août 31, 2020
Par Nadia Prendergast , Geraldine Abumbi , Lystra Beausoleil

Lettre ouverte à l’AIIC sur la réalité du racisme dans les soins infirmiers

istockphoto.com/lightfieldstudioNous sommes fières d’être d’exercer notre profession au Canada, mais nous devons porter attention à la réalité du racisme systémique dans les soins infirmiers; nous en avons fait l’expérience personnellement et collectivement.

Cette lettre ouverte est l’un des premiers qu’infirmière canadienne consacrera à la question du racisme – en particulier le racisme anti-Noirs – dans les soins de santé, y compris les soins infirmiers. Notre objectif est de faire entendre celles et ceux qui ont connu le racisme ou veulent le dénoncer.

23 juin 2020 — Ces quelques semaines depuis la mort de George Floyd et les protestations mondiales contre le racisme systémique ont été lourdes et éprouvantes. En tant qu’infirmières noires, nous avons ressenti la douleur à plusieurs niveaux, à commencer par le nombre élevé de morts de personnes noires à cause de la COVID-19 et le nombre grandissant de personnes racialisées et d’immigrants qui sont à risque parce qu’ils travaillent dans des services essentiels. Et la liste continue.

Nous sommes fières d’être d’exercer notre profession au Canada, mais nous devons porter attention à la réalité du racisme systémique dans les soins infirmiers; nous en avons fait l’expérience personnellement et collectivement. Pour cette raison, nous vous demandons de vous attaquer d’urgence au racisme systémique. Voici quelques-unes de nos nombreuses expériences qui rendent essentiel de prioriser la question.

  • Les études en sciences infirmières font fi du racisme systémique. Dans toutes les lectures obligatoires, il n’est qu’abordé en passant, quand il n’est pas complètement passé sous silence. C’est une situation que nous constatons quotidiennement, comme éducatrices, dans diverses écoles de sciences infirmières. Les déterminants sociaux de la santé incluent la race, mais le programme d’études infirmières n’en fait pas autant. Si les écoles de sciences infirmières apprennent aux étudiants à travailler avec des patients et du personnel racialisés, les écoles ne dispensent que peu ou pas de connaissances sur le racisme systémique et n’aident pas à le comprendre.
  • Les notions de sensibilisation aux réalités culturelles et de compétence culturelle ont donné un faux sentiment de compréhension et d’appartenance. Comme infirmières noires, nous avons fait l’expérience des pratiques visant à exclure notre voix et notre présence de nombreuses décisions concernant des questions qui contribuent à la mauvaise santé de plus en plus fréquente des personnes à la peau noire ou brune. La COVID-19 a attiré l’attention du monde entier sur les taux de décès grandissants dans les communautés mal desservies qui, comme par hasard, sont noires ou racialisées. Pourtant, le personnel infirmier continue de mal comprendre l’humilité culturelle, la capacité d’être ouvert et humble face à la culture d’autrui. C’est cette humilité qui nous permet, à nous infirmières et infirmiers noirs, de raconter nos histoires à nos collègues blancs et de travailler en partenariat avec eux. Malheureusement, « travailler avec des groupes racialisés » est une expression vide de sens dans la profession infirmière, où nous continuons de « travailler pour eux ».
  • Comme infirmières noires et racialisées, nous voulons vraiment mettre la compassion et la transformation au cœur des soins infirmiers. Nous nous attristons de nous être senties, pendant des années, aux marges de la profession plutôt qu’en son centre. Sous représentés parmi le personnel de direction et parmi ceux qui décident des politiques, les infirmières et infirmiers noirs sont chroniquement exclus des efforts pour améliorer la santé publique et les soins hospitaliers dans les communautés racialisées.

Nous sommes convaincues qu’au moment où le milieu infirmier se redéfinit dans le contexte de la « nouvelle normalité » et du mouvement Black Lives Matter, nos propositions, ci-dessous, figureront en bonne place à votre ordre du jour :

  • Faire du racisme systémique et du racisme anti-Noirs des sujets obligatoires dans les examens et les programmes d’études infirmières;
  • Créer un comité d’infirmières et infirmiers noirs, de couleur et autochtones qui traitera de ces questions dans les cours et les programmes d’études en sciences infirmières, et faire participer ce comité à la formation des infirmières et infirmiers étudiants et en exercice sur le racisme systémique et le racisme anti-Noirs;
  • Utiliser le concept d’humilité culturelle pour revoir la compétence culturelle;
  • Créer une compétence infirmière centrée sur le racisme systémique et le racisme anti-Noirs;
  • Produire des programmes sur le racisme anti-Noirs et le racisme systémique à présenter dans le cadre de tournées dans les régions sanitaires, dans les hôpitaux et à des congrès;
  • Créer un espace où les infirmières et infirmiers noirs, de couleur et autochtones peuvent raconter leur histoire et parler de leur expérience, un lieu de guérison et de rétablissement, pour renforcer l’empathie et la sensibilisation.

Nous avons assemblé une liste de supporters grâce à une pétition en ligne. Nos histoires n’ont jamais été entendues, et si on nous donnait le micro, nous sommes certaines que vous pleureriez tous, comme nous avons pleuré nous-mêmes en entendant les mots « Je ne peux pas respirer ». Nous voulons que vous vous attaquiez aux problèmes de toute urgence et que vous nous donniez, à nous infirmières et infirmiers noirs et racialisés, la possibilité de respirer comme le font nos homologues.

Note de la rédaction :
Cette lettre a été envoyée à l’AIIC, mais aussi à l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario, à l’Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario, à l’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario et à l’Association des étudiant(e)s infirmier(ère)s du Canada.

En collaboration avec les auteures de cette lettre et d’autres leaders d’opinion, l’AIIC réfléchit à des mesures adaptées et efficaces pour lutter contre le racisme dans la profession infirmière et dans les soins de santé. L’Association est en train d’assembler un groupe national qui se penchera sur la question; elle publiera prochainement les Messages clés de l’AIIC sur le racisme à l’égard des personnes noires dans les soins infirmiers et la santé et elle s’emploie à recruter un membre du public pour siéger à son conseil d’administration et y apporter le point de vue de la communauté noire. L’AIIC est déterminée à utiliser le site Web d’infirmière canadienne pour faire entendre les expériences des infirmières, infirmiers et communautés noirs et racisés.

Nadia Prendergast, inf. aut., Ph.D., est infirmière en exercice et professeure. Elle travaille depuis 19 ans à l’Hôpital Mount Sinai et enseigne à l’université.

Geraldine Abumbi, inf. aut., B. Sc. inf., GDMid/CFH, M. Sc. inf., est directrice générale de Before Birth and Beyond et infirmière de santé publique dans la région du Grand Toronto.

Lystra Beausoleil, inf. aut., B. Sc. inf., est infirmière de santé publique et offre des cours prénataux aux familles dans la région du Grand Toronto.

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