mai 14, 2021
Par Anita Muchalla Yeulet

Ma « liberté universitaire » a inspiré la création de l’organisme Spare a Pair par des étudiants

Jody Vaughan de Jody Vaughan Infinity ImagesVeronique Gauthier, à gauche, et Danika Serafin, à droite, « Danika et Veronique démontrent l’effet positif que nous pouvons avoir en tant qu’enseignants » déclare Anita Muchalla Yeulet, enseignante, au centre. Dans le cadre d’un travail assigné en classe, Veronique et Danika se sont entretenues avec des membres de la population marginalisée à Prince George, en Colombie‑Britannique, au sujet de leurs besoins. Cette intervention a mené à la création de l’organisme de bienfaisance Spare a Pair.

Très tôt, lorsque j’ai commencé à enseigner le volet didactique d’un cours, j’ai entendu parler de la notion de liberté universitaire pour la première fois. Je réalise maintenant que je ne saisissais pas ce concept et que je n’avais pas envisagé les effets que cette liberté pourrait avoir sur mon perfectionnement professionnel, sans compter l’apprentissage des étudiants. Je voulais faire participer les étudiants à l’apprentissage et je voulais prendre part tout autant à l’enseignement. Au début, cet objectif me semblait assez facile à atteindre. J’avais tort.

L’élaboration d’activités d’apprentissage interactives et amusantes tout en assurant la prestation du cours représente un défi. Je voulais en faire plus, et entendre les professeurs en discuter m’a amenée à réfléchir.

Cette liberté universitaire vise‑t‑elle aussi les étudiants? Accordons-nous une liberté suffisante aux étudiants dans leurs travaux universitaires?

La réponse simple est non. Les étudiants sont souvent restreints à des rubriques particulières pour réaliser leurs travaux universitaires.

En vérité, la correction quotidienne des devoirs, des examens et des présentations devient monotone pour un enseignant. L’utilisation de rubriques très détaillées est pratique pour les enseignants. Mais, je voulais que les étudiants soient captivés par du contenu autre que ce qu’on pourrait qualifier d’« aride » et je souhaitais que la correction de leurs travaux universitaires me passionne.

Faire participer et captiver

D’après mon expérience, les étudiants s’intéressent plus facilement à l’apprentissage des compétences psychomotrices qu’à l’apprentissage du contenu théorique. Il est difficile d’obtenir le même niveau d’enthousiasme pour les concepts théoriques. Ma mission consistait à réfléchir à la conception de travaux universitaires à la fois intéressants et stimulants pour mes étudiants et moi-même.

Le cours obligatoire en sciences infirmières que j’enseigne vise à aider les étudiants à comprendre les disparités en matière de santé, les déterminants sociaux de la santé, la sécurité culturelle et la justice sociale au sein de populations marginalisées et autochtones.

Je me suis alors posée ces deux questions :

  • Comment puis-je susciter l’intérêt de mes étudiants pour la profession infirmière?
  • Comment puis-je amener mes étudiants à comprendre les effets des injustices sociales et les gestes qu’ils peuvent poser afin de résoudre les inégalités dans le système de santé?

En gardant à l’esprit ces deux questions, j’ai entrepris de concevoir un travail visant à inspirer mes étudiants et à les mettre en contact avec des personnes dont ils s’occuperaient en tant qu’infirmières ou infirmiers. Les étudiants évalueraient les besoins d’une communauté autochtone au Canada. En fonction de cette évaluation, ils élaboreraient ensuite un plan stratégique pour répondre aux besoins déterminés.

Comment puis-je susciter l’intérêt de mes étudiants pour la profession infirmière?

Ils utiliseraient le processus de soins infirmiers pour élaborer et évaluer leurs projets. Le projet de chaque groupe mettrait en lumière les déterminants sociaux de la santé et, surtout, tiendrait compte de la sécurité culturelle.

J’estime que le travail que je décris dans le présent article est un exemple de liberté universitaire. J’avais la liberté d’élaborer et de mettre en œuvre le projet, tandis que les étudiants avaient la liberté d’en choisir l’orientation et le contenu.

L’organisme de bienfaisance Spare a Pair

Un groupe d’étudiants, supervisé par Danika Serafin et Veronique Gauthier, est descendu dans les rues de Prince George, en Colombie‑Britannique, pour s’entretenir avec des membres de la population marginalisée. La conversation a commencé par un bol de soupe et une boisson chaude. La question des étudiants était simple : « De quoi avez-vous besoin? » La réponse était directe et très révélatrice : « d’une paire de chaussettes! » Cette demande, en apparence minime, a eu un effet profond et a conduit à la création de Spare a Pair.

Spare a Pair est un organisme sans but lucratif fondé par deux étudiantes en sciences infirmières du College of New Caledonia et du Northern Collaborative Baccalaureate Nursing Program de l’Université de Northern British Columbia. Récemment, Spare a Pair est devenue une société enregistrée dans la province. Grâce aux médias sociaux, aux présentations communautaires et aux salons de la santé, Spare a Pair continue de recevoir des dons et d’être reconnu pour son travail dans toute la communauté.

Danika et Veronique ont été inspirées par leur projet en classe et émues par les histoires des personnes qu’elles ont rencontrées en réalisant leur projet, qui s’est rapidement transformé en une initiative à l’échelle communautaire.

L’organisation a recueilli des centaines de dons pour répondre aux besoins fondamentaux de la population marginalisée vivant dans les rues de Prince George. Parmi les dons, on trouve des chaussettes, des sacs à dos, des produits hygiéniques féminins, des produits d’hygiène buccale, des tuques, des mitaines et des foulards.

Jody Vaughan de Jody Vaughan Infinity ImagesLe travail de l’organisme Spare a Pair mise sur la fourniture d’articles simples de tous les jours que la plupart d’entre nous considèrent comme allant de soi, tels que ceux figurant sur la photo ci-dessus, qui sont facilement accessibles pour une population non marginalisée.

Besoins fondamentaux

L’évaluation initiale des besoins comportait des questions simples et directes : « De quoi avez-vous besoin et comment pouvons‑nous vous aider? »

Les réponses se résumaient finalement au même message : « Nous devons combler nos besoins fondamentaux ».

Les étudiants se sont penchés sur la question suivante : « Qu’est-ce qu’un besoin fondamental? »

Le groupe n’a pas mis beaucoup de temps à réaliser que les demandes formulées concernaient la fourniture d’articles quotidiens simples comme allant de soi, qui sont facilement accessibles pour la population non marginalisée.

Prince George, en Colombie‑Britannique

Prince George est une collectivité du nord de la Colombie‑Britannique. Chaque saison apporte son lot de difficultés : inondations au printemps, froid glacial en hiver et fumée des feux de forêt en été.

Le groupe a procédé fréquemment à une évaluation des besoins à l’aide de questions directes et simples pour déterminer l’évolution des besoins de la communauté. Cette méthode s’est avérée efficace pour entamer le dialogue.

L’organisme Spare a Pair est bien connu auprès de la population marginalisée et des refuges de Prince George. En établissant la communication ainsi, les intervenants de Spare a Pair ont créé des relations de confiance. À leur tour, les membres de la communauté ont abordé le groupe avec des demandes, des suggestions et des recommandations.

Danika et Veronique ont une passion sans précédent pour l’entraide et la volonté de créer des changements.

Spare a Pair a pris la forme d’une initiative qui est motivée par la notion d’entraide. Ce que le groupe n’a pas prévu en se lançant dans cette entreprise, c’est l’aide qu’il recevrait en retour.

Leçons tirées

Les étudiants qui ont pris part au projet ont développé leur sens de l’empathie et l’art d’entrer en contact avec une population stigmatisée et de l’humaniser.

Ce projet m’a également inspiré en tant qu’enseignante. Les leçons apprises vont bien au‑delà de ce que j’aurais pu espérer à la suite de ce projet. Je me suis rendu compte que ma passion pour l’enseignement est influencée dans une large mesure par l’engagement des étudiants, leur réussite et les moments de révélation.

Danika et Veronique ont une passion sans précédent pour l’entraide et la volonté de créer des changements. Les soins, la compassion, la défense des droits et l’épanouissement s’appliquent bien au‑delà des soins infirmiers au chevet des patients. Leur désir contagieux d’encourager les autres à y participer ont fait de moi une partenaire dans l’organisation.

La liberté universitaire est à l’origine de la société Spare a Pair et m’a permis de travailler en partenariat avec Danika et Veronique; qui sont aussi mes collègues. Danika et Veronique incarnent les étudiants qui mettent tout en œuvre pour faire partie de la solution. Grâce à leur travail inlassable, nous avons réussi à acquérir la reconnaissance et le soutien de la communauté ainsi qu’à recruter des bénévoles qui nous aident à obtenir des articles et à les distribuer à ceux qui en ont le plus besoin.

Effets positifs

Danika et Veronique démontrent l’effet positif que nous pouvons avoir en tant qu’enseignants, si nous disposons de la bonne plateforme. Elles sont une source d’inspiration pour les professeurs et les étudiants. L’interprétation d’un travail par ces deux étudiantes témoigne de la façon dont les étudiants peuvent récolter les fruits de leur labeur. La satisfaction est à la fois professionnelle et personnelle pour toutes les personnes concernées. Leur sens du leadership et leur volonté de se démarquer et de sensibiliser les gens représentent des atouts recherchés chez des membres du personnel infirmier exceptionnels.

Je mets maintenant les étudiants au défi de se lancer dans une entreprise qui va au-delà de ce qui est exigé dans le cadre de leurs travaux universitaires. En fin de compte, j’ai réalisé que j’ai un rôle à jouer dans le perfectionnement de mes futurs collègues et que le recours à la liberté universitaire est un bienfait mutuel.

Je lance maintenant le défi au corps professoral d’être un agent catalyseur. Encourager et soutenir les étudiants, en plus de les doter d’une liberté universitaire, leur permet de mettre à profit leur passion pour la profession infirmière.

Remerciements : L’auteure remercie tout particulièrement Danika Serafin et Veronique Gauthier, étudiantes dans le cadre du Northern Collaborative Baccalaureate Nursing Program.

Anita Muchalla Yeulet, inf. aut., B. Sc. inf., M. Nurs., CCNE, est membre du corps professoral au sein du Northern Collaborative Baccalaureate Nursing Program, au College of New Caledonia, à Prince George, en Colombie‑Britannique.

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