oct. 04, 2021
Par Ben Olsen , Wesley Shand

Comment mieux militer en faveur de la vaccination et de la santé publique

istockphoto.com/portfolio/fizkesEn partenariat avec des organismes de soins de santé officiels, les défenseurs de la santé peuvent combattre la désinformation tout en encourageant les citoyens et les groupes à suivre les directives de santé publique, en particulier au cours de périodes d’urgence sanitaire, qui poussent à leurs limites les professionnels de la santé et le système dans son ensemble.

On a beaucoup écrit sur les pratiques optimales de communication dans les médias sociaux et en santé virtuelle. Le terrain est en perpétuel mouvement, et il n’existe pas de manuel pour orienter nos actions à chaque étape d’une pandémie en pleine évolution. En fait, certaines stratégies peuvent s’avérer inefficaces, voire néfastes, lorsqu’il s’agit d’aborder le problème de santé le plus préoccupant de notre génération : l’hésitation à l’égard de la vaccination contre la COVID 19 et l’opposition aux interventions de santé publique.

Les défenseurs de la santé comme porte-paroles de la santé publique

La sensibilisation et la mobilisation en faveur de la santé sont essentielles pour atteindre les segments de la société aux prises avec des obstacles systémiques ou des difficultés d’accès à l’information et aux services. On sous estime souvent l’importance des défenseurs de la santé comme le personnel infirmier pour renforcer le message de santé publique dans les segments privilégiés de la société, et on y a peu recours. Considérons ce groupe comme des influenceurs sur les enjeux de santé publique et d’autres questions relatives aux déterminants sociaux, comme l’inégalité salariale, la discrimination, l’insécurité alimentaire et l’insécurité en matière de logement.

En partenariat avec des organismes de soins de santé officiels, les défenseurs de la santé peuvent combattre la désinformation tout en encourageant les citoyens et les groupes à suivre les directives de santé publique, en particulier au cours de périodes d’urgence sanitaire, qui poussent à leurs limites les professionnels de la santé et le système dans son ensemble.

Contrairement aux efforts officiels de promotion de la santé et de prévention primaire, déployés dans le cadre d’interactions structurées entre les patients et les fournisseurs (à la fois dans les univers virtuel et présentiel), la sensibilisation et la mobilisation en faveur de la santé sont des efforts de proximité. Un exemple en a été donné lors de la mise en œuvre initiale des programmes de vaccination contre la pandémie de COVID 19. Dès que les stocks de vaccins ont été largement disponibles, les Canadiens et Canadiennes se sont ralliés dans le cadre d’une démarche « voisin à voisin » pour coordonner les rendez vous et les déplacements et fournir d’autres formes de soutien par l’entremise d’une campagne appelée Vaccine Hunters, menée dans les médias sociaux.

Le concept de mobilisation en faveur de la santé est tout aussi fécond lorsqu’on l’applique aux questions de communication, surtout lorsque l’on fait appel à des dirigeants informés, qui inspirent confiance et qui peuvent créer des liens avec des segments de populations aux péoccupations diverses. Certains affirment que les mouvements d’opposition aux interventions de santé publique, telles que la vaccination, ont pris racine et ont évolué parce qu’ils partagent de nombreuses préoccupations (touchant par exemple les finances, la sécurité alimentaire, la garde des enfants et la foi). Une telle démarche holistique est aussi au cœur de la théorie de la promotion de la santé (Wills, 2014). Pourtant, nous peinons souvent à aller au delà des messages étroitement ciblés de manière à influencer les comportements de façon substancielle et modifier les résultats dans certains groupes démographiques.

On ne peut pas s’attendre à ce que les professionnels de la santé assument à eux seuls le fardeau de la défense de la santé.

À l’heure actuelle, la promotion de la santé et la sensibilisation à la vaccination consistent à établir des liens avec les citoyens et les groupes qui éprouvent de l’hésitation ou qui présentent de la résistance. Bien sûr, il y a ceux qui rejettent en bloc les données scientifiques et qui s’opposent à toute forme d’intervention de santé publique, par exemple les négationnistes des vaccins (Organisation mondiale de la santé [OMS], 2016). Aux fins de cette discussion, envisageons toutefois le groupe le plus important, qui n’est pas encore vacciné pour des raisons autres que les théories du complot et l’extrémisme.

Appuyer le message sur les principes fondamentaux de la promotion de la santé

En suivant les principes de la promotion de la santé et de la prévention primaire (Wills, 2014), les fournisseurs de soins et les défenseurs de la santé peuvent mieux s’équiper pour faire passer les messages de santé publique et dialoguer avec des gens et des groupes qui sont indécis ou non coopératifs. Les principes d’autonomisation et de sensibilisation sont examinés ici dans le contexte de l’hésitation à l’égard du vaccin contre la COVID 19 et de l’opposition aux mesures de santé publique.

Autonomisation

L’autonomisation concerne les facteurs qui permettent aux gens d’agir ou qui réduisent la probabilité d’inaction. Au début, Vaccine Hunters s’attaquait au problème en aidant le public à prendre rendez vous, en organisant les déplacements et en résolvant d’autres problèmes d’ordre logistique. Aujourd’hui, toutefois, les facteurs contribuant à un faible taux de vaccination chez certains groupes démographiques sont bien différents. Il est difficile de comprendre pourquoi on devrait s’efforcer d’« autonomiser » des personnes bénéficiant de privilèges et de possibilités., Envisageons cependant le terme dans un contexte de promotion de la santé et voyons comment il peut s’appliquer à ceux qui sont peu susceptibles de se heurter à des obstacles systémiques.

Dans un contexte d’autonomisation, il peut être utile, pour s’attaquer à l’hésitation, de faire appel au concept de plan d’immunisation. Par exemple, Quels sont vos plans pour les 18 à 24 prochains mois? Prévoyez vous de voyager pour le travail, les études ou les vacances? Comment atteindrez vous vos objectifs de santé personnels si vous ne pouvez pas, sans preuve vaccinale, entrer au gymnase ou assister à un cours?

Pour ceux qui se trouvent plus loin sur le continuum de la résistance ou qui s’opposent globalement, envisagez les questions suivantes : À quel point êtes vous attaché à vos sentiments concernant les obligations? Êtes-vous prêt à changer d’emploi ou de carrière pour eux? Êtes-vous prêt à risquer l’incarcération ou à mettre en péril votre permis d’entreprise?

À mesure que les personnes hésitantes élaboreront leur plan personnalisé, il leur deviendra de plus en plus évident que la vaccination est une étape sur la route de la réussite, et non un obstacle. Le concept de plan d’immunisation peut aussi servir à contrer la phobie des vaccins, mais pour prendre en charge les phobies, mieux vaut y voir des problèmes relevant des spécialistes de la psychologie comportementale et de la psychothérapie.

Sensibilisation

Pour ceux qui « attendent de voir », il peut être efficace de s’attaquer aux idées fausses et à la désinformation (Shen et Dubey, 2019). Ce peut être difficile lorsque les gens ou les groupes ne sont pas sous scolarisés, mais qu’ils prennent l’information qu’ils ont glannée ou à laquelle ils ont été exposés pour des données de recherches cliniques ou scientifiques. Ils s’estiment aptes à utiliser leur esprit critique pour orienter leur comportement, sans toutefois tenir compte de la tangente qu’elle leur fera prendre.

Comme point de départ, il est de mise de rappeler à ces personnes que pour être efficace, le discours scientifique exige que toutes les parties soient prêtes à envisager un vaste ensemble de données et que le principal objectif d’une discussion est d’enrichir les connaissances (OMS, 2016). Saisissez les occasions d’entamer un dialogue constructif et souvenez-vous que vous représentez le consensus auquel adhèrent la grande majorité des scientifiques et des cliniciens. Évitez de vous laisser piéger et entraîner dans un débat portant sur une étude précise ou une autre; vous risqueriez de semer le doute et le scepticisme. Sachez que souvent, les personnes bien informées ou en position d’influence sont susceptibles d’être ciblées et de voir leur crédibilité attaquée. Votre niveau de connaissances avancé ne fait pas nécessairement de vous un orateur ou un éducateur efficace; la pratique vient avec l’expérience dans différents milieux et différentes conditions.

Transmettre efficacement votre message

Peu d’utilisateurs de médias sociaux ont une compréhension de base des fonctionnalités et des pièges à éviter lorsqu’ils communiquent sur les médias sociaux ou qu’ils utilisent d’autres outils virtuels. Voici quelques pratiques souaitables en général, mais surtout lorsque l’on intervient en tant que professionnel et défenseur de la santé, ou pour quiconque cherche à faire progresser les messages de santé publique de façon constructive. Aussi troublantes soient-elles, les menaces à l’encontre des professionnels et des défenseurs de la santé sont réelles et de plus en plus répandues; soyez toujours conscient des risques et des précautions à prendre pour vous protéger mentalement et physiquement.

Tenir compte du public

Les conversations qui ont lieu sur les médias sociaux et d’autres espaces virtuels ne sont généralement pas privées. Votre public cible ne se limite pas à une seule personne, mais comprend un groupe plus ou moins imposant, voire le grand public. Ces interactions sont l’occasion d’informer les indécis (Leask, 2011), de convaincre les sceptiques (OMS, 2013) et de renforcer les arguments s’opposant à la rhétorique anti-vaccin. N’oubliez pas que votre message a un double objectif : contrer les points de vue opposés à la vaccination tout en renforçant ceux qui la soutiennent.

Décidez qui consulte votre contenu, y compris toutes les réactions et les réponses qu’il suscite. Certaines plateformes permettent à l’utilisateur de décider si les publications sont par défaut privées, réservées aux contacts ou réservés à une liste de contacts sélectionnée. Les paramètres de confidentialité peuvent souvent être configurés séparément pour le contenu et pour la discussion. Par exemple, on peut afficher un message publiquement pour qu’il soit transmis à un grand public, mais limiter les commentaires aux contacts. Ainsi, personne en dehors du cercle sélectionné aux fins de discussion ne pourra la détourner.

Informez vos contacts des paramètres utilisés ou ayez recours à des mots clés que reconnaîtra votre public, par exemple #ContPublicAdA (contenu public, les amis d’amis peuvent commenter) ou #ContPublicAmisSeul (contenu public, seuls les amis peuvent commenter). Selon l’application, tous vos paramètres de confidentialité et d’engagement peuvent s’appliquer de façon globale plutôt qu’à des messages précis. Confirmez séparément tous vos paramètres de confidentialité et d’engagement pour chaque application, et sachez que certaines applications interdépendantes héritent des paramètres d’une application mère.

Groupes de discussion imbriqués

Testez vos messages auprès d’un public restreint mais informé. Commencez par quelques personnes, puis ajoutez-en progressivement d’autres qui peuvent apporter des points de vue différents, tout en formulant vos idées et vos contre-arguments. Cernez les concepts qui pourraient être mal interprétés et intégrez les commentaires de plusieurs points de vue. Créez des messages conformes aux positions de votre employeur et de votre agence de santé publique, cela va de soi, mais ne vous arrêtez pas là. Soyez créatif et ayez recours à une approche qui ne se contente pas de résonner auprès de votre public; elle doit être motivante pour provoquer un véritable changement.

Chambres d’écho

Il est normal et attendu de s’associer à des groupes qui partagent nos points de vue. Cependant, il est également utile de s’exposer à d’autres sources pour comprendre les idées présentées et élaborer des messages qui répondent aux préoccupations de ceux qui éprouvent de la réticence. Faites preuve de jugement, car les conversations peuvent rapidement dévier vers des ouï dire et des propos conspirationistes. Évitez de participer à un échange qui risque de créer une plateforme pour extrémistes; concentrez-vous sur les domaines où il est possible d’examiner des arguments logiques et de valider les préoccupations rationnelles. Discutez des prochaines étapes et ne vous attendez pas à ce qu’un changement radical se produise immédiatement, voire jamais.

Fausses dichotomies

La vaccination est la mesure la plus largement soutenue pour lutter contre la pandémie de COVID 19. La rhétorique anti vaccin est réelle et extrêmement dangereuse; il n’y existe aucune zone grise. La fausse dichotomie résonne chez les gens (c’est à dire les anti-vaccins), car le nombre de personnes qui rejettent la vaccination est faible par rapport à ceux qui finissent par accepter les données ou se conformer aux exigences. Même si le resserrement des exigences était efficace, peu d’autorités ont imposé la vaccination pour des activités autres que non essentielles. Les résultats dépendent plutôt de la propension au changement sur une base individuelle, allant de ceux qui ont adhéré dès le début à la vaccination jusqu’aux retardataires extrêmes. Ce sont ceux qui peuvent être influencés dans une direction ou dans l’autre qui détiennent la balance du pouvoir, et non la minorité bruyante regroupée à l’une des extrémités. Il est problématique d’imposer une fausse dichotomie aux gens (p. ex. pour ou contre la vaccination), car elle réduit la possibilité de corriger le comportement et crée une fausse certitude que les gens se conformeront toujours, ce qui crée des conditions dangereuses favorisant la complaisance et mène à surestimer le soutien à mesure que les interventions évoluent et s’adaptent en fonction de situations dynamiques.

Travailler plus judicieusement, et non plus fort

La matrice de plaidoyer et d’engagement présentée au Tableau 1 a été adaptée à partir de la théorie de la gestion du changement et peut être utile pour déterminer comment optimiser les efforts et les ressources pour un groupe précis — par exemple, un groupe religieux ou une équipe sportive. L’axe primaire montre les positions sur l’enjeu (A : en accord, B : en désaccord). L’axe secondaire montre le niveau d’influence (1 : très influent, 2 : aucunement influent). Pour une adoption maximale avec un minimum de ressources, concentrez vous sur les personnes très influentes et en désaccord (B1) en faisant appel à des alliés très influents (A1). Ne négligez pas la majorité des partisans (A2) : rappelez-vous qu’une pyramide tient grâce à une base solide. Chaque personne admissible peut accroître l’immunité de la population en se faisant vacciner; le taux et le degré de succès dépendent de l’efficacité avec laquelle on peut influencer les B2.

Tableau 1. Matrice de plaidoyer et d’engagement



Position sur l’enjeu



En accord (A)

En désaccord (B)

Influence sur les autres

Élevée (1)

Recruter

Intervenir, dialoguer

Faible (2)

Maintenir, renforcer

Informer

(Nous vous recommandons de visionner les tableaux sur un ordinateur de bureau.)

Pentes glissantes

On entend par « pentes glissantes » des arguments qui ne se vérifient pas lorsqu’on les suit jusqu’à leur conclusion. Au plus fort de la résistance, pendant la pandémie, le darwinisme était souvent invoqué pour laisser entendre ou affirmer directement que « les malades non vaccinés ne méritent pas d’être soignés, car ils se sont eux mêmes infligé la maladie ». Toutefois, une grande partie de la population non vaccinée n’était peut-être pas admissible (p. ex. les moins de 12 ans) ou ne pouvait pas recevoir le vaccin à cause de problèmes de santé. Lorsque vous communiquez en tant que défenseur de la santé, évitez les arguments incompatibles avec l’objectif général de santé publique, qui est de protéger la population grâce à la vaccination, et non grâce à l’immunité collective.

Désamorcer la tension

Beaucoup se servent des médias sociaux comme d’un journal personnel, un lieu de réflexion où exprimer leur état d’esprit à un moment donné. Ne niez pas vos sentiments; intégrez les dans une pratique introspective qui tient compte de la réflexion. Écrivez exactement ce que vous ressentez et sauvegardez ce message comme étant privé. Prenez le temps de respirer profondément, et parlez-en à quelqu’un. Vous vous sentirez mieux, et vous éviterez peut-être des conséquences négatives ou des représailles de la part du public, visé ou non.

Prendre soin de soi

Les professionnels de la santé et ceux qui défendent la cause de la santé sont à risque d’épuisement professionnel et de fatigue compassionnelle. Il vous faut cerner vos déclencheurs personnels et vos mécanismes d’adaptation. Lorsque vous vous engagez dans une longue période de mobilisation ou de confrontation stressante, élaborez un plan qui comprend des temps d’arrêt (repos, loisirs et interactions sociales), une saine alimentation et une bonne hygiène du sommeil, ainsi que des stratégies pour améliorer et préserver votre santé mentale.

Deux études de cas

Voici deux scénarios hypothétiques, soit celui d’un fournisseur de soins de santé et celui d’un défenseur des citoyens, fondés sur des expériences vécues. Les formateurs peuvent adapter ces scénarios en vue d’un exercice de planification des soins applicable à leur discipline ou à leur contexte clinique. Les organisations non gouvernementales pourraient les utiliser dans le cadre d’une activité d’orientation visant à renforcer les stratégies fondées sur des principes de promotion de la santé. On y présente aussi des conseils en matière de communication.

Étude de cas 1 : Samantha, fournisseuse de soins de santé

Samantha est infirmière à la clinique ambulatoire de soins intraveineux dans un petit hôpital en milieu rural. Tous les services de santé y sont regroupés; mais au-delà de la médecine, c’est un centre de bien être et d’activités sociales et physiques. L’hôpital est profondément ancré dans la communauté, où ses résidents participent fréquemment aux activités de bénévolat et de collectes de fonds. Toutefois, une partie de la population résiste aux mesures de santé publique, et le taux de vaccination y est beaucoup plus faible que la moyenne provinciale. C’est un problème pour Sam, car elle doit restreindre les activités de ses enfants, qui sont trop jeunes pour être vaccinés. Même si aucun ordre de santé publique n’est en vigueur, elle encourage les autres à limiter également leurs contacts sociaux. Sa position divise ses amis et la communauté agricole dont sa famille fait partie depuis des générations.

Au travail, Sam subit des pressions en raison du temps supplémentaire qu’elle passe à répondre aux inquiétudes à l’égard de la vaccination et de l’hésitation, et qui se répercute sur la cadence de la clinique. Elle observe également une discrimination accrue envers les patients et les familles qui ne sont prétendument pas vaccinés. Sam est victime de microagressions de la part d’un collègue, qui l’accuse de « se plier aux exigences des anti-vaccins ». En dehors du travail, elle s’inquiète des menaces venues de membres de la communauté qui protestent contre les mesures sanitaires, comme le port du masque et les couvre feux imposés dans les bars et les restaurants. Finalement, le stress est tel que Sam doit s’absenter du travail, laissant l’hôpital à court de personnel. Le gestionnaire n’a pas d’autre choix que de réduire les horaires de fins de semaine, de sorte que les patients doivent recevoir leur traitement intraveineux à l’urgence, où le risque d’exposition est beaucoup plus élevé. Une pression supplémentaire s’exerce aussi sur les ressources affectées aux soins urgents et très urgents.

Comment aider Samantha?

  • Lui apporter un soutien émotionnel et l’orienter vers le programme d’aide aux employés et aux familles offert par son employeur;
  • Créer un espace (virtuel ou en personne) pour qu’elle puisse intervenir de façon constructive dans tous les domaines qui préoccupent ses patients et leur famille;
  • Fournir des ressources au personnel afin qu’elle ne soit pas seule à mener des activités de sensibilisation pour contrer l’hésitation à l’égard de la vaccination à la clinique;
  • Encourager ses gestionnaires à fournir du personnel, comme des navigateurs de santé et des aide-soignants, pour soutenir les activités de plaidoyer et de sensibilisation afin de diminuer la charge de travail supplémentaire imposée au personnel;
  • L’aider à mieux gérer son temps pour atteindre les buts opérationnels de la clinique, dans le contexte général des objectifs de santé publique établis par l’autorité sanitaire;
  • Informer ses collègues que les mesures visant à établir un lien avec les patients sont fondées sur les principes de la théorie de la promotion de la santé; en effet, critiquer des collègues pour avoir agi ainsi ne contribue pas à l’objectif général de la santé publique;
  • Lui conseiller de revoir ses paramètres de confidentialité afin qu’elle contrôle davantage qui peut ou non consulter sa plateforme de médias sociaux et y faire des commentaires.

Étude de cas 2 : Gerry, défenseur des citoyens

Gerry est un ingénieur qui travaille pour la municipalité. Il soutient de nombreuses causes sociales en s’opposant au racisme et à la discrimination, et il a participé à des formes d’activisme, officielles ou non, pendant une bonne partie de sa vie. Au travail, il dirige une équipe et constate un manque d’engagement et une baisse de rendement au sein d’un groupe d’employés qui ont exprimé leurs inquiétudes concernant les vaccins obligatoires.

Gerry exerce une grande influence en raison de son poste au travail et en tant que membre d’une minorité ethnique au sein de laquelle on le considère comme un leader et un mentor. Il n’hésite pas à exprimer ses opinions sur les recommandations en matière de santé publique, et il est furieux que les messages n’entraînent pas de changement dans sa communauté. Frustré, Gerry publie régulièrement des messages sur les médias sociaux à propos des anti-vaccins et s’en prend à des personnes précises en laissant entendre ou en déclarant ouvertement qu’elles méritent de mourir. Le service des ressources humaines communique avec Gerry au sujet de la plainte d’un de ses subordonnés, qui trouve ses publications menaçantes et qui veut être réaffecté à un autre gestionnaire. Même si l’employé n’était pas explicitement visé, il fait partie du même cercle de contacts sur la plateforme où les messages ont été publiés.

Comment aider Gerry?

  • Lui fournir les outils nécessaires pour intervenir dans la défense de la santé, des outils fondés sur les principes fondamentaux de la promotion de la santé et qui lui permettent de favoriser un changement dans sa communauté et au travail;
  • Lui faire prendre conscience qu’un terrain d’entente est un bon point de départ pour entamer un dialogue constructif sur des questions importantes;
  • Soutenir son engagement envers la défense de la santé au moyen des démarches les plus efficaces dans sa communauté ethnique. Accepter que la démarche qu’il adopte au sein de sa communauté ne s’alignera pas toujours sur les messages conventionnels des autorités sanitaires ou de son employeur;
  • Lui conseiller de tenir compte à la fois du contenu et de son public sur les médias sociaux. Lui demander de revoir la façon dont il utilise sa plateforme, y compris ses paramètres de sélection d’un public, en vue de séparer ses contacts personnels de ses contacts professionnels;
  • L’encourager à aider les autres à utiliser leurs propres plateformes pour favoriser un changement.

Conclusion

On ne peut pas s’attendre à ce que les professionnels de la santé assument à eux seuls le fardeau de la défense de la santé. Tous les citoyens ont la responsabilité d’identifier la désinformation lorsqu’elle existe et d’orienter le public vers les sources d’information et les services qui fournissent du soutien par l’entremise de leur système de santé. En même temps, les fournisseurs de soins de santé doivent être conscients du rôle qu’ils peuvent jouent dans la communication efficace du message de la santé publique. Ensemble, les fournisseurs de soins de santé et le grand public peuvent jouer le rôle de porte paroles profondément enracinés dans de nombreuses communautés. L’adoption de démarches pragmatiques est nécessaire pour faire progresser la littératie en santé et mieux protéger ceux qui s’impliquent pour renseigner les gens et la société dans son ensemble. Sans ces démarches, la voie vers l’observance sera semée d’embûches et d’obstacles qui limiteront notre capacité à réaliser les objectifs de santé publique et à contrer la plus grande menace sanitaire qui pèse aujourd’hui sur l’humanité.

Références

Leask, J. « Target the fence-sitters », Nature, 473(7348), 2011, p. 443-445.

Shen, S. et Dubey, V. (2019). « Répondre à l’hésitation face à la vaccination : Conseils cliniques à l’intention des médecins de première ligne qui travaillent avec les parents », Le médecin de famille canadien, 65(3), 2019, p. 175-181.

Wills, J. (Ed.). Fundamentals of health promotion for nurses (2e éd.). Malden, MA : Wiley-Blackwell, 2014.

Organisation mondiale de la Santé. The guide to tailoring immunization programmes (TIP), 2013. Consulté sur http://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0003/187347/The-Guide-to-Tailoring-Immunization-Programmes-TIP.pdf.

Organisation mondiale de la Santé. (2016). Best practice guidance: How to respond to vocal vaccine deniers in public. Consulté sur https://www.who.int/immunization/sage/meetings/2016/october/8_Best-practice-guidance-respond-vocal-vaccine-deniers-public.pdf.

Ben Olsen est titulaire d’un baccalauréat en sciences infirmières et compte 15 ans d’expérience en Colombie Britannique et en Alberta. Il est associé à l’Université de l’Alberta et anime des cours en communication et en pratique concertée à l’intention des étudiants en sciences infirmières, en médecine et d’autres disciplines en santé. Il exerce aussi auprès d’Alberta Health Services, où il supervise une équipe qui soutient la planification de la main d’œuvre clinique en soins infirmiers et d’autres disciplines dans tous les secteurs de la province.

Wesley Shand est infirmier praticien à temps plein à l’hôpital communautaire Strathcona à Sherwood Park, en Alberta, au service des urgences, à la clinique de soins intraveineux et à la clinique de transition du service des urgences depuis sept ans. Depuis deux ans, il organise aussi une clinique toutes les deux semaines au centre correctionnel de Fort Saskatchewan. Avant de devenir infirmier praticien, il a travaillé comme infirmier autorisé au chevet des patients pendant 10 ans dans plusieurs unités de soins intensifs, la plupart du temps à l’unité des soins intensifs cardiovasculaires à l’institut de cardiologie Mazankowski de l’Université de l’Alberta.

comments powered by Disqus
https://infirmiere-canadienne.com/fr/articles/issues/2021/october-2021/comment-mieux-militer-en-faveur-de-la-vaccination-et-de-la-sante-publique