs ont aussi rapporté que plus le cortex était épais dans ces régions chez les participants multilingues, plus ils avaient de bons résultats dans les tâches de mémoire. Ceci les a amenés à formuler l’hypothèse que les gens qui connaissent plus d’une langue peuvent compenser la perte de tissus associée à la maladie d’Alzheimer en traitant autrement la mémoire dans leur cerveau.


Une amélioration dans le processus de découverte de médicaments, avec du papier

Des ingénieurs de l’Université McMaster ont inventé un dispositif à base de papier qui devrait accélérer la découverte de nouveaux médicaments et la rendre plus abordable. Actuellement, des milliers de médicaments possibles sont criblés pour voir s’ils ont un effet chimique sur une molécule cible, avant de procéder à des essais plus poussés avec les plus prometteurs. Lors du criblage initial, il y a beaucoup de résultats inexacts, principalement parce que les médicaments testés peuvent se coller ensemble et bloquer physiquement la molécule cible, produisant un résultat positif au test. Beaucoup de temps et d’argent sont gaspillés par la suite pour éliminer les médicaments qui n’interagissent pas de façon chimique avec la molécule cible.

Les chercheurs décrivent leur invention dans Nature Communications. Ils ont créé un hydrogel imprimable peu coûteux, un réseau de polymères utilisés dans des produits allant des couches jetables aux verres de contact. Les fines couches d’hydrogels imprimés de leur dispositif servent à former une cage autour de la molécule cible pour que les médicaments testés ne puissent pas bloquer la cible. Ce dispositif devrait améliorer l’exactitude au stade du criblage sans que les laboratoires aient besoin de changer grand-chose dans leur façon actuelle de cribler les nouveaux médicaments.


Les mouvements oculaires pourraient aider à recomposer les souvenirs

On a de nouvelles preuves que le cerveau se sert des mouvements oculaires pour nous aider à nous souvenir d’images détaillées que nous avons vues. Des scientifiques du Rotman Research Institute à Baycrest Health Sciences à Toronto ont demandé à 16 jeunes adultes de regarder une série de 14 images pendant une seconde par image et de mémoriser autant de détails que possible. On leur a ensuite demandé de visualiser mentalement ces images dans un rectangle vide projeté sur un écran. Leur activité cérébrale et leurs mouvements oculaires étaient enregistrés par scintigraphie cérébrale et oculométrie pendant qu’ils mémorisaient les images puis pendant qu’ils s’en souvenaient.

L’étude, publiée dans Cerebral Cortex, a montré que, quand les participants se souvenaient d’une image, leurs yeux bougeaient de la même façon que quand ils l’avaient vue pour la première fois et leur activité cérébrale était similaire. Selon l’auteur principal, notre cerveau se servirait des schémas des mouvements oculaires lors de la première observation comme d’un plan pour assembler les divers éléments d’un souvenir. Les chercheurs espèrent que leur travail conduira éventuellement à l’élaboration d’un outil diagnostique qui préviendra plus tôt les médecins que la mémoire d’un patient est défaillante.


Nouveaux indices sur la manière dont le corps réagit en cas de débit sanguin insuffisant

Un gène récemment découvert aide notre corps à s’adapter à un débit sanguin insuffisant en faisant pousser des vaisseaux sanguins supplémentaires. Cette découverte pourrait nous aider à comprendre les maladies cardiovasculaires résultant d’un débit sanguin insuffisant, comme les cardiopathies et les AVC.

Une équipe de l’Université de Toronto et de l’École de médecine d’Harvard a étudié un nouveau groupe de gènes récemment décrits appelé ARN non codants, ou ARNnc. On a longtemps pensé que le rôle principal des ARN, ou acides ribonucléiques, était de transporter le code génétique nécessaire à la création de protéines entre diverses parties d’une cellule. Mais les ARNnc ont d’autre fonctions, dont la détermination du rôle que des cellules joueront éventuellement dans un organisme. Dans une étude publiée dans PNAS, les chercheurs ont découvert que l’un des ARNnc, appelé STEEL (spliced-transcript endothelial-enriched lncRNA), détectait un débit sanguin insuffisant dans les vaisseaux microscopiques. Selon l’un des chercheurs principaux, ces découvertes pourraient être utilisées pour concevoir des méthodes pour améliorer la récupération et la guérison après des blessures causées par un débit sanguin insuffisant.


Une découverte ouvre la porte à la recherche sur Ebola dans plus de laboratoires

L’épidémie d’Ebola de 2014 en Afrique occidentale a causé 11 000 morts et déclenché un effort international massif pour contenir la propagation de la maladie. Seuls quelques laboratoires dans le monde sont équipés pour travailler avec le virus Ebola, ces recherches nécessitant des mesures de biosécurité extrêmes. Cela devrait bientôt changer grâce à une nouvelle étude réalisée par des scientifiques de l’Université de l’Alberta. Leur découverte donnera aux chercheurs un outil pour étudier les inhibiteurs du virus Ebola dans n’importe quel laboratoire.

Dans un article publié dans Scientific Reports, l’équipe de recherche albertaine rapporte avoir procédé à l’expression, la purification et la caractérisation biochimique d’un complexe de polymérase (enzyme) qui propage le virus Ebola. Ils ont mis au point une analyse de laboratoire permettant de montrer si la polymérase est active. En plus d’être utile pour la recherche de meilleurs traitements pour les infections à l’Ébola et autres virus apparentés, la découverte devrait aider les scientifiques à trouver de nouveaux médicaments pour d’autres infections virales pour lesquelles il n’existe pas actuellement de traitement efficace, comme la rougeole, les oreillons et la grippe.

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